Publié par : youcefallioui | avril 2, 2013

Yemma Awicha et Sheshonq 1er

Extrait d’un chant ancien kabyle : 

« Qui peut entrer dans les contes pour trouver tout ce que nous sommes, entourés de ceux qu’on aime ? Qui peut entrer dans les contes pour entonner le chant des jeunes filles et celui de ses parents ? Qui peut entrer dans les contes comme on entre par la grande porte ? Si les mots ne sont pas beaux, nous planterons de jeunes arbres ! Qui peut entrer dans les contes pour se réveiller très tôt ? Quant il regarde à l’horizon, il voit sa main qui étale les figues sèches ! Qui peut entrer dans les contes pour entendre ce qu’il aime ? Tu as beau durer ô nuit, un jour nous te chasserons ! Qui peut entrer dans les contes qu’aiment les petits enfants ? Si les mots ont belle allure, vivront villages et nations (archs) ! »

 

PRESENCE_BERBERE_TIHGENGA_15_HISTOIRE-SHESHONQ_EGYPTE_V3 (1)

 

 

Dans cet ouvrage, j’ai choisi de mélanger des récits fort différents les uns des autres. Je les ai choisis car la même singularité les réunit : ils sont « marqués par le sceau » des comptines. Les anciens Kabyles pensaient sans doute préparer ainsi les enfants à entrer dans l’univers riche du conte et celui fort complexe du mythe. Il fallait donc d’abord que les enfants aient chanté et joué avec quelques constituants simplifiés de ces récits qui viennent de « la nuit des nuits » (seg wasmi d-tejna ddunnit).

Même si parfois les adultes participent au jeu, la comptine est toujours construite sous forme de jeu scénique. C’est souvent aussi une chansonnette destinée particulièrement aux enfants. Sa particularité réside dans le fait qu’elle sert de base à beaucoup de jeux théâtraux qui sont fort prisés par les enfants. Sa forme théâtrale et parfois carnavalesque fournit tous les motifs susceptibles d’amuser les enfants, de leur apprendre ce qu’est l’imagination et la création tout en les préparant à entrer doucement dans le monde des adultes.


Publié par : youcefallioui | mars 8, 2013

Femmes berbères, femmes du monde, Joyeuse fête !

URAWEN I TLAWIN !

 

Ces souhaits sont d’abord pour vous, jeune fille de France, dont j’ignore encore le nom – L’Ange aux yeux bleus qui passait un jour de 1975 pour me porter secours,  alors que je n’avais pas vraiment le coeur à la fête !

Merci et toute ma gratitude à tout jamais ! Que Dieu vous garde et veille sur vous et ceux qui vous sont chers. Que le Dieu des Kabyles (Le Souverain Suprême) soit avec vous dans les moments  de  doute.

Si d’aventure, vous sentiez que je peux vous être utile de quelque façon que ce soit, soyez assurée que je le ferai avec un immense bonheur et une joie infinie.

Si vous veniez un jour à me lire, je veux que vous saviez ceci : Aux derniers instants de ma vie, j’emporterai votre beau visage avec ceux des miens.

_________________________________________________________

Urawen i Helen ! Urawen i Damia Tawes ! I Tassaâdit ! I Malika ! I Zehra ! I Wnissa ! I Nicole ! I Jeannette ! I Brigitte ! I Sylvie ! I Deborah ! I Wrida ! I Kaya ! I Amal ! I Sedda !

____________________

En cette journée de la femme, je voudrai souhaiter la bonne fête à toutes les femmes du monde et notamment les femmes berbères où qu’elles soient. Une pensée toute particulière pour la femme touarègue en ces temps douloureux où les Imazighen sont jetés en pâture dans un monde où le droit de vivre – notamment pour les femmes – est toujours remis en question.

En digne héritière des Olympes kabyles, ma mère (Tawes Ouchivane) disait dans les années 70, alors que beaucoup d’hommes quittaient déjà l’Algérie : « Le pays où la femme souffre, les prisons sont remplies de braves ! » (Anda tenter tmettut, lehbus ççuren d-irgazen)

Pour cela…  Pour paraphraser  ma douce mère Tawes :  "Là où les femmes sont heureuses, c’est là que les hommes s’accomplissent !" (Anda ferhent tlawin,  i ssawadhen yergazen !)

je voudrai parler d’une Olympe kabyle, Mon arrière-grand-mère Awicha. Awicha des Ijâad Ibouziden serait née vers l’an 1856. Cette date de naissance est déterminée par déduction, par rapport à l’insurrection kabyle de 1871 contre les armées coloniales françaises.
« Son Yidir-lion » ou « Son grain magique » comme elle appelait son jeune mari fut tué à l’âge de 20 ans par les Français dans « la bataille des collines » sur les hauteurs de la vallée de la Soummam, aux Awzellaguen, lors de l’insurrection kabyle de 1871.

Je dédie encore ses belles pensées « féministes » à toutes les femmes du monde et notamment les femmes berbères d’Afrique du Nord et plus particulièrement les femmes kabyles et touarègues.
Yemma Awicha, comme on l’appelle dans ma famille, nous a légué de nombreux récits sur l’ancienne Kabylie : des contes, des mythes, des poèmes et surtout de belles pensées par lesquelles elle signifiait déjà en son temps que « La femme restera à jamais l’avenir de l’homme ».

Sa formule préférée : « Ce qu’il faut à un pays pour vivre heureux, c’est la liberté de la femme qui porte le socle des meules du moulin qu’est ce monde. » (Is ilaqen i tmurt yebghan lehcaca, d llwi n tmettut ireffden lfurca n ddunnit).

Quoi de plus beaux que ces quelques aphorismes de mère Awicha qui nous viennent de ces temps où la Kabylie pouvait se targuer d’Assemblées des femmes à travers ses cités-républiques ? A travers son pluralisme et son système démocratique, pluraliste et laïc. Selon ma mère, Yemma Awicha disait : « Ce que j’aime chez l’Homme : plus il est brave, plus il laisse la femme régner sur les choses qui les concernent : il sait que s’il est dans le noir, elle l’en sortira vers la lumière ! » (Ayen hemmlegh ar Wergaz : akken yella d-afehli i’gttajja tamettut at-tray af lecghal i-ten yaânan : ihsa mi yella di tlam a-t-id ssufegh ar tafat !)

Voici donc quelques pensées pour nos grands-mères, nos mères, nos soeurs, nos femmes et nos filles.

1 – « Un village sans fille est comme une maison sans soupente » (Taddart mebla taqcict, am exxam mebla taârict).

2 – « Sans amour et sans sagesse, aucun pays ne connaît de fleurs au printemps ! » (Mebla lehmala t-tmusni, wlac tamurt yessnen ijeggigen di tefsut !)

3 – « Entends ta femme et Dieu t’ouvrira les portes ! » (Sel i tmettut-ik, Rebbi a-k yelli tiggura !)

4 – « Si tu aimes ta femme et tes frères, tu entendras l’oiseau te le chanter chaque matin ! » (Ma yella themmledh lalla-k d wayetma-k, as tesledh i wefrux m’ara-k t-yccennu yal asru !)

5 – « L’homme qui sait, sait que la femme sait. » (Azgaz yessnen ; yehsa s tmettut tessen !)

6 – « Une maison où les enfants rient : c’est l’homme et la femme qui se tiennent par la main. » (Axxam anda ttadhsan warrac, d-argaz t-tmettut i-geddan afus deg’wfus).

7 – « L’homme qui aime voit mieux que les autres : sa femme éclaire son chemin. » (Argaz ihemmlen, itwali xir g-wiyyidh : d lalla-s is igan tafat g_webrid).

9 – « Ce qu’il faut à un pays pour connaître le printemps, c’est la liberté de la femme ! » (Is ilaqen i tmurt bac at-tissin tafsut, d llwi n tmettut !)

Ce sont ces messages d’amour et de liberté que les enfants berbères devraient d’abord apprendre à l’école plutôt que ces messages idéologiques et religieux qui les plongent dans un obscurantisme et une pensée réifiante d’un autre âge !

Si la femme est l’avenir de l’homme, c’est aussi son passé et surtout son présent !

Publié par : youcefallioui | mars 6, 2013

Touaregs… Maliens à vos machettes !

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

Mali : les avocats du MNLA demandent au Procureur de la CPI d’enquêter sur les crimes commis par l’armée malienne et les médias pro-gouvernementaux

Le Mouvement National de Liberation de L’Azawad (MNLA) a désigné des avocats à Amsterdam et à Paris, pour assurer la défense des intérêts de ses membres, dans le cadre de la procédure ouverte devant la Cour Pénale Internationale (CPI).
La semaine passée, les avocats du MNLA ont demandé au Procureur de la CPI d’enquêter sur :
a) les faits d’incitation au meurtre des 31 membres du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA) du MNLA : le 4 février dernier, le journal L’Express de Bamako a publié une déclaration intitulée « la liste des membres du MNLA : des traîtres à abattre pour la République », appelant à l’assassinat des 31 membres du CTEA et « à débarrasser (notre) pays pour de bon des vermines de leur espèce » ;
b) les crimes qui auraient été commis par l’armée malienne à l’encontre des membres des groupes ethniques peuls, touareg, arabes, et songhai dans les environs de Tombouctou, Douentza, Gao, Sévaré, Boni, et Kona, où les soldats se sont livrés à des actes de torture, des exécutions sommaires et des disparitions forcées.
Les appels à la haine raciale sont relayés par les sites internet maliens et la presse pro-gouvernementale qui utilise un langage de haine, de peur et de vengeance similaire à celui ayant présagé du génocide rwandais en 1994.
L’absence de toute réaction de la part du gouvernement malien de transition, pour mettre un terme à la publication de ces déclarations ou sanctionner leurs auteurs, revient, implicitement, à les avaliser.
Plus inquiétant encore, le Président Dioncounda Traoré continue de nier les exactions commises par ses soldats, en dépit des rapports convergents les dénonçant, et de l’alerte donnée par le haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, Navi Pillay, selon laquelle « les attaques et les ripostes risquent d’entraîner le Mali dans une spirale de violence catastrophique ».
Les avocats du MNLA avaient d’ores et déjà porté ces problématiques à l’attention de Monsieur Laurent Fabius, Ministre des Affaires Étrangères, ainsi qu’au Conseil Spécial des Nations-Unies pour la prévention du génocide, mais n’ont reçu aucun retour.

Le 4 mars 2013,

Avocats du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) :
Victor Koppe (Böhler Advocaten, Amsterdam),
Richard Rogers (Böhler Advocaten, Amsterdam),
Jessica Finelle (Paris).

Publié par : youcefallioui | février 28, 2013

Touaregs… silence on tue !

Touaregs entre désespoir et résistance

Silence, on tue  Les voix solitaires sous l’horizon confisqué[1].

On tue de l’Amazigh-Touareg dans l’indifférence générale. Sans vergogne, les journalistes français s’adonnent à la même récurrence sur des sujets banaux et sur des pseudo-mondes où la géopolitique des salons occidentaux se mêlent et s’entremêlent avec les intérêts nucléaires, pétroliers et gaziers des multinationales.

Et le peuple touareg, alors ? Connaît pas !

Tels des prophètes de la géopolitique, les chroniqueurs et les journalistes spécialistes occidentaux en tout genre nous abreuvent matin et soir de balivernes dites « analyses scientifiques, objectives et rationnelles » de « tous les mondes », de « tous les peuples », de « toutes les causes », alors que nous attendons en vain un mot, une parole, une voix ou un doigt qui s’élève pour dire dans quelle situation ignoble et inhumaine on cantonne le peuple berbère touareg.

Si certains en parlent (fort timidement), ils n’osent jamais dire que ce peuple est berbère ! Berbère est un mot tabou dans certains mondes. Vous pouvez nommer tous les peuples, sauf le peuple berbère !

Nommer le peuple berbère remet aussitôt en cause toutes les analyses de nos grands visionnaires d’Occident et d’Orient. Et tous les problèmes changent aussitôt de dimension… Le peuple palestinien, oui ! Pourquoi pas le peuple touareg, alors ?

Un peu partout à travers le monde, des journalistes et des reporters nous informent sur des populations aux quatre coins du monde. Juste à côté de nous, à côté de la France, un peuple souffre depuis plus d’un siècle… et une omerta mondiale lui pèse dessus, l’ignore et attend qu’il disparaisse dans les méandres d’une géopolitique assassine où tous les crimes se font en toute quiétude sans que personne (pas même Stéphane Hessel qui vient de nous quitter et que nous ne pouvons plus réveiller !), n’élève le moindre petit doigt, mot, parole, article, livre pour dire non à cet ethnocide qui se prépare et dont les portes doivent être absolument refermées !

Cachons ce Berbère qui remet toutes les analyses des grands spécialistes européens en cause ! Cachons cet empêcheur d’analyser en rond et en travers un monde dont les soubresauts, les pseudo-révolutions et la pensée rétrograde font l’objet de rejet aux quatre coins du monde !

Fiers d’être Berbères ? Ô que oui ! Mais à quel prix et pour combien de sacrifices encore pour pouvoir un jour voir briller le soleil d’Allah sur ce peuple qui ne demande rien d’autre que le droit de vivre libre SUR SA TERRE.

Tout ceci avec la complicité des autres Etats occidentaux et des Etats africains.

A l’heure où tous les mondes sont à l’heure (et à la mode !) et notamment « le monde dit arabe » ; à l’heure où les éditoriaux des médias français nous ressassent les mêmes sujets, les mêmes rengaines matins et soirs, soirs et matins, on parle de tout sauf…

Du peuple berbère-amazigh Touareg. Peuple que l’on continue de tuer, de massacrer dans le silence et la complicité des Occidentaux comme des Etats africains. Le docteur Hollande avait décidé de mener la guerre aux islamistes au Mali. Mais se faisant, il a laissé l’armée malienne  s’adonner aux exactions que les Maliens et les autres Africains ont l’habitude de mener contre le peuple berbère Touareg (Lire : Touaregs, exil et résistance, du même auteur – Edisud, 1990).

Il fut une époque où l’on découpait leurs enfants à la machette ! Mais on parle de tout, de tous les peuples : Les indiens d’Amérique, les Palestiniens, les Tunisiens, les Syriens, etc. On ne parle jamais des souffrances et du génocide qui continue de se perpétrer contre le peuple amazigh Touareg.

Les complicités des Etats qui s’étaient approprié leur terre continuent et elles ne datent pas d’aujourd’hui.

Des soldats maliens auraient été rappelés car des vidéos circulant sur le Net montraient aux yeux du monde qu’ils commettaient des exactions innommables sur les populations touaregs. Ont-ils été réellement rappelés ? On nous dit aussi qu’ils seront jugés ! Qui peut nous faire croire une telle chose ?

S’ils s’étaient permis de tels exactions contre le peuple touareg, c’est que rien n’avait été fait auparavant pour les en empêcher !

L’armée d’un pays démocratique comme la France – sous le gouvernement, qui plus est, de la gauche –  doivent veiller scrupuleusement à ce que d telles outrances ne se produisent pas.

Où sont passés les reporters français et occidentaux pour montrer les exactions et les brimades que continuent de subir les enfants et les femmes touaregs de la part des Maliens ?

On a vu paraître un Paris Match dédié à la prise d’otages en Algérie quelques jours après le dénouement de celle-ci… Qu’attends donc Paris-Match (ou un autre magazine français ou occidental) pour consacrer un numéro au peuple touareg ? Montrer dans une vérité nue… que l’on continue de tuer sans plus se cacher, un peuple.

Réflexion faite, il est préférable que les Berbères ne fassent l’objet d’aucun magazine quelconque ! Pourquoi ? Il y a déjà eu quelques uns qui nous ont été consacrés. Que trouve-t-on dans ces journaux à sensation et à dominante  idéologique fort semblable à celles qui avaient court pendant les "années glorieuses de l’ethnologie coloniale".

Nous y sommes saucissonnés sous forme de pourcentages : Ici, le journal a trouvé 10 % ; là, il en a trouvé 15 % ; là-bas, il nous fait grâce d’en étaler quelques pourcentages de plus, etc. Quel est l’objectif réel de ce charcutage ? Il ne s’agit ni plus ni plus que dire que le peuple Berbère n’existe pas en tant que tel, mais sous forme de nébuleuses éparpillées à travers un monde qui arrange tout le monde – "Le monde arabe", dans ce que le sociologue de la réification (Joseph Gabel) avait appelé "Le syndrome du globalisme". Et oui, pour exister, le peuple berbère ne saurait l’être en toute liberté – comme tout autre peuple digne de respect et de considération – en dehors d’un monde qui lui nie toute existence. 

Un aveugle y verrait alors très claire dans le but et l’objectif visés de ces magazines qui arborent en couverture une jolie femme berbère ! Ah oui ! Nos femmes sont belles, mais notre peuple est affreux, car il connaît de clamer son droit à l’existence sans charcutage ni mensonges colportés à travers des pourcentages inventés au gré d’idéologies dominantes castratrices des libertés ! On nous cantonne encore dans les montagnes et les zones désertiques. On n’oublie que rien qu’à Paris, il y a près de 1 million de Berbères ! 

En définitive, l’objectif poursuivi par ces charognards qui utilisent les pourcentages comme s’ils NOUS  AVAIENT COMPTES ET DESCOMPTES EST EVIDENT ! Il y va de cette démarche d’une pensée unique qui  se complaît dans la facilité des idéologies dominantes ! Ces journalistes et ces écrivains ne font que conforter un monde aliénant et réifiant dans lequel, eux-mêmes ont (consciemment ou inconsciemment) du mal à trouver leur place.  Cela tient d’une démarche de dilution des Berbères. Ces soi-disant spécialistes adhèrent à cette pensée unique où  "Tout le monde – tous les mondes – s’entendent pour nier l’existence d’un autre monde  " Le Monde berbère" ! 

Revenons plus précisément sur les évènements qui ont court sur le territoire touareg, dans ce qui est appelé "Le Nord du Mali".

Humaniste et humain, le président Hollande (que la majorité des Berbères de France avaient soutenu lors de la présidentielle) doit aider à une solution juste et équitable pour résoudre la tragédie dans laquelle est enfermé’e le peuple Touaregs.

Seule l’armée française peut empêcher ces massacres et ces exactions inhumaines que subissent les enfants, les femmes et les vieillards touaregs.

Et quand un chanteur malien fort connu, pour ne pas le nommer, s’exprime sur les ondes d’une radio française, c’est pour déclarer que ces gens-là (les Touaregs) ne sont pas sur leur terre au Mali ! C’est pourtant le même chanteur  qui dénonçait la ségrégation, voire les tueries dont sont victimes tous les nègres-blancs (ou albinos) en Afrique ! Dès que le fascisme change de camp, on n’oublie aussitôt que c’est du fascisme et on l’affabule de ce mot tant galvaudé : démocratie.

Démocratie, en Afrique ? Laissez-moi rire ! Dans le continent le plus riche de la planète qui en est le plus miséreux et le plus misérable de tous les continents, vous me parlez de démocratie ?

De cette déclaration, voici un bref préambule historique, et j’invite ce chanteur et tous les Africains et notamment les Imazighen à sa lecture :

« Dans l’Ahaggar, on a installé des groupes tels que les Chaanba, et maintenant on installe les Kounta du Mali et du Niger en leur donnant la nationalité algérienne, pour que plus tard les Touaregs n’aient plus de revendication territoriale. Par contre, on refuse la nationalité aux Touaregs Kel Adagh qui sont du côté algérien et que l’on chasse actuellement parce qu’ils risquent d’augmenter le nombre des Touaregs qui sont en Algérie. Du côté de la Libye, c’est la même stratégie : dans le sud libyen on installe un million d’Egyptiens sur le territoire touareg ; on crée des déséquilibres démographiques. Au Mali, c’est pareil. Déjà au temps colonial les Français cédaient les terres touarègues aux Songhay. Après il y a eu la redistribution des terres agraires, on a enlevé aux Touaregs des terres. Avant Gandakoy, en 1993, les Kel Séréré ont eu des problèmes. Actuellement, on passe à un stade supérieur : il faut vider de force les Touaregs de leur territoire et l’investir[2] ».

« Pour cela référence est faite notamment à un sociologue libyen, Mohamed Saïd El-Qachat – auteur d’une thèse publiée (en arabe) en 1989, sous le titre : Les Touarègs, Arabes du grand Sahara, qui développe plusieurs principes justifiant l’intégration des Touaregs à la fois dans le monde arabe et dans une structure étatique moderne : ils seraient en effet primitivement arabes et fractionnés en une multitude d’ensembles tribaux hiérarchisés. Dans cette optique, ils ne forment évidemment ni peuple, ni nation, ni même une minorité culturelle ou linguistique (leur langue, le berbère, est considérée comme un « dialecte arabe »), ils ne sauraient revendiquer ni pays, ni Etat, ni statut autonome, et ne pourraient s’affranchir de leur féodalisme primitif que dans le giron d’une formation politique jugée progressiste telle que l’incarne l’Etat libyen[3] ».

« Les forces armées « rebelles » touarègues ont toujours fait l’objet d’une entente entre les pays voisins (Libye, Niger, Mali) pour saper et briser toute velléité de résistance en s’en prenant aux populations non armées, notamment les femmes et les enfants touaregs. C’est sous la médiation pressante de l’Algérie que les « rebelles » ont du abandonner le principe de fédéralisme qu’ils revendiquent ainsi que celui du retrait de l’armée malienne hors de leur territoire[4] ».

« Le mal est venu depuis que les Français ont déchiré le tissu de notre nation » Mohammed Ali Ag Ataher Insar[5] ».

Un ami français me posait cette question : « Que peut faire l’Algérie ? »  Je lui répondis avec beaucoup de conviction : « Beaucoup, pour ne pas dire tout ! »

Car seule l’Algérie peut faire quelque chose…  à la seule condition qu’elle fasse preuve de ce courage qu’on lui a connu dans beaucoup de circonstances et de positions politiques car elle demeure gardienne de cette référence absolue : Bâtisseuse des libertés à travers  une guerre de libération où les combattants revendiquaient – à travers leurs chants patriotiques et leurs hymnes débordant de sens – leurs racines berbères ! « Debout fils d’Amazigh ! » ( Ekker a mmi-s Umazigh !)

Je parle de l’Algérie qui s’était sentie et qui s’était revendiquée, l’espace d’un match de football en Egypte où les joueurs de l’équipe nationale furent sauvagement agressés. Il fallut cet évènement greffé sur une rencontre sportive pour qu’aussitôt toute l’Algérie se découvre amazighe et berbère ! Les Algériens se découvrent tout à coup Berbères ! Quel ne fut notre bonheur, l’espace d’une coupe d’Afrique de football, d’entendre nos compatriotes arabophones s’exclamer enfin : « Nous les Kabyles ! » Comme si les Kabyles représentaient – l’espace de cet instant magique et lumineux – le peuple berbère-amazigh dans sa globalité (Touaregs compris !)

Et Sheshonq 1er – bâtisseur de la 22ème dynastie de l’ancienne Egypte – se réveille et jette un coup d’œil encourageant et sourit à cette Algérie qui, tout-à-coup, le brandit comme le plus absolu des symboles. Oui, c’est un roi amazigh qui a bâti bon nombre de pyramides !

Aujourd’hui, il ne s’agit plus pour l’Algérie de bâtir des pyramides, il y a mieux à faire : bâtir des instants de sécurité et de liberté pour une composante de son peuple berbère appelée « les Touaregs ». C’est une construction qui vaut tous les monuments de la planète ! Aux yeux de Dieu, comme aux yeux de ses créatures les plus sensées et les plus humaines, rien ne vaut la défense et la protection des enfants et des femmes d’un peuple opprimé car sans territoire sécurisé, sans Etat et sans défense.

L’Algérie s’honorerait en défendant le peuple touareg qu’elle a longtemps négligé, voire brimé. Si l’Algérie a permis la création d’une République arabe sahraouie ; elle peut également permettre la création d’une République berbère laïque touarègue !

Je rêve ! Le mot amazigh fait encore si peur ! Son peuple fait peur encore davantage ! Mais je reste persuadé qu’il viendra le jour où les pays d’Afrique du Nord, l’Algérie en tête, se revendiquera berbère, avec fierté et emphase ! Je reste persuadé que les Imazighen, comme tous les peuples autochtones, auront un jour le droit de vivre libres comme tous les autres peuples de la terre. Et nul ne pourra dire que les Algériens (et les Marocains) ne seront pas les premiers à œuvrer pour cette libération. Car il est des combats que nulle idéologie dominante et dominatrice, aliénante et réifiante ne peut indéfiniment ignorer.

Si l’idéologie prend aujourd’hui le pas sur la vérité et le droit d’être, je demeure optimiste de voir un jour les Imazighen sortir de ce tunnel pour regarder enfin le soleil que leur cache avec le tamis des idéologies dominantes.

Et oui, il est permis de rêver et de rester optimiste. Je crois en l’Algérie des lumières. Je crois mon pays capable de bousculer les rouages de la machine que gouvernent les puissances occidentales et orientales. Je crois mon pays capable encore d’étonner le monde par ses prouesses et son combat pour la liberté. En permettant au peuple touareg de vivre libre sur sa terre, des générations présentes et futures d’enfants berbères lui seront à jamais reconnaissantes !

Un grand pays ne se reconnaît que dans les défis qu’on lui croit incapable de tenir. Et je reste persuadé que l’Algérie, pays berbère de mes ancêtres, pays de Massinissa et de Jugurtha (qui sont considérés par le grand historien Charles-André Julien, comme des « rebelles partisans » contre la puissance romaine qu’ils avaient combattue) est capable de tous les défis ! De ceux-là mêmes qui vont à contre-courant de toutes les visions idéologiques saumâtres et sans originalités !

Qu’elle accorde son soutien au peuple touareg… Et le monde entier la regardera de nouveau d’un regard étonné et admiratif. « Les Berbères sont une grande nation dont Dieu prendra à jamais soins », écrivait en ce temps le grand historien Ibn Khaldoun. Je reste persuadé qu’il dit vrai que le jour des Imazighen – de cette grande nation – reviendra.

Que les Touaregs revendiquent leur autonomie sur l’Azawad – voire leur indépendance – dans la terre qui leur appartient depuis la nuit des temps, n’est que chose naturelle. Comment pouvait-il en être autrement ? Depuis de nombreuses décennies, ils sont massacrés au gré du sirocco qui souffle sur les machettes des Maliens et des Nigériens ! Je ne parle pas des geôles de Khadafi !

La terreur n’a pas arrêté avec l’assassinat de Mano Dayak. La terreur n’a pas cessé avec les déplacements et les massacres en tout genre que le peuple touareg subit depuis plus d’un demi-siècle ! Les pays africains avec la complicité du monde dit « arabe » et celle des puissances occidentales n’ont cessé d’œuvrer à la destruction – voire le génocide – pur et simple de ce peuple qui ne demande qu’une chose : vivre libre sur la terre de ses ancêtres.

Faisons un peu d’histoire, un histoire déchirante qui rappelle en touts points ce que beaucoup de journalistes, d’observateurs et de médias en tout genre aurait appelé « massacres », « tortures », « déplacements des populations » et disons-le « ethnocides », si ces adjectifs ne s’appliquaient pas au peuple amazigh Touareg !

De quelques témoignages qui n’osent pas tout dire !

(Rédaction de l’Association Tamazgha).

« Selon des sources qui se sont confiées à l’ARVRA (Association des réfugiés et victimes de la répression de l’Azawad), pour la seule journée du 18 février 2013 il a été enregistré les crimes et exactions suivants :
« Pillages et destructions de biens
Pillages de 5 maisons de Touaregs à Diré dont deux habitations de Noh Ag Attia, une habitation de Warinokh, une de Khama et une autre de Mohamed Ag Inzingui.
« Pillages et arrestations.
Par ailleurs, et toujours à Diré, dans la foulée de pillages et de casses, deux personnes à savoir Hama et Marouchet Ag Imalahit ont été arrêtées. Ils se trouvaient dans l’une des concessions pillées.


Solidarité avec les Touaregs de l’Azawad…

Articles dans la rubrique :

  


[1] Hélène Claudot-Hawad et Hawad, Les voix solitaires sous l’horizon confisqué, Ethnies 20-21, Documents.

[2] Hélène Claudot-Hawad et Hawad, op. cit. p. 119.

[3] Op. cit. p. 41

[4] Op. cit. p. 43.

[5] Ibidem, p. 56.

Publié par : youcefallioui | février 5, 2013

Aberrahmane BOUGUERMOUH s’en est allé…

Mon ami Hmanou – Je regrette que tu sois parti avant que nous ayons le temps de rediscuter un peu, de tout, de rien, de la vie et des tiens. Tu nous laisses un grand vide. 

Mon ami Hmanou Uguermouh vient de nous quitter. J’ai du mal à écrire ce que je ressens. L’Algérie des lumières vient de perdre l’un de ses fils les plus fidèles et les plus courageux. Car si courage a quelques sens, ils se retrouvent tous chez Hmanou. Ces sens sont greffés sur une modestie désarmante. Il y a eu tellement de moments où j’aurai voulu qu’il se mette en avant, qu’il dise les choses. Mais, lui seul sait aussi "Que seuls savent ceux qui se turent" (Aragon).

Alors quand nous discutions, parfois violemment, il finit toujours par laisser de lui-même car il savait que le sage se tait là où le non-sens veut l’emporter à tout prix.

Vous voulez savoir de quoi je parle ? Je vais vous donner un exemple personnel et puis un autre qui touche à toute la Kabylie et l’Algérie.

Quand j’arrivais sur Alger sans connaissances et sans appui, son père me permit de trouver un emploi et de continuer mes études.

A la mort de mon père, son père jugea bon de nous faire don de plusieurs centaines d’hectolitres d’huile car il jugeait peut-être que nous n’avions pas les moyens de faire face aux mauvais jours (j’étais au service militaire).

Quand j’eus un litige avec mes voisins, son père vint encore me soutenir et se mettre de mon côté pour faire entendre raison à ceux qui, nombreux, voulaient l’emporter par le nombre.

Et quand je dis à Abderrahmane (Hmanou pour nous), pourquoi ils ont toujours caché que c’est en partie grâce à eux que le Congrès de la Soummam fut une totale réussite, il a toujours refusé de clamer (comme le font certains alors qu’ils n’y sont rien dans l’affaire !)  que le Congrès s’était en partie déroulé dans leur maison à Izemmouren.  Quand mon oncle Mexluf At Tahar (Saidi Makhlouf) sacrifia presque toute sa fortune (4 paires de boeufs !) pour accueillir dignement les congressistes,  seule une famille qui disposait de moyens identiques pouvait lui venir en soutien : cette famille fut la famille d’Abderrahmane Bouguermouh !

Quand je dis à Abderrahme pourquoi ce silence, là où d’autres se vantent d’avoir fait la révolution, il me répondit de son sourire habituel et énigmatique : "Ce que nous avons fait ne regarde que nous. Nous n’avons pas à le crier sur les toits, ma famille n’avait fait que son devoir !"

Avec ce courage que chacun lui connaît et lui reconnaît, Homme de devoir il vécut, homme de devoir il s’en est allé.  Que le Souverain Suprême l’accueille en son jardin (A-t Ig Ugellid Ameqqwran di tgemmi-ynes !)

Abderrahmane Bouguermouh

(Yejja-yaγ Hmanu)

Ay itij i d-icerqen
Yiggwas ad ak nejj a-nruh
Am usafu ireqqen
Yensan af tizi n rrhuh (joie)
Immut wemdakel ilaqen
Izem Hmanu Uguermuh.

Ay adu i d-isuden
I d-yekkan asif asif
A-ta lexbar d-issawden
Immut Win f-i neshissif
Af blad am win yecden
Mi-s gezmen tasa s ssif.

Ay amkan anda nettqessir
Wergin teslid-as isuγ
Awal-is amzun n ttir
Di yar lehdur ur yessufuγ
Wi-k yennan ixdem lxir
Af wemdakwel ay ttruγ.

Ay Iγban d-Izemmuren
Tamurt n ccetla d lasel
Agraw deg’wexxam nsen
Iqqar : Hader yiwen a-k d-isel
Asm’akken zzayit wussan
Refden taâkwemt d ssnasel.

Ay amkan anda nettγimi
Iqqar tamurt a-tt beddel
Ur nettcetki i zik-nni
Ur nettâammid i lbatel
Xas deg’wussan nsenni
Tamurt i tebγa d lefhel.

Lefhul sin i d-yuγ azar
D bab n lxir t-tmusni
Andi bγu iger s-udar
Wergin yiwen a-t isnuγni
A-wi rren lmut d ttar
I wakken a-tt nmenni.

Af acu gwawal i nfud
D win nettu ur s-t-nenni
Achal âaddan d laâyud
Neccedha a-neqqim akken-ni
Wissen ma fsin-aγ lecdud
Ard-a nemlil daγenni.

Ittγid wergaz m’ara yruh
Ad iγib win ur nuklal
Tamurt wi yebγa lfuruh
Terwa akwessar d-uqlaqal
Iggwi achal d lejruh
Itef abrid ur d-ittuγal.

Hemmleγ mi yebγa a d-ides
Itterra lehdur ad deffir
Hemmleγ mi yella d-amwanes
S wawal-is ittekkes lhir
Achal i’gedda wehdes
Ur itallay γer deffir.

Nekwni γur-neγ d Hmanu
Yal Aqbayli am gma-s
Deg’Wawzellagen as necfu
Akken is tennid d-ayla-s
Idda s ddher ur ikennu
Si zik am izem aγilas.

A tamurt fell-am yura
Ttxilem hader ssifa-s
Ma yella iqqim-ed kra
A-kem wessiγ awi-yas
Di laâdu ur yekukra
Akken qqaren : Tettunefk-as !

Yeggwed and’ara nawed
Akka i d-azref ar wergaz
Di taâkwemt yebγa ad yesfed
Ar wedrar a d-yezzi lbaz
Werjin yiwen a-t yerked
Idder di trugza d lâaz.

Nekwni γur-neγ d Hmanu
Yal Awzelleg am gma-s
Deg’Iγzer ad as necfu
Ayen is tebγam d-ayla-s
Ur yettruz ur ikennu
Si zik am yizem aγilas.

Mon cher Hmanou, merci pour cette leçon de vie qui me rassure et qui me faire dire que maintenant que tu nous as quittés :  "Tant qu’il y aura des hommes comme toi, il nous sera toujours permis d’espérer !" Akken qqaren At Zik-nni : Anda yella wul, ad awden yergazen ! 

Ce n’est qu’un au revoir, mon frère ! Ce n’est qu’un au revoir ! 

 

Publié par : youcefallioui | janvier 13, 2013

Yennayer – de Sheshong 1er à Yemmma Awicha

2963

Ma arrière-grand-mère Awicha disait :

"Yennayer est comme Dieu, c’est à tout le monde !"

Teqqar yemma Aâwica : Yennayer am Rebbi : i medden merra !

 

________________________

Meilleurs voeux 2963

de

Sheshong 1er

Roi berbère et Pharaon d’Egypte

URAWEN USEGGAS AMAYNUT AMAZIGH

Sγur Ucacnaq Amezwaru

2963/2013

URAWEN USEGGAS AMAYNUT AMAZIGH

Sγur Ucacnaq Amezwaru

________________________

2963

BONNE ANNEE 2013

Yusef Ucivan Alliwi

Ittcabi-yawen urawen-ynes

i lmend useggwas amaynut 2013.

Akken ittcabi urawen-ynes

I lmend n Yennayer 2963 ara nâacer di lehna

Di tmusni yakw di tikli af tmaziγt

Ussan ifulken, izenfanen n Yennayer i d-iteddun.

Youcef Allioui

Vous présente ses Meilleurs Vœux

Pour cette Nouvelle Année 2013

HAPPY NEW YEAR 2013

Youcef Allioui

Wish you a happy new year

Warmest wishes to you and your kin.

Youcef Allioui

les desea

FELIZ AÑO 2013

con mis mejores deseos para ti y los tuyos

en salud, prosperidad y paz.

Youcef Allioui – Psychologue

www.youcefallioui.com

 

OUVRAGE A PARAITRE

La première histoire d’amour de Sheshong 1er[1]

Roi berbère – Pharaon d’Egypte

Lehmala tamezwarut n Ucacnaq Amezwaru

Di tizri (n) Iqvayliyen

________________

Sheshong 1er dans la littérature orale kabyle

____________________________

«La pensée kabyle est une survivance de la pensée amazighe ».  (Younes ADLI)

Mon étonnement fut grand quand je découvris (et compris) pour la première fois que le nom de Sheshong 1er, nom qui résonnait depuis longtemps déjà à mes oreilles dans sa forme berbérisée « Ouchachnaq » (Ucacnaq), n’était qu’un seul et même nom.

A travers un conte que ma mère tenait de sa grand mère : « Ouchachnaq et Mira ». Ma surprise ne s’arrêta pas là. Elle fut encore plus grande quand je finis par réaliser qu’il était également question du même personnage dans une chantefable, « La comptine d’Ouchnaq[2] ». Nos grands-mères étaient donc des historiennes qui s’ignoraient ! J’avoue ne pas avoir fait tout de suite la relation entre Ouchachnaq et Ouchnaq. En fait, le conte et la chantefable parlaient du même roi amazigh, l’un des bâtisseurs des pyramides de l’Egypte ancienne : Sheshong 1er.

Sheshong 1er est le roi amaziγ, Libyen Maechaouach fondateur de la XXIIe dynastie pharaonique. Il est appelé Sesonchôsis par Manéthon[3] qui lui compte vingt et un ans de règne de 945-924 avant notre ère. Il serait le Sesaq ou Shishak de la Bible.

L’histoire de Sheshong 1er m’avait subjugué autant que le conte et la chantefable ou comptine de mon arrière-grand-mère Awicha[4] ! A ma grande surprise, je découvrais encore que l’histoire de mes ancêtres est véhiculée par les anciens Kabyles et notamment par nos grands-mères qui racontent ces récits si riches et si divers, ces mythes si chers à Jean Amrouche ; mythes qui les font encore pleurer à chaudes larmes, notamment pendant la fête religieuse berbère, fête des lumières de Yennayer[5]

 ____________________

J’offre donc aux lecteurs et lectrices de mon blog et de mes modestes ouvrages un mythe que les parents racontaient pour les enfants en Kabylie pendant la fête des lumières de Yennayer (Laâwacer n tafat).

Je le confie à votre sagacité en espérant un jour tomber sur une lectrice ou un lecteur qui me dira avoir également entendu une légende sur Ouchachnaq Amezwaru.

 

 

MYTHE DE LA CIGOGNE

IZRI (N) IBELLIREJ[6]

Ceci est un mythe, écoutez et soyez heureux ! 

Que les mots vous soient doux et que la maison se remplisse de vos rires ! Que vous ne pleuriez jamais, enfants !

 

1 – Il était une fois un roi tyrannique et méchant qui punissait les gens en les faisant marcher sur les braises. Un jour – un homme des lumières –, un grand sage se présenta au palais et demanda l’hospitalité au château. Il fut introduit dans le salon où le roi festoyait avec les gens de la cour. Quand le vilain roi vit le vieil homme, la même pensée méchante lui traversa l’esprit. Il commanda à ses serviteurs de mettre plein de braises au milieu du salon. Il voulut ainsi rire aux dépens de « l’invité de Dieu[7] » : le vieux sage qui venait d’entrer dans son salon. Quand les serviteurs eurent fini d’étaler les braises à même le parterre, le roi s’adressa au vieil homme sur un ton méchant et tranchant : « Vieil homme, tu dois avoir bien faim ! Et bien, si tu veux te restaurer, gagner ta miche de galette, il faut d’abord que tu marches sur les braises ! »

2 – Le vieil homme sourit, s’inclina et mit ses pieds nus sur les braises étincelantes et brûlantes un sourire ineffable sur son visage comme s’il ne ressentait aucune brûlure. Mais au fur et à mesure qu’il marchait sur les braises, le roi commençait à se tordre de douleur et à crier, à crier, à crier comme si c’était lui qui marchait sur les braises brûlantes, comme la mort le prenait. Les gens de la cour ne savaient plus quoi faire !

Les médecins du roi accoururent mais furent impuissants devant les douleurs que semblait ressentir le méchant roi. Ils regardaient leur roi qui continuait de se tordre et de crier de douleur en se roulant par terre. Alors le vieil homme le regarda et lui dit : « Roi tyran, tu es en train de brûler comme toutes les personnes que tu avais obligées à marcher sur les braises. 

 

3 – La stupéfaction et l’effarement se saisirent des gens de la cour. Ils assistaient désarmés à quelque chose que leurs yeux avaient du mal à accepter et que leur lucidité avait du mal à croire ! Ils avaient peur que pareille chose leur arrive !

Du corps du roi sortaient des plumes. Son corps disparaissait entrait petit à petit dans celui d’un oiseau ! A la place du visage, il lui poussait un bec. A la place des bras, il lui poussait des ailes. A la place des jambes, il lui poussait des pattes d’oiseaux. Peu de temps après, les gens voyaient que le corps du roi se transformait en celui d’un oiseau blanc qui faisait : Tak-tak ! Tak-tak ! Comme la cigogne.

Quand le vieil eut fini de traverser l’amas de braises, le méchant roi se transforma complètement en cigogne… après avoir subi mille et une souffrances, souffrances qu’il imposait aux autres en les faisant marcher sur les braises. C’est ainsi que nos ancêtres continuent d’appeler cet oiseau sorti du corps du roi tyran qui marchait sur les braises : « Celui qui est sortie des braises[8] » (Ibellirej).

C’est un mythe, soyez heureux !

Je l’ai dit la nuit, la lumière va le démêler

Je l’ai conté au jeune noble, le rocher a ri et pleuré

Je l’ai conté au clair de lune, le vent l’a essaimé !

Laânaya g_izri d-izem !

 

VŒUX DE YEMMA YENNAYER

Comment les Kabyles se souhaitaient les voeux de Yennayer dans la nuit sacrée de la fête des lumières : On appelait cela : « Les vœux de Yemma Yennayer » (Urawen n Yemma Yennayer).

Autrefois, dans la nuit de Yennayer, les Kabyles allumaient toutes les lampes de la maison. Avant « le souper de Yennayer » (imensi n Yennayer), la grand-mère ou la mère se levait, la lampe à huile ou à pétrole à la main, pour distribuer ses vœux à sa famille (a-tt-siwed urawen i twacult-is). Elle « visite » alors chaque coin et recoin de la maison pour l’éclairer de sa lampe avant de faire ses vœux à tous les membres de sa famille sans oublier les animaux dans l’étable.

« Ô Yennayer des lumières, soyez heureux ô mes enfants ! » « Ô Yennayer des lumières, soyez heureux ô mes beaux parents ! » « Ô Yennayer des lumières, soyez heureux ô mon mari ! » Ô Yennayer des lumières, soyez heureux ô animaux de maison ! », etc.

Une fois qu’elle eut terminé, toute la famille dit alors à la mère ou la grand-mère : « Ô Yennayer des lumières, sois heureuse toi aussi, ô Mère Yennayer ! »

 Yal tama, yal tasga as tesken tafat akken a-ttedeu : « A Yennayer n tafat, ferhewt a tarwa !  A Yennayer n tafat, ferhewt ay imgharen ! A Yennayer n tafat, efreh ay argaz-iw ! A Yennayer n tafat, ferhewt a lmal deg’wdaynin, ferhewt ay izgaren ! etc. »  

Mi tfuk tyemmat urawen-is, at wexxam as inin daγen i tyemmatt : « A Yennayer n tafat, ferh ula d kemmi a Yemma Yennayer[9] ! »

Par conséquent, permettez-moi de me soumettre à cette tradition kabyle millénaire en vous disant : « Ô Yennayer des lumières, soyez heureux ô mes sœurs Timaziγin ! Ô mes frères Imaziγen ! Où que vous soyez à travers le monde ! Que chacun de nous soit habité par l’amour des siens, de sa langue et de sa culture ! Que chacun de nous aspire à ce que notre peuple amaziγ demeure à jamais libre et fier ! Malgré le mauvais sort fait aux peuples autochtones à travers le monde .»

Dγa, ula d nekkini, ad awen inigh : “A Yennayer n tafat, ferhemt a timaziγin, ay Imaziγen anda ma tellam ! Yal yiwen deg’neγ ad yeddu d wayedh s tmusni de lehmala ttdukli. Yal yiwen deg’neγ ad yefk i weltma-s i gma-s tayri d laânaya !”

Aγ Ig Ugellid Ameqqwran di tegwnitt n Yegduden imeqqwranen : agdud n tmusni, n tutlayt, n yidles, n tudli i tmazight : “Agdud n wedlis”, akken issaram baba !

Mon père, Mohand Améziane Ouchivane, disait : « Si vous voulez demeurer, soyez vous aussi parmi Les gens du livre : veillez sur les traditions de vos ancêtres. Seul le savoir et l’union permettront aux peuples autochtones de rester libres et vivants ! »

_______________________

Que le Souverain Suprême mette la lumière de Yennayer sur vous tous et que le bonheur habite vos cœurs ainsi que les cœurs de ceux qui vous sont chers.

Ad Ig Ugellid Ameqqwran tafat n Yennayer fell-awen akken ma tellam ! Ad Ig liser d lehcaca deg’ulawen nwen yakw deg’ulawen n wid izenfen fell-awen !

 ___________________


[1] Cf. Ouvrage à paraître : Histoire de Sheshong 1er – Contes et comptines kabyles, L’Harmattan, 2013.

[2] C’est notamment grâce à cette comptine que j’ai pris conscience de la richesse de ce genre littéraire oral qui est d’une frappante singularité.

[3] Prêtre égyptien, Manéthon de Sebennytos (IIIè avant notre ère) a écrit une Histoire de l’Egypte en trente volumes en grec à la demande de Ptolémée 1er Soter Ptolémée Ier Sôter.

[4] J’ai mis plusieurs années à comprendre que la comptine parlait aussi de Sheshong 1er. Il y est question d’un certain Ouchnaq et non pas d’Ouchachnaq.

[5] La fondation de la XXIIe dynastie est le point de départ du calendrier berbère, dont le premier jour Yennayer est célébré par les Imazighen en Afrique du Nord.

[6] Cf. Ouvrage bilingue à paraître : Histoire de Sheshong 1er – Contes et comptines kabyles, L’Harmattan, 2013.

[7] Ainsi était appelé « L’inconnu de passage à qui l’on doit non seulement l’hospitalité mais aussi le droit d’asile sans le nommer » (extrait du droit kabyle).

[8] Littéralement, après segmentation du mot : « Celui qui est né des braises » (Ibel-irrij). Ainsi sont formés les noms de « L’escargot » (Abel-eiôus), « Le percnopter » (Ibel-Inser) ; « La libellule » (tabel-lalt), etc.

[9] Je vous raconterai ce côté mythologique ou la tradition kabyle de « La Mère Yennayer » la prochaine fois.

Publié par : youcefallioui | décembre 21, 2012

Mohand Améziane Ouchivane – Le mendiant superbe

ECLATS DE VOIX DE MON PERE 

Mohand Améziane Ouchivane ou le mendiant superbe

 

Il y a quarante que mon père s’en est allé vers un autre monde. Il y a quarante ans déjà que je n’entends plus ces éclats de voix. Cette voix si forte et si douce à la fois, si rocailleuse qui porte au loin dans cette langue kabyle qui vient de la nuit des temps, comme il le disait si bien (Seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Je reviens en arrière en me penchant sur ce passé extraordinaire que j’ai vécu l’espace de quelques courtes années avec ce père que j’ai eu la chance d’avoir eu. Il était non seulement mon père, mais aussi et surtout mon meilleur ami, mon confident et mon professeur. Durant les longues années d’études et de recherche que j’ai faites dans les écoles et Universités françaises, jamais je n’ai eu des enseignants de sa qualité et de sa patience.

Il m’est difficile de revenir sur tout ce que mon père m’avait enseigné sur la langue et la culture kabyle. Il était si sévère dès qu’il s’agissait de notre langue ! Il nous disait d’un ton autoritaire : « Donnez de la hauteur aux mots ! Le kabyle n’est pas une langue ordinaire ! » (Fkewt lqedd i wawal ! Taqbaylit macci t-tamenwalt !) J’ai mis bien des années à comprendre le sens de certains mots que j’entendais de sa bouche. J’aimais sa façon de sourire avec indulgence avant de répondre à mes questions : « Voussvouss[1], mon fils, tu ne sais pas ce que cela veut dire !? Assoyons-nous un instant, tu veux bien ? »

Il aimait m’enseigner les choses de la vie. Il y avait un arbre sur le flanc du ravin qui surplombe la Soummam sous lequel il aimait que nous nous assoyons pour parler. Nous passions ainsi des heures à l’abri des regards. A la fin de chacun de nos nombreux échanges, il terminait toujours par cette phrase d’une voix douce et grave : « Mets taqvaylit dans ton cœur et la protection des ancêtres ! Fais du bien à celui qui tombe, quant à Dieu laisse-le aux autres ! » (Ger taqbaylit deg wul-ik, d laânaya Imezwura ! Erfed w’ur nesâi ifadden, ma d Rebbi anef-as i medden !)

Que voulait-il dire exactement par ces mots ? Je restais souvent des jours et des jours à ressasser ce genre de formules dont il nous abreuvait. J’avais beau les tourner dans tous les sens, il y avait toujours un autre sens qui venait se rajouter à ce que j’avais déjà trouvé.

J’aimais écouter ce mendiant superbe. Je l’avais surnommé ainsi car mon père s’habillait comme un clochard, un mendiant superbe. Avec lui, l’habit n’avait jamais fait le moine. Seule sa prestance, sa générosité, son intelligence flamboyante portée par une voix sans pareille le distinguait des autres. On oubliait aussitôt ses pauvres habits qu’il se plaisait à rapiécer lui-même pour voir un homme subjuguant au kabyle étonnamment riche, raffiné, rugueux et sans pareil !

Cela me permet de rapporter une anecdote racontée par mon ami le cinéaste Abderrahmane BOUGUERMOUH. Son propre père était avec d’autres vieux de notre arch. Chacun y allait de sa prose et de sa rhétorique pour en imposer aux autres. L’un d’eux voulait à tout prix montrer qu’il avait toutes les clés et les subtilités de notre chère langue. Agacé par tant de prétention, monsieur Bouguermouh père finit par s’exclamer face aux prétentions de son vis-à-vis : « Celui qui veut entendre le kabyle, qu’il aille voir Mohand Améziane Ouchivane ! » C’est dire que « La langue de mon père » était revêtue par les Anciens d’un sceau exceptionnel dont il était difficile de retrouver les éclats chez d’autres vieux. Dda Mohand Qasi, le dernier Amousnaw de notre tribu, disait de mon père : « Seul Améziane Ouchivane savait lire les nuages et le vent ; seul lui était capable de comprendre le chant des oiseaux ! »

Ecouter mon père parler de la nature était une leçon que beaucoup d’écologistes d’aujourd’hui devraient avoir entendue !

D’après notre mythologie, le Souverain Suprême aurait créé le premier homme (Verver Amezwaru) du frêne, premier arbre de la création, selon nos croyances. Mais comme l’arbre a besoin de l’eau pour vivre, le Souverain Suprême avait compris qu’il fallait créer la première femme, « La mère du monde » (Yemma-s n ddunnit) de l’eau : d’une perle de rosée (Tiqit n nnda). On aura compris que sans l’arbre et l’eau point de vie sur terre ! Mon père disait : « A chaque fois qu’un arbre s’abat, c’est un homme qui s’en va, qui se meurt ! »Comme tous les peuples premiers et autochtones, ce que les anciens Kabyles appelaient « At-tmurt », les Imazighen ont toujours privilégié la pensée synthétique, voire holistique, plutôt qu’individualiste et analytique.

La voie holistique voit toutes les choses et tous les êtres vivants comme liés. Cette approche ne sépare pas l’élément du tout, l’individu du groupe ou l’homme de la nature. Aussi, ce qui me paraît digne d’intérêt, c’est l’importance accordée par les anciens Kabyles à l’environnement et à la nature qu’ils désignent d’un seul et même mot tarwest. Ce mot renvoie à une philosophie, voire à une croyance, qui affirme l’interdépendance entre tous les êtres vivants qui peuplent la terre. Une importance qui prend toute son ampleur à travers la culture orale et notamment les énigmes où les éléments physiques sont étudiés comme des éléments et des « personnages » vivants au même titre que les biotopes des mondes végétal, animal et humain, désigné par un lexème mystérieux Akkiw, qui signifierait «L’univers  ».

Pour faire plus « intellectuel », je veux simplement expliquer que pour mes ancêtres, la première des sciences s’appelle « La mère nature » (Tarwest). C’est la science de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Tout comme les humains, tous les êtres vivant sur cette terre ont une âme. Mon père disait : « Du plus petit insecte jusqu’au plus grand des oiseaux, la terre a besoin de tous ses enfants, hommes et femmes compris ! » Lorsque nous ramassions les olives, il ne manquait jamais de nous dire : « Laissez-en un peu sur les plus hautes branches, c’est la part des oiseaux ! » La pensée des Anciens est simple et claire et elle s’inscrit aussi dans ce dicton : « L’insecte est petit, mais il nourrit les oiseaux ! » (Abeєєuc macci, d-acu yettqewwit ifrax !)

L’importance des insectes dans la chaîne de la vie sur terre est aujourd’hui une évidence connue de tous. Mais dans des temps bien reculés, les Kabyles avaient déjà leur fête… des insectes ! Et mon père s’extasiait à juste titre en disant qu’à sa connaissance seul le peuple kabyle réservait une journée de fête aux insectes (tameghra ibaεεac) auxquels était consacré un souper du même nom, « le souper des insectes » (imensi ibaεεac) !

Enfin,pour ne pas trop charger cet hommage anniversaire des 40 ans après la disparition de cet homme chez qui l’humanité n’était pas un vain mot, je me souviens de sa réflexion sur la vie nocturne du village kabyle.

Ecoutons-le : « Quand je travaillais nos champs dans la vallée de la Soummam, j’arrivais parfois fort tard dans notre village (dans la montagne). Au fur et à mesure que j’avançais vers chez nous et que j’arpentais nos ruelles, ce qui me surprenait, c’était le silence « qui s’échappait » de certaines maisons, alors que d’autres habitations étaient « remplies » par des éclats de rires et des éclats de voix. Il m’a fallu un certain temps pour découvrir que le silence était suscité par les récits comme les contes et les mythes et que les éclats de voix et les rires étaient déclenchés par les joutes oratoires et les énigmes. J’ai fini par comprendre que le peuple kabyle est, à bien des égards, un peuple fort singulier qui étonnera toujours le monde s’il continue, grâce à sa langue, de chercher la lumière dès que la nuit tisse sa toile ».

Et enfin, pour terminer, écoutons-le dire un mot sur la femme en général et sur ma mère, en particulier.

« Tout dans la femme est semblable à l’arbre. Pendant que l’homme gesticule et vocifère, la femme observe et construit en silence. Tout comme l’arbre, elle écoute en silence ; elle comprend tout et ne dit rien à personne. Comme la nature, elle donne et protège la vie … C’est le meilleur visage de Dieu. Le Dieu qui est dans la nature ; dans la fleur fragile ; dans l’eau de la rivière qui coule ; dans le chant de l’oiseau qui chante ; dans le plus petit insecte ; dans l’arbre tranquille ou secoué par le vent. Dieu ne peut être qu’une femme… Sans votre mère, je ne serai arrivé à rien. C’est elle qui vous a mis au monde. C’est elle qui m’a tout construit. J’ai autant appris par ses silences et ses souffrances que par tout ce que j’ai pu apprendre de la vie des hommes et des livres saints. »

Merci papa ! Tanemmirt a vava ! J’espère que le Souverain Suprême t’avait fait un accueil digne, fraternel et patient ; comme tu l’as été avec les tiens et les humains que tu as rencontrés sur ton chemin.


[1] Héros de la légende : « Les chasseurs de lumière ».

Publié par : youcefallioui | novembre 23, 2012

LES GARDIENS DE LA CITE – IΣESSASEN N TADDART

LES GARDIENS DE LA CITE

IΣASSASEN N TADDART

Depuis plusieurs années, beaucoup de problèmes socio-politiques et de déviances sociopsychologiques et culturelles minent la Kabylie . Et cette situation va en s’empirant. Insécurité dans tous les domaines. Agressions multiples. Enlèvements. Drogues. Incendies ravageurs des forêts et des champs d’oliviers et de culture qui minent aussi la santé des femmes et des hommes ainsi que des enfants en bas âge. Traumatismes divers qui mènent vers le suicide des jeunes qui n’ont plus de repères visibles et rassurants.

(Il me revient en mémoire ce conte où un figuier,  dont les parents prenaient grand soin, ramenait à la vie leur jeune garçon qui venait de se suicider.) 

La Kabylie fait face à un ensemble de faits aliénants et réifiants qui la remettent dans des circonstances analogues à celles auxquelles elle avait face pendant la colonisation. Pourquoi ne réagit-elle pas de la même façon pour se défendre ? Pourquoi les Kabyles se sentent-ils démunis (surtout les femmes) face à toutes ces destructions et ces déstructurations qui touchent tous les âges et toutes les familles ?

Mille et une questions surgissent devant la tragédie que vit la Kabylie aujourd’hui. Mille et une questions qui resteront sans réponse tant que les Kabyles n’iront pas les chercher dans leur langue et leur culture. Mille et une questions qui correspondent aux mille et un maux que vivent les Kabyles et leur province.

La réponse est dans notre langue et notre culture. Imaginez un instant que chaque village s’organise – comme l’avait fait la Kabylie pendant la guerre d’Algérie. Comme l’avait fait notamment l’Arch des Awzellaguen, quand il fallait accueillir les organisateurs du Congrès de la Soummam (Agraw n Welma Asemmam).

Chaque village des Awzellaguen avait commencé par désigner les jeunes qui devaient prendre la responsabilité de devenir, comme dans les temps anciens, « Les Gardiens » du village (Iâassasen n taddart) ;Dés lors, tout ce qui se passait dans l’Arch des Awzellaguen était su et contrôlé par ses « Jeunes Gardiens » en liaison étroite avec les 2000 maquisards des Awzellaguen. Grâce à cette organisation, le Congrès de la Soummam s’était passé dans une sécurité absolue et au nez de l’armée française et de ses services secrets.

Sans cette organisation, connaissant les services secrets de la France coloniale, quelques traîtres auraient vite fait de porter la nouvelle. Or, l’organisation avait permis de sensibiliser tous les habitants de l’arch qu’il fallait qu’ils conservent ce secret, car il y allait de la vie des organisateurs et des maquisards des Awzellaguen qui assuraient leur sécurité. Ceux qui étaient tentés de faillir au devoir de résistance avaient certainement réfléchi à deux fois devant une telle organisation : ils devaient se dire : « Les jeunes gardiens de la révolution » vont vite le savoir… ».

C’est ainsi qu’il faut nommer ces jeunes qui ont permis que le Congrès de la Soummam se passe dans une totale sécurité. Aucun historien n’en fait aujourd’hui mention, et pour cause ! Ils ne sont au courant que des faits et des évènements qui avaient cours en français. Seule la langue kabyle et l’organisation ancestrale de la cité berbère de Kabylie pouvaient donner une réponse adéquate à la tragédie que vivait l’Algérie face au colonialisme français, féroce et barbare.

Aujourd’hui que la Kabylie fait de nouveau face à une tragédie analogue, mais plus funeste et plus dommageable car elle émane de « l’intérieur », chaque village doit de nouveau faire appel à notre langue et à notre culture qui, seules, peuvent remettre debout l’ancienne organisation héritée de nos ancêtres. Chaque village ou chaque arch (dans le cas ou les villages, comme aux Awzellaguen, ont été détruits par les Français, doit s’organiser de la même façon.

Ce n’est qu’ainsi que la Kabylie s’en sortira face à ce grand danger qui, telle une pieuvre, l’entraîne chaque jour vers la mort. L’organisation kabyle ancienne est incontournable si on veut que la Kabylie se ressaisisse et s’épargne toutes les déviances et les violences qu’elle est en train de subir ; violences qui rappellent celle de la guerre d’Algérie dont la Kabylie a été le fer de lance face au colonialisme.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur la langue, les Institutions et l’organisation traditionnelles kabyles que la Kabylie sera en mesure de combattre tous les dangers avec succès et ce quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent ! Comme disaient si bien nos mères : "C’est dans la langue de ta mère qu’il y a sauvegarde !" (Di tmeslayt g_emma-k, i’gella leslak !)

Que nos politiciens arrêtent de se taper dans les pattes et déclarent une union sacrée pour que la Kabylie continuent de vivre ; car, cela n’est un secret pour personne : on veut la tuer !

J’entends quelques ahuris – qui se comportent en « grands savants des institutions modernes » – critiquer cette organisation dont ils ne connaissent rien, absolument rien ! Sinon ce qu’ils ont lu ici et là… et l’on devine sans mal chez qui. Ces « grands savants » à la petite semaine ne connaissent ni le Kabyle, ni la Kabylie et encore moins cette organisation qui avait permis une résistance sans faille, pendant près d’un siècle et demi contre le colonialisme  !

Aujourd’hui, certains villages possèdent déjà des « Comités citoyens ». Il existe d’autres termes kabyles qui peuvent remplacer ces expressions venues d’ailleurs. Néanmoins, ces comités peuvent revenir à l’essence de l’organisation ancienne de la cité kabyle et commencer par désigner les jeunes qui peuvent assurer le rôle et la responsabilité de « Gardiens » (Iεassasen) que nous avons hérité de nos pères.

C’est un préalable indispensable pour mettre fin à la tragédie que vie la Kabylie (Tamawya, comme disaient les Anciens). Seules la langue et la culture des ancêtres peuvent sauver la Kabylie !

Imaginons un instant (aussi !) que l’on rende obligatoire Lounis Aït Menguellet, Slimane Azem, Matoub Lounès et Ferhat Mhenni dans les écoles, dans les cars, tous les lieux publics, y compris les Mairies et la rue kabyle.

Un rêve ? Il faut faire des rêves pareils !

Les enseignants de tamazight doivent soigner leur kabyle – qui est une langue magnifique – en commençant leurs cours par des chants, des poèmes kabyles anciens ou de Si Mohand. Reprendre tout ce que véhicule la langue kabyle à travers sa culture. Faire connaître les textes de Mouloud Mammeri, de Jean Amrouche et de bien d’autres qui ont oeuvré leur vie durant pour leur pays.

C’est un travail de recouvrance indispensable, donc de longue haleine, pour que la Kabylie reprenne vie, à travers sa langue et sa culture.

Au fronton des écoles, des mairies et des Universités devront être inscrite – ici et là – comme un credo, un slogan, quelques devises :

« Ecoutez  Aït Menguellet, Slimane Azem, Matoub Lounès et Ferhat ! »« Wlac azal nnig tutlayt tamazight ! »

 Cette devise – inscrite sur tous les frontons des écoles et des Universités Kabyles - redonnera vie à la Kabylie. Elle lui redonnera aussi la paix et la prospérité ainsi que la fierté qu’elle a su cultiver et sauvegarder au fil des siècles ! La terre d’Algérie est une terre sacrée (akal ademghi). La Kabylie est capable de faire de notre pays, selon l’expression des anciens Kabyles : "Une Algérie des lumières" (Lezdayer n tafat).

Un rêve ? Il faut faire des rêves pareils !

D’aucuns me traiteront de naïf. Je revendique cette naïveté. Nous disons en kabyle : "Il n’y a pas plus rusé que le chacal, mais il n’a jamais réussi à se construire une maison !"

 Les anciens Kabyles disaient "naïvement" : « Anda wlac nniya, temmut lefhama ! » Akken qqaren daγen Imezwura : « Anda yella wul n teqvaylit ad awden Iqvayliyen » !

Un rêve ? Il faut faire des rêves pareils !

Nos jeunes se suicident parce qu’ils n’arrivent plus à rêver. Pire encore, pour paraphraser Lounis Aït Menguellat : "On est entré dans leur rêve et on l’a transformé en cauchemar !"

Comme me disait l’un des Anciens centenaires des Awzellaguen, Dda Lakhdar Udjaâbi, que nous appelons "Grand-père" (Jeddi) et qui vient de nous quitter : "Sans rêve, point de rigoles d’une vie décente !" (Mebla tirga, wlac tiregwa !")

Publié par : youcefallioui | septembre 30, 2012

La gazette d’Ouzellaguen

Wi’bγan idles yeddu γur-es !

Je vous invite à lire ci-dessous dans "La Gazette d’Ouzellaguen", revue intéressante et riche de par son contenu axé sur l’actualité culturelle en général, deux articles qui traitent de ma vision du patrimoine culturel kabyle comme art de vivre universel.

La Gazette d’Ouzellaguen est publiée par la dynamique Association des activités de jeunes Idles avec le soutien du Programme Concerté Pluri-Acteurs (PCPA) Jossour.  C"est une revue culturelle en couleur et de très bonne qualité aussi bien par son fond que par sa forme.

Elle a pour vocation de vulgariser les activités de l’association tout en mettant en valeur les manifestations culturelles de la région.

C’est une revue trimestrielle de 18 pages tirée à 1000 exemplaires. Elle est  distribuée gratuitement aux adhérents, aux différents partenaires et aux usagers de la bibliothèque communale d’Ighzer Amokrane.

  1. La gazette décembre 2011
  2. La gazette avril 2012
Publié par : youcefallioui | septembre 30, 2012

Le droit d’asile et la femme kabyle …

Extrait de la veillée canadienne dans la communauté kabyle d’Ottawa en mai 2012….où le repas kabyle était excellent : nous y avons mangé des "boulettes d’Ouzellaguen" (Tiasvanin g_Wawzellagen). Nous avons découvert une cuisinière de grand un talent, Hayett, et un musicien et chanteur exceptionnel : Zahir. Sans oublier le lion des Ihitousen : Hace Mess.

http://www.youtube.com/watch?v=vniu12xYHvA

Publié par : youcefallioui | septembre 26, 2012

Slimane Kati ou l’Amazigh qui parlait en silence…

Slimane KATI

Ou l’Amazighe qui avait peur des mots et qui parlait en silence.

Sliman : Amazigh yettaggwaden awal, ittmeslayen s tsusmi.

 

Je ne présenterai pas mon ami Slimane comme un militant de la cause amazighe, ce qui va de soi et ce qui lui déplaira, car sa modestie va en souffrir… Il n’aimait pas se mettre en avant, car c’était avant tout un militant humble et discret qui avait fait du silence et de la discrétion son pluri-universalisme et son amazighité.  

  

Ce qu’il disait avec des mots doux et justes dans un kabyle raffiné : "Le temps marche, certaines causes produisent les mêmes effets, mais nous ne savons plus ce qu’est notre devoir, pourquoi nous vivons, pourquoi nous mourons". Tel est plus que jamais le désenchantement du monde pour mon ami Slimane, un désenchantement si bien analysé par Max Weber. Seule la kabylité, si bien comprise et aimée par mon ami Slimane comptait à ses yeux. Tout le reste n’est que bavardage inutile et littérature de seconde zone !

J’ai fait la connaissance de cet homme génial et modeste dans les années 70 quand j’étais étudiant à Paris. Nous avions un ami commun : Aziz Saïbi (un autre grand militant de l’amaghité qui nous a quitté dans la fleur de l’âge). J’allais donc à son garage ou nous discutions pendant qu’il s’affairait autour des voitures que les clients lui ramenaient pour diverses réparations.

Quand je l’ai vu la première, il m’avait plu d’emblée. Contrairement à la majorité de la gent masculine – revêche et sachant tout – Slimane était surprenant par sa douceur, sa prévenance et surtout sa modestie. Quand il parlait, il fallait bien prêter l’oreille : « Quand s’il avait peur d’être entendu par quelqu’un d’autre que celui à qui il s’adressait dans un sourire énigmatique et le visage éclairé par l’intelligence et la bienveillance.

Slimane n’haussait jamais la voix. J’ose dire qu’il aurait dû quelques fois ! Mais parler haut et fort et s’imposer devant une personne et notamment devant une femme, il préférait laisser cela aux autres, car il n’aimait pas l’esclandre et encore moins les mots qui blessent et les mots dont se gargarisent la majorité des hommes… Pour lui, seuls les mots doux font partie de la qualité de la vie et d’un certain art de vivre…

Il ne parlait qu’en kabyle et c’est l’une de ses premières qualités… Il n’aimait pas se gargariser de mots, mais il savait où était le mot juste et ce qui pouvait donner du soleil au patrimoine : à la culture et à la langue amazighes.

Il me disait à sa façon de dire les choses : « Je ne sais pas si je me trompe, mais je pense que les Kabyles et les Imazighen en général commenceront à se comprendre lorsqu’ils se pencheront sur leur histoire. »

J’étais donc fort étonné de l’importance qu’il donnait à « la mère de toute les sciences, L’histoire ». Pour lui, c’est la première ouverture sur le monde. Ô combien il avait raison ! »

Mon ami Slimane aimait dire : « Ce qui manque à la Kabylie, c’est la kabylité » (Tamurt n Leqvayel itt  ixussen t-taqvaylit). Même s’il le disait « en silence », il ne croyait pas si bien dire !

Il me disait aussi d’un air triste et désolé : « Ce qui me manque c’est la Kabylie. » (Ayen iy’ixussen t-tamurt n Leqvayel ».

Mon ami Slimane s’en va la rejoindre pour ne plus jamais la quitter.

Nous sommes allés nous recueillir sur sa dépouille ce 25 septembre 2012 à l’hôpital Bichat.

J’ai été heureux de voir que beaucoup d’amis sont venus le saluer pour son dernier voyage et son retour définitif vers la terre des ancêtres, la Kabylie.

Mon ami Slimane KATI est reparti vers les montagnes de sa chère  Kabylie aux arbres et aux rivières sacrées pour se reposer en silence comme il a toujours vécu. Il savait si bien que « Seuls savent ceux qui se turent ». ET les anciens Kabyles le disaient aussi : « Tasusmi tugar tamusni » (Mieux vaut silence que science).

 

AM ULECCAC DEG WEDRAR

 

A’marezg wi’llan am kecci

Si zik i thudred iman-ik

Anamek terrid-t d-ucci

Mi-d yeggwed ar umezzu¥-ik

Tasusmi ger l¥aci

Akken i t-taqvaylit-ik !

 

Ur tessaâlayed ameslay

Ur tessuguted lehdur

Tasusmi ynek tezgaray

Yal awal tebnid-as ssur

Yal yiwen anda ytallay

Kecc tezgid am Ezru n Thur.

 

Atas ay nedda akken

Atas i nqesser s tuffra

Atas  i d-nudant wallen

Atas necca di ccina

Ma yella nekka-d seg’weslen

Sliman sinna i d-yekka.

 

Ur  yecliâ yakw seg’zurar

Ihemmel awal afessas

Atas i’gessen lesrar

Fell-asen yezga d-aâssas

Am uleccac deg’wedrar

Ihedder s tuffra, izmuzgut atas.

 

26 cutembir 2962 (26 septembre 2012)

Youcef Allioui.

 

Publié par : youcefallioui | juillet 21, 2012

Amazing Amazighs ! Nobles et fiers !

Amazing Amazighs ! Imazighen n Kanada :

En guise de remerciement pour les Kabyles du Canada et notamment pour les enfants kabyles. A travers eux, cette jeune fille qui m’avait offert un  tableau qui me représente. En voyant cette oeuvre artistique à travers son laser, le douanier canadien me posa la question suivante : "Vous êtes peintre de quel pays ?"

Je lui répondis … que c’est une jeune fille Kabyle qui me l’a offert après  une conférence que j’ai faite à Montréal sur la littérature orale kabyle.

Il sourit et me dit : "Bon voyage monsieur ! Les Kabyles sont intelligents et surprenants !" 

Mon voyage au Canada, où j’ai eu le plaisir et l’honneur d’être invité pour faire deux conférences : l’une à Ottawa et l’autre à Montréal, m’a permis de constater que les Imazighen ont encore un bel avenir devant eux.

Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | juillet 21, 2012

La littérature orale kabyle – Conférence à Montréal le 26 mai 2012

Conférence à Montréal le 26 mai 2012 :

La littérature orale et la mythologie kabyles

Introduction 

Le hibou a dit : « La langue tue et ressuscite » (yenna-yas bururu : « iles ineqq iheggu. ») (Sagesse du dit des oiseaux).

Le mythe et le conte selon mon père : exorde d’une autre interprétation :

Mon père : « On ne doit jamais raconter aux  étrangers nos contes et nos mythes ainsi que tout ce qui nous vient des anciens avant de leur avoir expliqué d’où tout cela vient, comment il a été créé et pourquoi les anciens l’avaient créé ? Un mythe n’est que des mots, de simples mots pour un étranger ; pour nous c’est une prière, une invocation, une imploration, une croyance qui est irriguée  par un peu de notre sang. Chacun de ces récits est un message de nos pères, de notre terre ; par conséquent, un message de notre Dieu, du Souverain Suprême (Agellid Ameqqwran).   

« L’étranger ne doit être au courant de tout cela – tout comme ceux des nôtres qui sont promptes à douter de notre héritage, tout simplement parce qu’ils ont reçu un enseignement dans d’autres langues que la nôtre – ne doivent entendre ou lire ces histoires, qui sont autant  de conjurations à cause du mauvais sort qui a frappé le peuple kabyle – qu’une fois que ceux qui détiennent un peu de notre sagesse leur aient expliqué les fondements de ces mots qui nous ont permis de travers les siècles. Notre langue n’est plus seulement un outil qui transporte le sens à travers les mots ; elle est notre dernier secours, notre dernier rempart contre les menaces extérieures qui utilisent justement d’autres mots, donc d’autres langues. Qui a une langue à lui se sent plus en sécurité, sinon il disparaît en tant qu’être humain différent. Ne subsisteront donc que les peuples qui auront su conserver leur langue. Chacun de nous doit s’interroger sur tant de Kabyles et de Berbères qui, en perdant l’usage de leur langue première, s’acharnent à faire disparaître ceux des leurs qui parlent encore la langue de leurs ancêtres. »

Mon père concluait par ses mots : « Nous faisons parler le monde, la nature, les animaux, les oiseaux et même les insectes pour que chacun comprenne que la langue est un être vivant. Elle est l’âme et le souffle du peuple qui la parle[1]. »

Il  faut donc comprendre  que dès qu’une langue meurt, son peuple disparaît et prend l’apparence d’un autre car il se désigne par d’autres mots, appartenant à une autre langue. C’est ce qui est arrivé à la majorité des Imazighen qui ont été arabisés.

Nous devons ces vidéo-conférences ont été au jeune Hace Mess – de la confédération des At Yedjer (village ancestral et illustre des anciens forgerons kabyles : Ihittousen).

Première partie : http://www.youtube.com/watch?v=z0GvUpKbppg&feature=youtu.be

Deuxième partie : http://www.youtube.com/watch?v=a0nKrWlWpyo&feature=youtu.be

Troisième partie : http://www.youtube.com/watch?v=LOO1DdtOBF0&feature=youtu.be

Quatrième partie : http://www.youtube.com/watch?v=XHJ8XPzCqqk&feature=youtu.be

Cinquième partie : http://www.youtube.com/watch?v=I-gAHwqD9sY&feature=youtu.be

Sixième partie : http://www.youtube.com/watch?v=ADsF4o15jbQ&feature=youtu.be

Septième partie : http://www.youtube.com/watch?v=xmxN4OAnWOY&feature=youtu.be

Huitième partie : http://www.youtube.com/watch?v=k1sncR20f6Y&feature=youtu.be

Neuvième partie : http://www.youtube.com/watch?v=Vt7UG9_04NY&feature=youtu.be

_________________________________________________________

[1] Le fabuliste kabyle Slimane Azem a notamment utilisé la psychologie et la sociologie animales et notamment les oiseaux pour stigmatiser l’oppression dont fait l’objet la langue amazighe depuis l’indépendance de l’Algérie. Plusieurs de ses pièces sont consacrées à l’oppression que subissent les Kabyles et à l’aliénation linguistique, notamment celle dont le titre est « le perroquet » (baba-ghayu), du grec psittakos qui renvoie au psittacisme, psychopathologie dont souffrent notamment les enfants berbères qui subissent de plein fouet l’arabisation aveugle et anarchique du système éducatif mis en place par l’idéologie arabo-islamique.

Publié par : youcefallioui | juillet 2, 2012

Tamawya tasnarexsit – La fédération autonome Kabyle avant 1871

TAMAWYA TASNAREXSIT

La fédération autonome et laïque de Kabylie jusqu’à l’insurrection de 1871.

Nous parlons donc d’une Kabylie que "les moins de 150 ans ne peuvent pas connaître" (je renvoie à mon ouvrage sur les Archs kabyles pour ceux qui veulent en savoir un peu plus).

Tout cet enseignement nous vient des derniers guetteurs de vent et des derniers chasseurs de lumière qui avaient pensé et créé cette organisation en avance sur son temps ; construite d’après un système de pensée porté par la langue amazighe de Kabylie. 

Je parle donc ici de l’organisation socio-politique de la fédération autonome de kabylie, ce que les anciens Kabyles appelaient  "Tamawya tasnarexsit" et de ses  institutions laïques et démocratiques avant qu’elles ne soient détruites par le colonialisme française. Elles ont eu court et résisté à cette destruction jusqu’à l’insurrection de 1871 ; insurrection algérienne, portée par la Kabylie, à laquelle elles avaient insufflé sa force, son organisation et son unité nationale.

Conférence d’Ottawa sur cette organisation politique de la cité kabyle :

Vidéos de la conférence que j ‘ai donnée à Ottawa 25 mai 2012,  filmées et mises en ligne par HACE MESS, yiwen seg’lemziyen Iqvayliyen yellan di Canada iqeddcen atas af tmazight s wul, ttmusni d nniya. As nefk zznaf, was nini : TANEMMIRT !!

1) Youcef Allioui – le kabyle : langue ou dialecte ?

2) L’organisation socio-politique traditionnelle en Kabylie

Publié par : youcefallioui | juin 22, 2012

TAMAZIGHT – Langue officielle ! (Ottawa – Canada)

Le sens et la conscience amazighes au Canada

Kahina 3 ans et demi « Pourquoi tu ne m’as pas parlé en kabyle ? » (Acugher ur yi-d hdired ara s teqvaylit ?)

Incroyable, mais vrai ! La petite Kahina m’avait interpellé, avec sérieux et détermination dans sa petite voix et du haut de ses 3 ans et demi : « Tu ne m’as pas parlé en kabyle, pourquoi ? » Pourquoi sa juste remarque ? Parce que je l’avais saluée en français à l’arrivée de ses parents chez mes hôtes (Rachid et Jedjiga). J’ai souvent parlé d’aliénation et voilà que je m’aperçois que je suis pris dans le piège-même à propos duquel je mettais en garde depuis plusieurs dizaines d’années !

Il faut savoir que la communauté kabyle du Canada et notamment d’Ottawa est d’une exception qu’il faut expliquer. Les enfants en bas âge parlent tous leur langue maternelle, le kabyle. Par ailleurs, et c’est un aspect très important que je dois aussi signaler : LA LANGUE AMAZIGHE EST UNE LANGUE OFFICIELLE A OTTAWA !  D’ailleurs, je tombais en plein examen de tamazight pendant que je visitais les écoles et notamment les niveaux 1 et 4. Faute de temps et de peur de perturber les autres classes, je n’ai pas pu malheureusement assister à tous les cours.

Dés l’entrée de l’école, il fallait se déclarer comme « Amazighs » pour pouvoir recevoir les sauf-conduits « visiteurs amazighs » et pouvoir ainsi entrer dans l’école et pouvoir visiter les différentes classes de langue tamazight.

J’ai dû me résoudre à n’assister qu’au cours de mon hôte Rachid Beguenane. Deux remarques m’avaient interpellé pendant ce cours :

  • Le sérieux et la motivation des enfants – dont l’âge oscille entre 10 et 15 ans.
  • L’accent est mis sur la langue kabyle sans introduction de néologismes amazighs.

C’était un cours dynamique et vivant, où les enfants n’avaient pas peur de se tromper et de se faire corriger soit par leur professeur, soit par leurs camarades de cours.

Je suis saisi d’étonnement et d’aise, quand je me retrouve dans la cours : j’entendais les enfants kabyles passer aisément de l’anglais au français avant de revenir à leur langue maternelle : la langue kabyle.

J’avoue m’être cru en plein rêve ! Un beau rêve que j’aurai aimé faire sur la terre berbère d’Afrique du Nord (Tamazgha) et notamment en Algérie où la langue tamazight – « langue nationale » – est toujours moins qu’une langue nationale, puisqu’elle est une « matière facultative ». Figurez-vous que pour ne pas faire du sport, on exige un certificat médical ; et bien pour ne pas étudier la langue maternelle amazighe, qui doit être la langue maternelle de tous les Algériens et tous les Maghrébins, les responsables pédagogiques ne demandent rien ! Pire encore, pour pouvoir s’inscrire en cours de tamazight, il faut l’autorisation des parents !

En faut-il une autorisation pour les cours d’arabe ? Que nenni ! C’est une langue officielle ! Nous sommes donc réduits à faire ce constat : une langue autochtone – langue amazighe – est réduite à un état facultatif qui nous dit tout sur la volonté du gouvernement algérien (arabo-islamique) sur son état d’aliénation, voire de réification.

J’ai oublié la question innocente mais si révélatrice de ce qu’est la réification des Berbères arabisés. Question d’un enfant amazigh (Lyes = Espoir) : "C’est qui "Araboislam" ? Et pourquoi ce monsieur ne veut pas qu’on étudie notre langue maternelle, la tamazight ?

J’avoue avoir eu du mal à lui expliquer ce qu’est une idéologie extérieure dont les gouvernants intérieurs en font un rouage idéologique interne. Je ne sais pas si ma réponse était adéquate quand je lui répondis ce qui suit : " Disons que c’est un individu qui n’existe pas mais que les autres utilisent pour s’arroger injustement le droit d’interdire à d’autres personnes qui, elles, existent belle et bien et qui désirent fortement étudier leur langue maternelle. L’étudier,  la parler, la lire et l’écrire dans un pays qui est le leur et qui fait tout pour la développer et lui porter tous les soins pour la guérir de tout ce qu’elle a souffert du colonialisme.

Car vivre dans sa langue et sa culture c’est avoir une clé pour accéder à une porte qui s’ouvre  sur un monde meilleur où la liberté est la source de la vie.

Le dicton kabyle le dit bien : "La langue de ta mère est une porte ouverte sur le seuil du monde !" (Tameslayt g_emma-k, t-taggurt yellin af emnar n ddunnit !)

Ceux qui nous gouvernent ne considèrent pas la culture et la langue de leurs ancêtres (les Imazighen) comme une richesse qu’il faut développer ; bien au contraire : pour eux, elles représentent un danger qu’il faut éliminer ! Car ils ont préféré opter pour une autre langue et une autre culture étrangères à l’Algérie et à Tamazgha.

Aussi, au lieu de faire en sorte que chaque enfant algérien et amazigh – qu’il soit arabophone ou amazighophone – étudie la langue amazighe, première langue de cette terre berbère-amazighe, aliénation oblige, on freine des quatre fers pour qu’elle évolue le plus lentement possible, le moins possible, de façon à ce qu’elle finisse par s’effacer de ce monde. C’est sans compter sur la racine et la sève si vigoureuse des enfants imazighen !

A quand aurons-nous des hommes et des femmes qui comprendront que la langue amazighe est une chance – une grande chance – pour tous les enfants algériens – et notamment arabophones ! – d’apprendre la langue de leurs ancêtres qui supporte une culture millénaire qui les aurait étonnés par sa beauté. En apprenant cette langue, ils apprendront aussi un système de pensée qui vient de la nuit des temps et qui est porteur d’une modernité surprenante et d’une richesse extraordinaire.

Cette richesse se trouve dans un système de pensée en avance sur beaucoup de peuples dans le monde, y compris les pays « dits civilisés ». Ce système de pensée a instauré une philosophie égalitaire et écologique. Ils auraient ainsi compris ce qu’est « le développement durable » chez leurs ancêtres Imazighen. Ils auraient aussi compris que c’est Tarwest : la science amazighe écologique de l’interdépendance entre tous les êtres vivants du plus petit insecte jusqu’à l’homme. Ils auraient également compris que dans la philosophie amazighe, il n’y a pas d’opposition entre la nature et l’homme. Seuls les Imazighen peuvent se targuer de fêter les insectes à travers une fête et un souper aux crêpes qui leur étaient dédiés !

Ils auraient appris que leurs ancêtres disposaient d’un système de production économique durable et harmonieux appelé « Ablalas ».

Ils auraient également appris le système politique démocratique et laïc où la religion est une affaire personnelle, une affaire de cœur.

C’est tout ce trésor culturel millénaire que les enfants kabyles du Canada étudient à l’école canadienne. En discutant avec quelques uns d’eux, je me suis rendu compte que chacun d’eux ressent un grand bonheur d’étudier sa langue maternelle si riche et si belle.

Tous ressentent une grande fierté d’être des Imazighen et reconnus, dans la lointaine terre d’Amérique du Canada. C’est en dignes héritier du  trésor linguistique et culturel millénaire que  filles comme garçons amazighs du Canada sont fiers de faire partie de ceux qui portent le nom si beau leurs ancêtres « Les Hommes Libres ».

A cette beauté sereine sur leurs visages d’Amazighs – qui parlent fièrement et à haute voix dans l’enceinte de leurs écoles et dans la rue.

A vous qui m’aviez fait rêver – et particulièrement à la petite Kahina – vous dédie « le conte de l’alouette » (tamacahutt n tqubaât) plein de symbole sur l’oppression linguistique que notre peuple continue de subir sur la terre de ses ancêtres, Tamazgha. Que chacune et chacun y découvrent le message de nos Ancêtres qui ont oeuvré à travers les millénaires que notre langue demeure à jamais et ce malgré les attaques incessantes des ignorants.

L’alouette a dit : « Qui a une galette n’en mange que la moitié ; qui a une demi-galette n’en mange que le quart ; qui veut aimer les femmes, n’en épouse qu’une seule. »

CONTE DE L’ALOUETTE

L’alouette a dit et chanté :

Je n’ai que cette voix, celle-ci est bien la mienne

Je n’ai que ce pays, celui-ci est bien le mien

Mais on me dit : « Ou tu changes de voix

Ou bien tu quittes le pays ! »

Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | mai 2, 2012

Le mythe du vent – Izri gw_adu repris par Hace Mess…

Les chasseurs de lumière – Iseggaden n tafat

Contes et mythes kabyles – Timucuha d Yizran

Edition bilingue berbère-français

Editions L’Harmattan – 2010 – Paris.

Le mythe du vent

(Extrait du livre "Les chasseurs de lumière")

Izri gw_adu (texte amaziγ – p. 149-154)

Izri-ya sγur yemma yakw d baba. Ahric amezwaru d yemma i-yi-t ilemden. Baba yerna-yi-d ahric anda yella wsefru. Nwala dγa d- izri ixulfen wiyyidh i-mi yesεa ssin wudmawen –- am win “Umsefru t-tegrest” yakw d win n “Lewli n tafat” : yiwen wudem asuddsan : ittwabna s-udref n tira, s wedhris ; wayedh d-amersan : yettwabna s-usefru.

Izri-ya am wiyadh yakw yuεer bac a-t ifhem yiwen : d-awal ademγi (texte sacré qu’on ne récit qu’en tenant des grains ou de la nourriture dans la main). D-acu daγen i-yi issedhacen, ayen is nniγ i baba : “Amek keççini d yemma tzemrem a-ttecfum yakw i tisula (récits oraux – littérature orale : tasekla s tmaziγt) γezzifen am tigini ?”

Yezmumeg yenna baba ad yaεfu Rebbi fell-as : “Nekwni, a mmi,ur nessin imru,ur nesεεi lkaγedh. Dγa tira-nneγ tella kan deg’wallaγ nneγ : yal ameslay nettaru-t deg’wqerruy akka i nennum seg’wasmi i d-nekker d-imectah. Dγa, assa, yussa-d lwakud n yimru yakw d lkaγedh, d-ayen ilhan atas bac timucuha d yizran i d-jjan Imezwura nneγ a-tent-id afen tsutiwin i d-iteddun.”

Almi d-asmi i γriγ cituh tadamsa (l’économie) naγ tjara, akken qqaren s teqbaylit, yakw d la psychologie (naγ tamlegda, akken qqaren daγen s teqvaylit) ; almi daγen i ddiγ di tsegmi yakw di laεmer, i fehmeγ d-acu i  d-anamek if i d-yettawi izri-yagi (ce mythe)  naγ wiyyidh. Dγa s-imir fehmeγ  belli agdud izemren i yman-is izmer daγen i wadhu ansi yebγu yekk-ed. Imi adhu yettawi tudert, yettawi lmut yid-es. Imezwura nneγ fehmen amek i-glaq a-t qeyden bac ur yettawi ara kan lmut. Dγa, kkren Iεessasen g_wadhu – wid ittεassan af tmurt – tterran adhu ( naγ lbatel de ljur) – ar wazal mecki iffeγ i yberdan. D-iεessasen g_wadhu i-gxussen assa di tmurt nneγ bac ad rren lbatel yakw ljur yeγlin af tmurt… D-aya daγen i d-yeqqar (s tweqda – allégorie) izri-ya i d-tfen baba d yemma sγur Imezwura am jeddi Muhen Acivane naγ jeddi Yider G-EjΣad Ibuziden.

Sγur HACE MESS

IZRI G_WADU

ISEGGADEN N TAFAT  (Les chasseurs de Lumière)  1er et 2ème partie


Publié par : youcefallioui | avril 1, 2012

Nouvelle publication – Un grain sur le toit – Aâqqa af ssqef

  • Un nouveau livre sur la littérature orale kabyle :

    Parution – Avril 2012 – 430 pages – 35 euros.
    Editions L’Harmattan – Collection "Présence berbère".


4ème de couverture :

Les anciens Kabyles disaient : « L’énigme est semblable à un papillon qui se pose sur une fleur au printemps. » Belle métaphore ! L’énigme fait référence à un processus que l’on peut qualifier d’ « analogie ».

Pour expliquer les stratagèmes linguistiques et allégoriques utilisés dans l’énigme, il faut découvrir les nombreuses règles sur lesquelles s’appuient ces artifices linguistiques – parfois  savants et empreints de philosophie – et notamment les règles qui lient le son au sens dans la langue (berbère) et les principes généraux qui déterminent l’organisation et la fonction de ces règles ingénieuses qui viennent de la nuit des temps. Le lecteur averti sera comblé de bonheur et de surprise par ces créations qui repoussent les limites de l’inventivité et de l’ingéniosité. Il entrera dans un imaginaire ludique et fécond qui mêle maturité scientifique et éternel esprit de créativité. Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | mars 27, 2012

Berbères, selon Marie Foissy

A  Madame Marie Foissy

Conservatrice en chef du Patrimoine – Musée de L’Institut du Monde Arabe.

Déléguée au Ministère de la culture.
Déclaration de madame Marie Foissy rapportée par Sonia DESPREZ dans le magazine « A NOUS PARIS N° 558 DU 26/03/2012 au 01/04/2012.

« Les Arabies » englobe une extraordinaire diversité que traduit notamment la multitude des langues : « Le berbère, l’araméen, parlée par un demi-million de chrétiens du monde arabe, le kurde, le soudanais… « Le premier  thème de l’exposition s’interroge sur la façon dont s’est élaborée cette identité, et à quand elle remonte, autour de quoi se reconnaissent les Arabes : une langue, une culture, un héritage commun, et pas une confession. »

En lisant votre article dans lequel vous effacez d’une phrase le peuple berbère, j’ai été saisi de frayeur pour ne pas dire d’effroi ! Je n’ai pu m’empêcher de penser à beaucoup de choses. Mais, mon éducation et mon identité (berbères ou franco-berbères, ne vous en déplaise) m’interdisent d’utiliser  la violence verbale ou épistolaire vis-à-vis d’une personne de votre qualité, même si consciemment, elle commet un véritable ethnocide au travers d’une simple phrase.

Tout en vous faisant le chantre de l’arabité, au détriment d’autres identités. J’ai remarqué, en passant, que vous vous êtes montrée plus prudente à propos  des Turcs et  des Iraniens ! Comme je vous comprends : il est plus facile de s’en prendre à des peuples qui n’ont pas d’Etat pour les défendre ! L’auriez-vous fait si le peuple berbère avait un Etat prêt à le défendre ? Assurément non ! Mais, cela viendra, vous savez ! Il y a a peine une vingtaine d’années, le berbère était interdit de cité partout en Afrique du Nord !

Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | février 28, 2012

L’étranger ou l’avenir de la France !

Meilleurs vœux 2011/2012…

d’un ancien clandestin !

Hier, une amie  m’a fait le reproche de n’avoir rien écrit pour l’année 2011. Je me suis rappelé les années noires où j’étais un clandestin…

Un souvenir intense m’habite encore, celui d’une jeune  fille française qui m’avait secouru un jour de décembre alors que j’étais malade de faim et de froid…

Pour vous et à travers vous et la jeune fille que vous étiez et qui m’avez tendu la main :

Je souhaite aux  miens et aux gens de bonne volonté – animés par la « compassion de Dieu » et les sentiments d’humanité, une bonne et heureuse année 2011/2012 et les années à venir. En Kabyle, nous disons : "Tant qu’il y aura des gens de biens, on peut espérer en demain".

Que les clandestins et les migrants qui ont quitté leur pays, leur terre et ceux qui leur sont chers – dont les visages et les cœurs sont empreints d’angoisse et que l’on pourchasse comme des criminels ! – rencontrent de nobles cœurs qui vous ressemblent afin qu’ils soient aidés et secourus comme vous l’aviez fait avec moi, il y a bien des années… alors que j’étais, comme eux, à la recherche du chemin de la liberté et non pas  « un vulgaire et dangereux clandestin » qu’il faut pourchasser comme une bête au pays des droits de l’homme !

A vous dont j’ignore encore le nom, je vous souhaite tout le bonheur du monde. A vous et les vôtres et tous ceux et celles qui vous ressemblent, merci ne suffit pas.

Les larmes aux yeux, je m’incline respectueusement devant votre grâce et votre doux souvenir.

Votre souvenir demeure en moi comme une ode d’indignation contre le sort et les mauvais traitements que l’on inflige aujourd’hui aux étrangers, aux migrants et aux clandestins. Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | février 4, 2012

Tafsut-Normandie ou la constance kabyle

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Tafsut-Normandie ou la constance kabyle

 

A chaque fois que Tafsut-Normandie me fait l’honneur de m’inviter, j’ai hâte d’arriver à Rouen où Michel nous attend toujours avec la même gentillesse à notre descente du train. La voiture n’est pas loin. Direction le salon du livre de la jeunesse de Rouen. Et là, Micheline, un rayon de soleil dans les yeux nous accueille fraternellement :

-        Je suis très  heureuse de vous revoir !

-         Avez-vous fait un bon voyage ?

-         Allez-vous bien à Paris ?

-         Comment se portent les enfants ?

-         Voulez-vous boire quelque chose  ?

-         Etes-vous bien ? etc.

 Nous étions tellement bien avec vous ma chère Micheline !!

Toute l’équipe est là et attend patiemment qu’elle nous libère ! Et chacune et chacun s’avancent alors avec la même gentillesse, la même fraternité et la même joie de se retrouver comme les Franco-Kabyles de Rouen savent si bien le faire.

Que de sourires de bienvenue ! Que d’embrassades affectueuses et pleines de tendresse !

Ils sont nombreux et chacun semble lié à cette Association comme si elle représentait le point d’attache où les échanges dans la courtoisie et la fraternité durent depuis plusieurs années.  Saïd et Nadia sont toujours là, avec leurs créations de plus en plus belles. Un mur leur est réservé où les visiteurs du Salon peuvent admirer l’art kabyle dans toutes ses dimensions. Joëlle, Marie-Paule, Michel le Kabyle (comme il me le précise, d’autant plus qu’il est de mon Arch, de ma tribu… c’est dire que même les montagnes kabyles se rencontrent, quand la bonne volonté et la fraternité servent de liens !). Fahima, enseignante de tamazight de l’Association Tafsut nous relate alors ses déboires avec le représentant consulaire algérien qui ne veut plus lui payer les cours. Toutes les démarches et les tentatives pour le ramener à la raison sont restées vaines ! Tamazight langue nationale ? Non ! Il ne reconnaît pas ce que l’Etat algérien reconnaît ! C’est dire que dès qu’il s’agit de la Kabylie, la même bêtise, la même hargne intolérante dans sa réification ressurgit ici comme en Algérie !

Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | février 2, 2012

Azawad – ma terre !

SAMEDI 04 FEVRIER 2012 – ASSEMBLEE NATIONALE

Reconnaissance du Peuple Amazigh sur ses terres

RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN A NOS FRERES TOUAREGS DE L’AZAWAD.

SOYons NOMBREUX POUR LEUR TEMOIGNER NOTRE SOUTIEN !

Seule l’union entre les Imazighen permettra leur reconnaissance et le respect de leur Identité et de leurs différences.

Soyons nombreux et solidaires !

Veillons à la survie de notre peuple !!!

1 –-  Soyons ensemble et solidaires !
2 –- Echangeons nos savoirs !
3 –-  Soyons curieux  de ce qui nous arrivent !
4 –-  Soyons créatifs pour sauvegarder notre identité !
5 –-  Cultivons le devoir de mémoire amazighe !
6 –-  Cultivons nos liens et informons l’opinion internationale !
7 –-  Multiplions les rencontres !
8 –-  Propager l’information qui touche les Imazighen !
9 –-  Créons une dynamique pour couper les sentiers diplomatiques qui nous ignorent et qui nous noient dans un pseudo-monde arabe !
10  -  Mettre en avant la langue amazighe !

Lire la Suite…

IJEGGA AM DDA CRIF SBEDDADEN LAARAC – UR TTEMATEN ARA !

____________________________

Dda Crif yejja-yaγ… yerna ahbib-is n ddima… lεudd-is aqdim.

Dda Crif iggwed laâfu Ugellid Ameqqwran -  (ass 23 janvier 2012 – ass 10 Yennayer 2962).

                                 _____________________

Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | janvier 3, 2012

Bonne année 2012 ! Urawen useggas 2962 !

URAWEN USEGGAS AMAYNUT AMAZIGH

2962

BONNE ANNEE 2012

Youcef Allioui

Ittcabi-yawen urawen-ynes

i lmend useggwas amaynut 2012.

Akken ittcabi urawen-ynes

I lmend n Yennayer 2962 ara nâacer di lehna

Di tmusni yakw di tikli af tmazight

Ass n 12 di janvier i d-iteddun.

 

Youcef Allioui

Vous présente ses Meilleurs Vœux

Pour cette Nouvelle Année 2012

HAPPY NEW YEAR 2012

Youcef Allioui

Wish you a happy new year

Warmest wishes to you and your kin

Youcef Allioui 

www.youcefallioui.com

Publié par : youcefallioui | novembre 29, 2011

Aqvayli ttdukli

Les Kabyles et l’union – Aqbayli ttdukli

 

Yenna-yas Waârab : « Leqvayel wergin ur rebban lefhel ! »

  •  L’Arabe dit au Kabyle : Quand feras-tu l’union avec ton frère ?
  • Le Kabyle répond : Il passe son temps à me dénigrer ; cela ne peut pas continuer comme ça !
  • L’Arabe au Kabyle : Lui aussi dit que tu le dénigres sans cesse.
  • Le Kabyle répond : Ce n’est vrai ! J’ai les preuves de toutes ses déclarations !
  • L’Arabe dit au Kabyle : Bon, ce sont des « chippoteries » ; le plus important est de construire votre union, non ?
  • Le Kabyle répond : C’est un mécréant ! Je ne discuterai plus avec lui !
  • L’Arabe dit au Kabyle : Je pense que votre intérêt c’est l’union, car la Kabylie va mal, elle souffre de plus en plus et chaque jour vous perdez davantage de vos valeurs.
  • Le Kabyle répond : Le problème n’est pas là ; le problème est national. Quant à mon frère, je sais comment lui faire rendre gorge … sans oublier les crimes  qu’il a commis !
  • L’Arabe dit au Kabyle : Toi aussi, on t’accuse de crime ! Et puis, vous participez à un gouvernement qui ne cherche que votre destruction !
  • Le Kabyle répond : Je n’ai tué personne ! On m’accuse à tort. Quant à ma participation au gouvernement, il faut bien tenir tête à ce satané de frère qui m’attaque tous les jours !
  • L’Arabe dit au Kabyle : Pourtant, le gouvernement s’attaque tous les jours à la Kabylie et aux Kabyles. Que devient l’officialisation de la tamazight ?
  • Le Kabyle répond : Je te dis que le problème n’est pas régional, mais national !
  • L’Arabe dit au Kabyle : Que devient alors l’union avec ton frère ? Car je te répète que la Kabylie n’a jamais autant souffert : elle est au bord du gouffre !
  • Le Kabyle répond : Je te répète que le problème est national !
  • L’Arabe dit au Kabyle : Votre union consiste donc à vous battre dans l’intérêt national contre l’intérêt de la Kabylie ? 
  • Le Kabyle répond : Tant que mon frère voudra se battre, je suis son homme quelque soit le terrain au niveau national !
  • L’Arabe dit encore au Kabyle : Quand je discute avec les Kabyles, ce qu’ils attendent de vous : c’est l’UNION. Car encore une fois, la Kabylie est au bord du gouffre !
  • Le Kabyle répond encore avec véhémence et grands cris : Il faut que mon frère sache qu’à l’avenir, je rendrai coup sur coup ; mieux encore : à chaque coup qu’il me donnera, je lui en rendrai 10 !
  • L’Arabe dit au Kabyle :  Je comprends maintenant pourquoi mon père disait : « Les Kabyles sont capables de tout, sauf de s’unir ! » (Leqvayel zemren i kulci, sked tadukli !)

Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | novembre 7, 2011

Wid ibennun tamurt – Les bâtisseurs

ADRIS-AGI I WID IBENNUN TAMURT – A CEUX QUI CONSTRUISENT LA KABYLIE

L’Association "VIE ESPOIR" DE BOGHNI – MAATKAS fondée par Hacène a pour projet d’acheter une ambulance pour transporter les enfants malades. 

Envoyez-leurs vos encouragements et vos dons. Par ces temps difficiles, la Kabylie a fort besoin de ceux qui veulent la construire et de ceux qui quotidiennement oeuvrent pour sa sauvegarde et sa construction. 

Nous savons tous que la Kabylie traverse une période des plus néfastes comme elle a rarement vécue par le passé. Saluons ceux qui se battent sur le terrain et notamment toutes les Associations qui ont pour souci de veiller à ce que cette Kabylie malmenée par les uns et les autres ne sombrent pas dans le chaos que d’aucuns lui promettent.  Lire la Suite…

Publié par : youcefallioui | novembre 5, 2011

Aliénation – Takufda

Une métaphore sur l’aliénation 

Mon père disait : " Personne ne peut vivre dans la peau d’un autre. Si cet autre est plus grand et plus gros, il y aura du jeu. Si cet autre est maigre et petit, on meurt étouffé !"

Yeqqar baba ad ig Ugellid Ameqqwran di tgemmi-ynes : "Ur izmir yiwen ad yidir di tegwlimt g_wayed. Ma yella yezzif yerna ufay, ad yeqluqel. Ma yella idεef yerna mezzi, ad ikkufer !"

Mon objectif est de combattre l’aliénation qui chosifie encore les Kabyles.  Alors que "ceux qui nous dominent et nous oppressent" voient le monde à leurs pieds ; les Kabyles voient (encore aujourd’hui !) la Kabylie en tout petits morceaux ! 

Cet objectif passe d’abord par  l’espoir de vous donner une autre vue, un autre aperçu de notre langue à travers  notre culture et notre littérature.  Beaucoup de choses ont été écrites sur nous. Beaucoup de choses méritent d’être corrigées, réfutées, effacées.

Ces choses ne sont malheureusement pas l’apanage des étrangers. Aliénation et réification obligent, des Kabyles leur ont emboîté le pas. Certains parlent encore de "Petite Kabylie" et de "Grande Kabylie", comme si nous étions encore au sortir de l’insurrection de 1871 qui fit comprendre à la France coloniale qu’il fallait à tout prix diviser la Kabylie pour pouvoir la soumettre.  J’ai également lu quelque chose qui s’apparente à un euphémisme de ces désignations colonialistes chosifiantes. D’aucuns écrivent "Les deux Kabylies" ???

Dans une thèse fondamentale sur l’aliénation, intitulée "La fausse conscience", mon ami et maître Joseph Gabel – savant Hongrois, médecin, sociologue et psychologue – avait mis en lumière les dangers de l’aliénation qui conduit jusqu’à ce dernier stade qu’il appelle "chosification".

Que l’on s’arrête un peu sur ce peuple qui nous domine et qui s’appelle le peuple arabe…

Pendant que les Arabes, dominant sur plus d’un continent, parlent de "Monde arabe" (Umma âarabiya),  Les Kabyles, eux, continuent de diviser et de dilacérer un petit lopin de terre qui est de la taille d’un mouchoir de poche ! 

Deux Arabes se rencontrent :

Mohamed dit à Ali : "Nous sommes Arabes d’Alger jusqu’à la Mecque !"

Ali lui répondit : " Tu as raison, nous sommes Arabes d’Alger jusqu’à la fin du monde !"

Deux Kabyles se rencontrent : 

Arezki dit à Amokrane  : "Tu es de la Petite ou de la Grande ?"

Arezki répond : " Je suis de la Petite ; si tu me demandes cela, tu dois sûrement être de la Grande  ?"

Yiwen wemghar yekka ger-asen, yenna-yasen : "Di laânaya-nwen, m’ur yi-d tennim amek is qqaren  i "la Petite" yakw d "la Grande"  S TEQVAYLIT !…

Nous connaissons tous l’apologue de l’olivier… Vous savez celui où l’olivier interroge la hache qui le coupe. Que lui répondit la hache : "Je n’y puis rien, la main vient de toi !" 

Tenna-yas tzemmurt i tgelzimt : "Acuγer i-yi tgezzmed ?"

Tenna-yas tgelzimt : "Uli m-xedmeγ, afus ikka-d s’gem !" 

Aliénation quand tu nous tiens !  

Qqaren Imezwura :  "Kra gwin yeknan i ddel, irennu-yas Rebbi asadel !"

MA YELLA YIWEN UR IFHIM D KECC I TXUSS LEFHAMA !

Si quelqu’un n’a pas compris, c’est bien toi qui n’a pas su te faire comprendre !

- Ayen ttmeyyen-eγ (ttxemmim-eγ)

- Ayen bγiγ a d-iniγ

- Ayen i nwiγ a d-iniγ

- Ayen i d-qqareγ

- Ayen tebγam a d-teslem

- Ayen tenwam teslam-t-id

- Ayen i-wi d-tsellem

- Ayen i tebγam a d-tfehmem

- Ayen i tenwam tfehmem-t

- Ayen i tfehmem…

Maççi d yiwen wugur yellan bac a-nemsefham. D-acu-kan win ur neddi ur yettwali ; win ur nettmeslay ur yessalay. Ssarameγ ad ssaliγ yid-wen yiwen leqrar naγ iswi : ad nebrez abrid n teqbaylit, as nekkes asennan, as nerr aman d wiluman (bien être).

SIWEL REBBI AK D-ISEL !

Siwel s tmeslayt-ik. D-aya-gi ara d-tafem deg’weblog-agi-ynu anda fkiγ azal i wayen i-wi qqaren Imezwura nneγ TISULA. Tisula : anamek-is d-ayen yaânan ayen yakw uran Imezwura nneγ deg’wqwerray nsen ; ayen i nettaru assa di lkaγed yakw di ttawilat nnidhen.

I-mi ayen si nehsa : agdud ttameslayt – Mebla tameslayt wlac agdud. Agdud aqvayli ttaqaylit – Agdud amaziγ ttamaziγt.  Ayen nnidhen yakw d-askaârer ! Akken daγ qqaren Imezwura :
Win isâan iles, yetwennes ; win’ur nesâi iles yexnunes !

Dγa ihi twalam d-acu i d leqrar-ynu naγ iswi-ynu.  D-acu yellan di tisula – di tsekla yakw d-idles – iγ-d djan Imezwura.

Iqqar baba a-t Ig Ugellid Ameqqwran di tgemmi-ynes :

Ma ysuter-ak-d Ugellid Ameqqwran ul-ik, efk-as-t ! Ma ysuter-ak-d iles d wakal-ik, in-as : Ala ! Mebla iles-ik d wakal-ik, ur tesεid ul, ur tesεid tasa ! 

Ceux qui écrivent en français devraient "se traduire" en kabyle pour saisir la réalité des événements et des choses qui touchent la Kabylie et les Kabyles.

Publié par : youcefallioui | novembre 2, 2011

AmaziΓ

Entretien Youcef Allioui, auteur :

«Etre Amazigh rime avec sens de l’honneur»

30 Novembre 2010Tarik Djerroud

Auteur prolifique, Youcef Allioui demeure néanmoins un parfait inconnu en Algérie, excepté pour quelques initiés.
Dans cette interview, ce docteur éclectique dresse un constat sur le conte kabyle, la culture amazighe et l’identité nationale…

La Dépêche de Kabylie : Qui est Youcef Allioui ?   

Youcef Allioui : J’ai vu le jour à Ibouziden sur les hauteurs d’Awzellaguen. A la fin de mon service militaire, en 1973, j’ai orienté ma carrière estudiantine vers Paris ou je fréquentais le Groupe d’Etudes et de Recherches Berbères de Vincennes ainsi que la Sorbonne, là ou j’ai rencontré Joseph Gabel qui me poussa à préparer un doctorat de sociologie et, dans la foulée, il me présenta Fernand Bentolila, mon mentor en linguistique berbère. Tout en enseignant, je travaillais aussi comme cadre financier et je participais au Groupe d’Etudes et de Recherches Berbères de Paris V, sous sa direction ; entre temps mon esprit comptable s’est émoussé. Avec l’enseignement et la sociologie, je me découvrais l’âme d’un psychologue.

Un socio psychologue charmé par le conte !
Mon«œuvre» n’est pas centrée seulement sur le conte mais sur toute la littérature orale kabyle : les énigmes, les mythes, les proverbes, les sagesses, les pensées, les maximes, les apophtegmes, les conjurations,  la poésie, les fables, les paraboles, les apologues, les comptines, les joutes oratoires, les chants anciens, les prières et croyances antéislamiques, les coutumes et les préceptes et règles de droit, les règles et lois économiques, etc. C’est tout cela «l’arbre des savoirs» (aleccac n tmusni), que nous offre notre littérature orale (tisula). Je ne pouvais échapper à la profusion et à la grande richesse que recelait le conte kabyle, ne serait-ce que d’un point de vue lexical : toute la langue kabyle est dans les contes et la littérature orale. C’est vous dire que nos ancêtres nous ont laissé de quoi réfléchir !

Vos publications sont bilingues. Pensez-vous que cela est suffisant pour universaliser le conte kabyle ?
Le conte kabyle (et les autres créations) peut servir au réveil identitaire et culturel. C’est pour cela que son côté universaliste et civilisationnel permet également une meilleure utilisation à des fins éducatives à la maison, en classe et à travers les médias. Le conte et le mythe permettent à l’enfant de ne plus avoir peur d’apprendre. Après un travail d’analyse de longue haleine, je me suis aperçu que le conte et le mythe ont des effets rassurants sur les enfants qui entrent à l’école. Ils peuvent développer harmonieusement leur personnalité ainsi que leur potentiel aux différents apprentissages.

L’ancien président Chadli disait que l’amazighité est un vestige qui subsiste auprès de quelques tribus…
Le président Chadli Bendjedid n’est pas à sa première déclaration en ce qui concerne Tamazight, mais il ne peut juger que de ce qu’il connaît. Se déclarer Berbère, et notamment Kabyle, ouvre beaucoup de portes à travers le monde. Etre Amazigh signifie : confiance, intelligence, noblesse de sentiments, conduite exemplaire, démocratie, respect d’autrui et sens aigu de l’honneur et de la parole donnée. Les récentes violences subies par les joueurs de football algériens en Egypte devraient faire réfléchir davantage nos dirigeants et notre ancien président. Toutes les choses ont des limites, sauf l’ignorance, car elle conduit à toutes les intolérances. D’ailleurs, ces prises de paroles contrastent avec le degré de réserve que nous observons chez les dirigeants des pays démocratiques qui veillent à ce que leurs déclarations n’entachent en rien la cohésion nationale de leur pays.

Selon vous, comment se définit l’identité nationale algérienne ?
L’identité algérienne se définit en prenant en considération ses racines et ses origines berbères, l’histoire millénaire de la terre amazighe sur laquelle l’Algérie moderne a bâti ses frontières.

Quel est l’état de santé du livre amazigh en Hexagone ?
La publication bilingue, nous la devons à la France, dont les intellectuels et les dirigeants ont compris que ce qui fait le rayonnement d’un pays  c’est la richesse que peuvent apporter les langues et les cultures du monde. L’on comprend alors pourquoi un «petit pays» comme la France rayonne sur le monde.  Mais pour se développer dans tous les domaines, une langue a besoin d’abord de son peuple, de son pays et surtout de son Etat. Le livre amazigh foisonnera le jour où les pays amazighs -l’Algérie en premier- recouvriront leur véritable culture et leur identité ancestrales.

Peut-on en savoir plus sur votre prochaine publication ?

Il s’agit d’un ouvrage (encore !!) sur les contes et les mythes kabyles dont le titre est Les chasseurs de lumière -Iseggaden n tafat-, chez l’Harmattan. Je le dédie à la mémoire des chasseurs de lumière, défenseurs éclairés de la liberté et de la langue berbère amazighe, ceux qui avaient consacré sans partage leur vie durant à la lutte contre l’ignorance, l’intolérance et toutes les aliénations.

Je vous laisse conclure…
Comme vous le savez, beaucoup de Kabyles ne maîtrisent plus leur langue. Seuls les monolingues (les kabyles non scolarisés) sont aujourd’hui capables de s’exprimer dans leur langue sans avoir recours, dès les premiers mots, au français, comme le font nos intellectuels. Je constate avec tristesse que peu d’universitaires, d’intellectuels et d’hommes politiques algériens sont capables de tenir une conversation courante en kabyle. C’est vous dire, tout ce que j’attends du conte et de la littérature orale kabyle en
général !

Interview réalisée par Tarik Djerroud

Publié par : youcefallioui | octobre 28, 2011

La citadelle kabyle

La mare du Faraon – Tamda n Ferûn – Asif Asemmam. Itij yessaγ-ed af Tiggura n_Wuzzal, ayen i-wi semmam Irumyen (s  taârabt) :  "Les Bibans".  

LE FLEUVE MYTHIQUE "SOUMMAM" – Le soleil qui se lève sur la citadelle de l’ancien royaume kabyle des At Abbès et "Les  Portes de fer" – que les Français avaient baptisé  "Les Bibans" en arabisant le mot kabyle  TIGGURA ("Portes" au pluriel). 

                                                                                                                  

SI LQELÂA N TGELDA N’AT ÂABBES – ALMA ASEMMAM

DE LA CITADELLE DES PRINCES AT ABBES – VALLEE DE LA SOUMMAM

La cidatelle des At Abbès (Lqelєa n’At Eabbes) est connue des Anciens qui ont raconté et décrit les mille et une merveilles de cette citée médiévale kabyle. La route qui monte à la cidatelle était une route escarpée qui offrait les paysages les plus variés et les plus saisissants. Tantôt, ce sont des forêts épaisses qui s’étendaient au loin dans des gorges baignées d’ombre, ou pendent aux flancs de rochers sacrés aux formes bizarres et menaçantes pour ceux qui venaient en ennemis ; tantôt ce sont des torrents qui, bondissant de cime en cime, et secouant au vent leur poussière d’albâtre et leurs flocons d’écume d’eaux glacées, venaient s’écraser en mugissant dans les précipices sans fond qui entouraient la Qélaâ.

Les sentiers étaient souvent ressérés entre les flancs des deux gigantesques montagnes, ou d’autres fois ils vont s’élargissant comme une route de grande communication. D’énormes crevasses sillonnaient le sol, creusant à droite et à gauche de précipices redoutables, et de temps à autre en entendait passer dans la nuit les hôtes de ces solitudes éternelles, l’hyène, la panthère, le lion, le chacal, qui, inquiets et soupçonneux, suivaient d’un regard fauve le groupe de combattants. Les combattants kabyles s’en retournaient en hâte sur leurs pas afin de continuer à résister à l’ennemi français. Les blessés rentraient dans leurs villages que l’armée française n’allait pas tarder à dévaster.

Le seul point par lequel les troupes françaises pouvaient accéder à la citadelle est la clairière de Bouni, du côté de la Médjana (Tamejjant). Trois lieues (12 kilomètres environ) séparaient Bouni de la citadelle des At Abbès. Ici, sur le chemin de Qelaâ la magnifique (Lqelєa taєessamt), comme l’appelaient les Anciens, le paysage dépassait toutes les réalités par ses exagérations fantastiques. Tout ce que l’imagination humaine d’un inconnu pouvait inventer en un jour de fièvre ou de folie face aux « Barbares français » n’était rien à côté de ce que pouvaient dévoiler à ses yeux les chemins de la citadelle. Car les chemins de la Qélaâ ne montaient pas seulement, ils se suspendaient dans le ciel comme des cordes tressées dans le roc qui allaient pourfendre l’infini.

La crête de la citadelle (Tizi l_Lqelєєa) était une crête amincie, effilée, offrant parfois tout au plus un mètre de largeur, et s’allongeant entre deux précipices creusés à droite et à gauche à  des profondeurs insondables qui donnaient plus que le vertige. Malheur à l’imprudent dont le regard s’oubliait une seconde ! Malheur à qui s’écartait d’un pas du milieu du sentier ! Le vertige était toujours là pour le saisir : sa tête remuait alors comme celle d’un homme ivre dont les jambes chancellent. Il hésite, il trébuche, et un cri rauque, envahi par l’instant de la mort, trouble le silence séculaire de ces solitudes sans écho. Lors des combats contre l’armée française, combats dont la violence reste indescriptible, les gouffres de la citadelle des At Abbes avaient dévoré des dizaines de milliers de victimes !

C’est en vain que l’on chercherait un point d’appui sur le pont jeté à travers l’espace ; ce fut comme un défi porté à l’audace humaine ; une ironie et un piège de la nature face aux envahisseurs de la Kabylie. Le pont était une sorte de corde tressée dans le granit tendue dans un espace désert pour quelque héros mythologique des légendes kabyles.

A l’extrémité du chemin, l’entrée de la citadelle était annoncée par deux pitons que l’on contournait pour arriver sur un plateau surprenant, une véritable plaine de plusieurs kilomètres, qui ne tenait à la surface terrestre par aucune autre attache. Posté sur des murailles de roc, verticales ou en surplomb, dans lesquelles on a pu tailler à grand’peine quelques sentiers de chèvres, ce plateau semblait un môle immense, auquel le soulèvement isolé de la crête sert de jetée gigantesque, et tout cela dominait un bassin en forme d’entonnoir – appelé en kabyle « la mare de l’entonnoir » (tamda inifif) -, qui achevait le tableau divin et lui donnait une allure fantastique que seuls les contes kabyles pouvaient restituer à la mesure de l’éblouissement subi par le regard.

Cette plate-forme, appelée « Le plateau de la pentapôle de la citadelle » (Agwni n wedni n Lqelєєa), était l’un des jeux les plus bizarres et les plus surprenants de la nature, et dont on ne peut trouver nulle part l’équivalent, portait cinq cités, dont l’ensemble constituait la citadelle, la ville de Qélaâ des At Abbès.

L’aspect de la ville était joyeux, voire riant au ciel qui, comme une couverture, touchait de ses étoiles les toitures des maisons blanches de la pentapôle. Le cachet avait belle allure. La configuration attestait l’aisance. Crépies de chaux et couvertes de tuiles rouges, les maisons étaient bien construites. L’intérieur était vert malgré le manque d’eau : citronnier, orangers et grenadiers ornaient les patios que les ancêtres d’El Mokrani avaient empruntés aux Espagnols qui avaient longtemps occupé Béjaïa.

Malheureusement, la ville défiait par sa  hauteur la montagne qui voulait bien l’abriter. Cette culmination privait la superbe citadelle  de l’eau dispensée, partout en  Kabylie, par la montagne. Et on ne defiait pas impunément « la montagne aux portes de fer ». Point de sources, point de puits, seulement des citernes-bassins creusées à même le roc. Il y en avait une douzaine en tout dans toute la citadelle. Sept de ces bassins étaient placés le long de l’allée qui réunissait les deux « arrondissements » voisins des At Dawed et des At Aïssa.

Les minces filets d’eau remplissaient les bassins en glissant tels des serpent le long de la roche éclatante et grise. En hiver et une partie du  printemps, les eaux pluviales, les bassins et les mares suffisaient à tous les besoins des habitants de la citadelle. Mais en été, l’eau n’y tombait que goutte à goutte. Pendant les périodes de sécheresse, les Aït Qelaâ étaient obligés de recourir au fleuve des At Hamadouche (asif At Hemduc) qui serpentait au fond du ravin à près de trois kilomètres, et où ils ne pouvaient arriver, comme on s’en doute, que par des sentiers hérissés de beauté, mais aussi de dangers et de périls.

« Presque toute les villes de l’Algérie, dit le général Daumas, semblent avoir été bâties sous l’empire de la crainte. Vainement eût-on cherché, ajoute-t-il, dans un vaste rayon autour d’elles, une position plus retirée, plus inaccessible, plus inexpugnable que celle de Kuêlaa ; sous ce rapport, cette ville passe, à bon droit, pour une merveille ». Il est bien dommage qu’il n’ait rien fait pour sauver de la hargne destructrice de l’armée française cette « merveille », comme il dit !

C’est cette cité que mon grand-père s’était mis à me décrire un soir alors qu’il me racontait la résistance kabyle et particulièrement la résistance de la belle citadelle des At Abbès. Elle fut rasée par les Français. Bien des années après,  les pierres de granit de ses murs et de ses fondations ont été volées par les colons pour orner leurs belles demeures. Les rares traces que l’on a de la peine à deviner aujourd’hui témoignent d’un passé glorieux d’une cité aristocratique et royale kabyle dont les merveilles furent à jamais englouties par la soif barbare de la France coloniale qui voulait abattre une fois pour toutes la résistance kabyle en éliminant physiquement les familles aristocrates kabyles (At Ali – famille de Bou-beghla, Bou-Akkwaz – Iferdjawiyen – Ihaddaden - famille du Cheikh Aheddad,  At Meqqwran - famille des héritiers du royaume des At Abbès…)  tout en privant celle-ci des grandes richesses que détenaient la grande confédération des At Oufella (baptisée par la France coloniale « Petite Kabylie ») lorsqu’elle décida de la séparer de la confédération des At Wadda (qu’elle baptisa « Grande Kabylie »). Dès lors, la Kabylie fut divisée par deux et une politique de dénigrement et d’anéantissement de la « Petite Kabylie » fut mise en place, notamment en l’opposant à la dite « Grande Kabylie ».

Ce travail d’aliénation du peuple kabyle est d’une monstrueuse fécondité ! Il a été si bien mené que l’on peut encore en observer aujourd’hui les stigmates !  Un simple exemple, alors que les vocables endogènes qui désignent les confédérations kabyles (At Wadda et At Oufella) ne sont plus utilisés, « Petite Kabylie » et « Grande Kabylie » font encore les choux gras de ceux de l’intérieur qui ont programmé la disparition pure et simple de la spécificité amazighe kabyle. Il suffit de lire les derniers ouvrages  qui traitent de la Kabylie  (et souvent par des hommes politiques kabyles) pour comprendre ce que mon ami et maître Joseph Gabel appelait "Le syndrome du Kabyle ou syndrome de l’assassin" : un stade d’aliénation qui atteint "son ultimité irrationnelle (J. Gabel)", la réification (ou la chosification) de ceux qui, malheureusement, parlent au nom du peuple kabyle.

Publié par : youcefallioui | octobre 28, 2011

Yennayer di tefsut…

FETE DE YENNAYER A ROUEN

AVEC TAFSUT-NORMANDIE

Le 04 yennayer 2960 – 16 janvier 2010

Merci à Françoise BOUMEZIREN
Merci à Françoise BOUMEZIREN
Tafsut-Normandie – Un Printemps en hiver !

Mythe des gens heureux :

L’étranger de passage a dit au sage :  "Le ciel était sombre et les étoiles absentes… Pourtant je les avais entendus rire et chanter… alors, je m’étais demandé : "Que chantent-ils et pourquoi ?"

Le sage lui a répondu : "S’ils avaient ri et chanté, c’est qu’ils étaient  heureux… Le même souffle de Dieu les avait unis dans la lumière de la nuit."

Une lumière dans la nuit… avec Tafsut-Normandie :

En me rendant de nouveau à Rouen sur invitation de Micheline Khouas et de Michel Molinier, je savais que je serai toujours bien accueilli.  J’ai déjà été invité par eux lors du festival du livre de la jeunesse organisé par la ville de Rouen en 2009. Que dire ? Ce qui m’a d’emblée  frappé, c’est la gentillesse et le respect dont m’avaient entouré Micheline et Michel ainsi que tous les membres de l’Association "Tafsut-Normandie". J’ai vécu avec eux et les Kabyles de Rouen une fête de Yennayer que je qualifierai de "digne de ce nom". J’ai y vu de la fraternité conjuguée avec professionnalisme et don de soi ! J’y ai vu de la simplicité et de la tendresse à vous faire venir les larmes aux yeux. J’y ai vu un sérieux et une rigueur qui n’osaient pas dire leur nom : tout se passait simplement comme "si de rien n’était", alors que tout y était (et fait) avec cette sobriété et cette sérénité qui nous manquent dans la vie de tous les jours. Chacun était proche de chacun et tous avaient le coeur à donner à Yennayer cette solennité qui ne pouvait se départir de la sagesse et de la fraternité. Enfants, adolescents, hommes et femmes, j’ai vu la lumière de Yennayer briller en chacun d’eux. Je m’étais senti bien, en famille… je m’étais senti transporté… très loin là-bas dans nos montagnes de Kabylie.

Au moment d’intervenir sur Yennayer, je voulais faire "sérieux" en lisant mon papier de façon monocorde et distante ("comme tout universitaire qui se respecte") : je n’ai pas pu ! La salle était pleine de gens attentifs dont les regards, chargés d’amitiés,  étaient rivés sur moi.  J’ai dû laisser parler mon coeur et laisser chanter mon esprit tant je me sentais bien entouré… entouré des miens ! Je n’étais plus un "conférencier" comme tous les autres : j’étais parmi les miens qui étaient de tous âges : de 3 ans à 77 ans.  J’étais dans ma famille kabyle élargie de Rouen. En vérité, une très belle famille unie par le respect, le savoir, la culture et la sagesse.

Il avait plu toute la journée et il avait fait froid… mais entouré avec tant d’égards et de fraternité,  j’ai eu rarement si chaud au coeur ! C’est vous dire qu’à Rouen, grâce à Tafsut-Normandie, bien que nous soyons en hiver, je me suis senti au printemps ! Un printemps plein de fleurs (ce n’est pas une hyperbole gratuite : il y avait vraiment des fleurs sur les tables !) Un printemps où des mets succulents – préparés par Micheline Khouas et les nombreux membres de l’Association – nous attendaient, après ma conférence, pour leur faire honneur. Y’en avait-il seulement sept plats, comme le "souhaite" la fête de Yennayer ? Les tables étaient également  jonchées d’innombrables gâteaux. Et les amateurs de fruits – comme moi – n’étaient pas non plus oubliés ! Il y avait de tout et à profusion !  Il y en avait bien plus que nous ne pouvions manger ! Yennayer devait se sentir bien fier d’avoir été fêté de manière aussi grandiose ! C’est si peu dire que les Kabyles de Rouen  étaient heureux ce soir-là !  C’est si peur dire que j’avais le coeur et la tête en fête ! La lumière de Yennayer brillait sur tous !

Lorsque j’ai demandé un peu de nourriture, avant d’entonner le chant sacré de Yennayer, j’ai oublié l’espace d’un instant que j’étais à Rouen.  Je me suis senti revivre Yennayer de mon enfance…  Yennayer d’Ibouzidène, mon village natal niché dans la montagne kabyle, sur les hauteurs de la Vallée de la Soummam… et l’émotion m’avait noué la gorge au point de chanter faux ! Mais l’assistance m’écoutait dans un silence religieux… Religieux ? Oui, c’est bien le mot, mais avec le sens que les anciens Kabyles lui avaient donné "être heureux et unis avec les siens" (laâwacher). Après une chorale – où Idir fut à l’honneur avec notamment "Vava Ynuva" et "Sendu" -, nous avions aussi chanté cette fête religieuse kabyle (d’aucuns diront "fête païenne") venue de la nuit des temps, de façon fraternelle et ouverte sur tous… car nous étions de tous les horizons culturels et de toutes les confessions. Comme toutes les fêtes berbères, Yennayer a ceci de particulier : les anciens Kabyles l’ont pourvu d’une profonde spiritualité en dehors de toute religiosité exclusive. Les Anciens disaient : "Chaque pays à ses visages, mais Dieu est partout le même" (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i-gellan).

Après mon propos et un échange fructueux avec la nombreuse assistance de la salle, il y a eu la séance de dédicace. Différents ouvrages ont été mis à la disposition des participants par Micheline Khouas et Michel Molinier. Séance pendant laquelle chacun et chacune me disaient avec gentillesse et un grand sourire – que la fête est belle et qu’ils ont "appris des choses" grâce à moi… (S’ils savaient tout ce que j’ai appris d’eux ce soir-là !) Certains demandaient une précision sur le contenu de l’ouvrage qu’ils avaient choisi, d’autres sur le titre ou simplement sur un mot qui avait attiré leur attention… Que dire aussi de ces jeunes qui, l’espace de cette dédicace, me souhaitaient un "Aseggwas Ameggaz" avec un grand sourire timide et une petite flamme dans leurs beaux yeux rieurs ? Yennayer, c’est aussi et surtout la fête des enfants. Comme disaient les anciens Kabyles : "Le bourgeon de la vie, ce sont les enfants" (ajeggig n tudert, d-arrac).

On voudrait que toutes les Associations berbères vivent et transmettent notre langue et notre la culture avec le même respect, la même fraternité, la même foi et le même coeur !

Merci à Tafsut-Normandie et à tous ses membres qui permettent que la langue et la culture berbères de Kabylie continuent de vivre d’un éclat de printemps même en hiver !

Une assistance attentive et sagace

Urawen n Yennayer – Voeux de Yennayer

Urawen n Yennayer 2960 i Ymaziγen anda ma llan.

A – Heureux qui célèbre Yennayer !

Heureux qui célèbre Yennayer

Pour que la vie soit douce sur terre

Chaque chose aura son charme

Chaque tourment deviendra paix

Chaque rivière coulera

La terre sera irriguée.

Heureux qui célèbre Yennayer

La paix veillera sur chaque  maison

Le fruit est protégé par la feuille

Comme les frères protègent l’union

Une bonne récolte éclora les champs

La sagesse occupera  les cœurs.

Heureux qui célèbre Yennayer

Chaque être aura sa lumière

Chaque oiseau pourra voler

Dans un pays où le droit d’asile est sacré

Où la vie est faite de bonheur et de  paix

Tel est le message de nos Ancêtres.

A – A-wi budden yennayer !

A-wi budden yennayer

I-wakken a-ttelhu ddunnit

Kra yellan ad yesεu sser

Ccedda a-ttuγal t-talwit

Yal iγzer ad yessenser

Akal ad yerwu tissit.

A-wi budden yennayer

Lehna a-tress g-exxamen

Aεeqqa ihudr-it yifer

Tagmatt tedda d watmaten

Lγella a-ttefsu iger

Tamusni a-ttezdeε ulawen.

A-wi budden yennayer

Tafat i medden merra

Yal afrux ad yefferfer

Di tmurt i tdel laεnaya

Tudert a-tebnu f liser

Akken nnan Imezwura.

(Ccna aqdim n Yennayer – sγur Yemma  Tawes Ouchivane Allioui).

Yennayer était la fête de la lumière

(laâwacer n tafat)

Yennayer fut l’une des plus grandes fêtes berbères. C’était une fête divine et de la lumière. Selon nos croyances ancestrales, c’est pendant Yennayer que le Souverain Suprême (Agellid Ameqqwran) transforma les ténèbres en lumière… Laânaya g-izri d-izem !

Le premier jour de l’an berbère – de Yennayer -  correspond à ce qui est appelé dans le calendrier solaire berbère de  Kabylie le « premier jour des froids blancs » (yiwen g-semmadhen imellalen). Les froids blancs durent 20 jours : 01 au 20 yennayer (du 12 janvier au 01 février ou du 14 au 3 février).

Yennayer avait dit aux Anciens Kabyles : « De mon début jusqu’à la « séparation » (21-23 yennayer), je vous ferai voir de toutes les couleurs, mais comme vous êtes parmi les peuples premiers, je vous apporterai bonheur et bonnes récoltes ! »  (seg-semmaden a lεezla[1] a-wen serwugh imerγan ! D-acu kan, mi tellam seg’Mezwura, awen-d awiγ lehcaca, a-wen-d rnuγ ssaba d lγella !)

Selon ma grand-mère Ferroudja Tayedjert, ce fut une jeune fille sagace qui avait promis d’offrir à Yennayer des crêpes dès le matin de son premier jour et un bon souper pour le soir s’il se montrait plus conciliant avec les pauvres montagnards Kabyles ! Yennayer lui répondit : « J’accepte avec une offrande choisie, les ustensiles pleins de nourriture, les crêpes et le couscous sans oublier la part de l’absent[2] » (ttmadiγ s-usfel meqqwren, t-taccart l_lehwal, t-teγrifin d seksu, d umudd g_gwin inagen).

Pendant Yennayer, fête des lumières et de pardon et jour divin, chacun doit veiller à soigner sa conduite : s’abstenir de prononcer des mots qui fâchent et d’avoir de mauvaises pensées qui offenseraient le Génie-Gardien de la maison. Chacun doit demander pardon à chacun. Plus exactement, « pendant les jours divins, chacun doit tisser du lien et se rapprocher des siens ! » (Di laεwacer, yal yiwen ad iεacer !)

Comme la fête de Yennayer durait 7 jours,  la journée où la neige  « liait » la fédération kabyle (Tamawya) : quand les montagnes des At Wadda (Archs du Djurdjura occidental) et les montagnes des At Oufella (Archs du Djurdjura oriental, vallée de la Soummam, les montagnes des Portes (Tiggura At Abbes), des Babors et du Guergour) étaient liées par la neige : on sacrifiait un mouton.

Comme je l’ai déjà dit, Yennayer est aussi la fête de la lumière. Par « lumière », les Kabylies désignent le bonheur, la joie de vivre, la sagesse, la droiture, le savoir, mais aussi et surtout  la démocratie.

Juste avant le souper de Yennayer, la mère kabyle parcourait avec une lampe tous les coins de la maison pour souhaiter le bonheur à sa maison et à tous les membres de la famille. Il était d’usage qu’elle commence par les parents. Elle tendait la lampe dans la direction de chaque membre de la famille en formulant des souhaits de joie. Elle terminait par formuler les mêmes souhaits à l’égard des animaux domestiques :

« Soyez heureux mon père et ma mère ! Soyez heureux mon mari ! Soyez heureux mes enfants ! Soyez heureux anges gardiens de la maison ! Sois heureux, ô chat de la maison ! Sois heureux ô chien de la maison ! Soyez heureux bœufs !Sois heureux ô mulet ! Sois heureux ô l’âne ! Soyez heureuses ô brebis ! Soyez heureuses, ô chèvres, etc. La mère kabyle ouvrait ensuite la porte, en prenant garde à ce que la flamme ne s’éteigne pas, pour souhaiter « la lumière du bonheur » à la nature (tarwest).

Tarwest désigne l’environnement et la nature chez les anciens Kabyles. Dans la pensée des Imazighen, Tarwest signifie aussi interdépendance entre tous les êtres vivants sur terre : du plus petit insecte jusqu’à l’homme. En vertu de cette interdépendance entre tous les êtres vivants sur la terre, la mère kabyle sortait sur le pas de la porte pour souhaiter également la bonne année, « une année de lumière », à tous les êtres vivants sur terre qui peuplent la nature (tarwest) : tous les animaux sauvages et les oiseaux, sans oublier les insectes qui participent au bien-être de la mère-terre.

La mythologie kabyle dit aussi : « Le jour où il ne neigera plus, où il n’y aura plus de neige, la terre sèchera comme un vieillard. Ses os craqueront et elle mourra. Quand la neige tombe, c’est le Maître des Cieux qui souffle d’un air frais sur la terre ».  (Et l’on comprend le souci écologique aujourd’hui à propos de la fonte des glaces !)

Enfin, le soir du souper, les femmes parlaient avec verve et émotion de leur journée. Toutes les portes restaient grandes ouvertes, car ce jour-là était aussi le jour du carnaval, appelé « le vieux sage au tesson » (amγar uceqquf[1]). Les gens restaient dehors afin d’accueillir les enfants qui, masqués, parcouraient le village en chantant le premier jour de l’année.

Ay ixf useggwas t-tiggura igenwan

Adfel ar wammas, ad yefsi d aman

Ay axxam d uessas, necfa f yiwen wass

ebbad erwan, iqqwerray zhan.

Ay ixf useggwas lexyar deg’wussan

Adfel ar wammas, idurar ssan

Axxam s yemma-s, dduklen imawlan

Tafat d layas, si zik ay tennan.



[1] En d’autres lieux, le carnaval est appelé buєfif.


[1] Lεezla est la période de yennayer qui commence le 21 et se termine le 23 yennayer juste avant que n’arrivent les imerγan, du 24 au 30 yennayer.

[2] Pendant le repas des fêtes, on mettait les couverts des absent(e)s.

Publié par : youcefallioui | octobre 28, 2011

Tamazight … ul Imazighen

PARLE (dans ta langue) ET DIEU T’ENTENDRA !

SIWEL REBBI AK D-ISEL !

UNE LANGUE EST LE CŒUR D’UN PEUPLE… Lorsqu’il cesse de battre –  lorsque cette langue ne se parle plus – le peuple cesse d’exister.

Le mythe « Le maître des montagnes » (Bab Idurar)

Mi rewlen Imazighen ar idurar. Yenna-yasen :

« Ay arraw n Tmawya !

Akwen ig Ugellid Ameqqwran

Am tasaft tezdi ccetla

At Wadda[1] d ljedra

At Ufella[2] d lγella

Iten isduklen d-izuran ! »

« Ô fils de la fédération kabyle !

Que le Souverain Suprême fasse

Que vous soyez comme le chêne aux glands doux

Ceux-d-en-bas sont la souche

Ceux-d-en-haut sont les fruits

Les racines les uniront ! »

DU DROIT DE DIRE ET DE NOMMER


Nommer les choses dans sa langue permet de faire face à toutes les oppressions et notamment à l’oppression linguistique. Nommer les choses dans sa langue permet de lutter contre la réification de soi et des siens. Il faut revendiquer le droit de nommer les choses, les hommes et les événements dans sa langue. Ce n’est qu’ainsi qu’un peuple puisse prétendre œuvre pour sa totale libération de toutes les oppressions.

Les anciens Kabyles disaient : « Qui a une langue se sent en sécurité » (Win isâan iles, yetwennes).

En 1966, au retour du collège, j’avais invité quelques camarades à la maison. Ma mère nous avait servi à manger dans la cour intérieure. Comme tous les Kabyles qui parlaient un tant soit peu le français, nous étions partis dans une discussion sans fin : « nous refaisions le monde », selon l’expression (française) consacrée.

Mon père allait et venait en vaquant à ses occupations. Il était manifestement fort mécontent de nous entendre refaire et défaire ainsi l’Univers de Dieu et celui des hommes ! Il choisit le moment où l’un de mes amis (Lhacène) – qui était de Michelet mais dont le père avait aussi une maison dans la vallée de la Soummam –  prononça « les mots du plus fort qui blessent la pensée et la langue du plus faible [3] » : « Nous, en Grande Kabylie, nous ne faisons pas comme ça ! »

Mon père lui rétorqua aussitôt : « Mon fils, peux-tu me dire comment on dit « Grande Kabylie » en kabyle ? Lhacène, fort embarrassé, finit par lui dire : « En kabyle, nous disons seulement « Tamurt n Leqvayel ».

Mon père sourit et  lui (nous) répondit : « Que Dieu te donne la santé et l’intelligence ! Vous voyez, mes enfants, quand vous voulez voir si quelque chose est faux ou obscur, dites-le en kabyle et il s’éclaircira  (plus exactement : la lumière le tissera !) » (Ak yefk Rebbi tazmert yernu-yak lefhama ! Twalam, a tarwa, anda tella tγawsa ikecm-itt wurnelli naγ tellemlem, iniwt-ett s teqbaylit tafat a-tt tellem ! » Et il continua sur sa lancée : « D’ailleurs,  dès que vous vous sentirez partir dans des conjectures qui n’en finissent pas, revenez au langue et vous serez beaucoup plus circonspects et moins bavards ! » (Anda tessagwtem ameslay terna tiγurar s tefransist, uγalet ar teqbaylit, ad awen yaâreq wawal ! Zikenni, a tarwa, Imezwura nneγ ssawalen-as i Tmurt n Leqvayel : Tamaywa. Yaâni "Tamurt izdin laârac ").

Quand bien des années après, j’ai eu à travailler sous la direction du Docteur Gabel, j’ai fini par comprendre pourquoi mon père disait que « Petite Kabylie » et « Grande Kabylie » et bien d’autres expressions qu’utilisent (hélas, encore !)  les Kabyles (en français) entrent dans ce que Joseph Gabel appelait « La réification ou la perversion des concepts ».  On constate d’ailleurs avec tristesse que nos intellectuels ne sont pas encore sortis de cet état d’aliénation ; état à plusieurs stades que Joseph Gabel a également appelé : « Le syndrome du Kabyle ». Comme je ne comprenais pas, il me raconta alors l’histoire de ce Kabyle qui revendiqua un crime qu’il n’avait pas commis… Ce qui le conduisit vers la mort ! J’ai fini par comprendre que le Kabyle qui revendique si fort  les mots du colonisateur ne fait que "ranimer ce syndrome" qui le tue à petit feu,  inconsciemment, par l’utilisation du "droit de nommer de ses maîtres".  (Le Docteur Gabel disait : "En psychologie, ce qui est de l’ordre de l’inconscient est beaucoup plus important et plus grave que ce qui est construit et réfléchi par la pensée consciente).

DROIT DE NOMMER DROIT DE TUER

D. Marques

En fin  de compte,

- Nous n’avons plus le droit de nommer notre peuple, car les Espagnols et les Anglais disent que cela signifie « sauvage » et « arriéré » ;

- Nous n’avons plus le droit de nommer notre terre, car les Espagnols et les Anglais disent que cela signifie « sauvage » et « arriérée » ;

- Nous n’avons plus le droit de nommer notre pays, car les Espagnols et les Anglais disent que cela signifie « sauvage » et « arriéré » ;

- Nous n’avons plus le droit de nommer notre tribu, car les Espagnols et les Anglais disent que cela signifie « sauvage » et « arriérée » ;

- Nous n’avons plus le droit de nommer notre langue, car les Espagnols et les Anglais disent que cela signifie « sauvage » et « arriérée » ;

- Nous n’avons plus le droit de nommer notre culture, car les Espagnols et les Anglais disent que cela signifie « sauvage » et « arriérée ».

Pour devenir « civilisé » et non plus « sauvage et arriéré », j’ai commencé par :

-          effacer de ma langue le mot « terre » : car elle appartient aux autres.

-          effacer de ma langue le mot « peuple » : car il est devenu un autre.

-          effacer de ma langue le mot « pays » : car il appartient aux autres.

-          effacer de ma langue le mot « tribu » : le plus terrible, le plus sale, le plus sauvage et le plus haïssable !

-          effacer de ma langue le mot « langue » : je ne parlais plus qu’espagnol et anglais.

-          effacer de ma langue le mot « culture » : je buvais coca-cola et parlais américain. Tout ce qui venait de mes Ancêtres et de ma tribu était honni et chassé de ma tête.

J’étais devenu « un homme heureux » car j’étais sans tribu. Mes enfants parlaient espagnol et anglais. Ils n’ont jamais appris la langue de leurs Ancêtres, ils étaient sans tribu et « civilisés ».

Un jour, suite à une agression, mon fils aîné dût se défendre pour faire face à une agression. Il fut arrêté par la police. Le soir, en regardant les infos à la télé, je vis mon fils les menottes aux mains entouré de cinq policiers…

Et les commentaires du journaliste furent les suivants : « Un indien qui ignore l’origine et le nom de sa tribu a sauvagement agressé 3 jeunes gens dans la rue. Interrogé par la police, cet indien nie tout et dit ignorer le nom de son peuple et de sa tribu. Nous avons coutume de ce genre de phénomènes : les Indiens qui ne connaissent pas le nom de leur tribu ont souvent des réactions qui dépassent les limites de la sauvagerie. »

Dans un sursaut de désespoir, je m’étais dit : « Je vais réapprendre tout ce que j’avais effacé. Je ferai de ma tribu le chemin qui mène vers les horizons libérateurs. Elle sera pour moi et mes enfants la seule voie lactée, celle empruntée par mes Ancêtres pour veiller sur leur terre sauvage, leur peuple sauvage, leur pays sauvage, leur tribu sauvage, leur langue sauvage et leur culture sauvage. »

Mais quand j’ai voulu apprendre le nom de ma tribu à mes enfants, ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas le temps : ils regardaient un feuilleton américain à la télé !

Je me suis alors retrouvé seul, sans famille et sans tribu… et j’ai versé sur mon sauvage de sort toutes les larmes du ciel et de la terre de mes Ancêtres. J’ai regardé le soleil se coucher à l’horizon et j’ai compris qu’il était trop tard pour ranimer tous les feux éclatants de ma tribu qui donnaient à mes Ancêtres le droit d’être libres et d’exister !

Ami, si tu as la chance de posséder encore une langue et une tribu, protège-les et porte fièrement ton nom aussi sauvage et arriéré soit-il ; ce n’est qu’ainsi que tu seras un Homme Libre et que tu enrichiras la grande tribu des Femmes et des Hommes : l’Humanité.

DM. Traduction YA.


[1] Imezdaγ n Jerjer.

[2] Imezdaγ n Welma Asemmam, d Ubabur yakw d-Ugergur almi d Lqulu.

[3] L’expression est du grand sociologue de l’aliénation qui est aussi médecin et psychologue, Joseph Gabel.

Articles Précédents »

Catégories

%d bloggers like this: