Publié par : youcefallioui | novembre 9, 2010

Conte inédit : Ouchnaq et Mira

Ce conte est inédit.

C’est une création de mon arrière grand-mère Awicha qui perdit son mari (Idir) dans la bataille de Tiwririne (Vallée de la Soummam) contre l’armée française en 1871. Il n’avait alors que 20 ans et mère Awicha n’avait que 17 ans.

Au grand dam de son clan,  elle n’avait jamais voulu se remarier. Elle fut, entre autre, sage femme et poétesse et avait transmis à ma mère bon nombre de textes oraux inédits : izlan, izran, inzan, timucuha, histoires, sagesses,  contes et mythes…

Parmi, les textes qu’elle nous a légués, je livre aux lecteurs de mon blog ce conte sur l’amour de deux jeunes qui s’aiment : Ouchnaq et Mira. Qui a dit que l’amour n’existait pas en Kabylie ? Ma mère aimait répéter : « Mère Awicha disait : « Chez nous, même l’ogresse sait ce qu’est la valeur de l’amour !  » »


OUCHNAQ ET MIRA


Que me conte soit beau et fasse grand écho !

Qu’il se déroule comme une tresse de laine !

Que celui qui l’entend à jamais s’en souvienne !

1 – Il était une fois Ouchnaq et Mira qui s’aimaient éperdument. Un jour, une sorcière, jalouse de leur amour, jeta un mauvais sort sur Ouchnaq pour les séparer. Ouchnaq changea du jour au lendemain et s’arrêta d’aimer Mira. Il décida alors de quitter le pays. Il prit des provisions et quitta le village, laissant Mira dans la douleur et les pleurs. Elle arrêta de manger et toute la tristesse du monde se lisait sur son beau visage. Tous les jours, elle pleurait. Elle pleurait tellement que ses larmes finirent par faire mal à la terre.

Un jour qu’elle  continuait encore de pleurer, Mira vit un roseau sortir de terre et lui dire en chantant : « Pourquoi Mira pleure-t-elle ? Pourquoi Mira a-t-elle du chagrin ? » Mira lui répondit : « Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie, ne m’aime plus et m’a abandonnée ! De grâce, ô roseau chanteur ! Dis-moi où se trouve mon Ouchnaq bien-aimé ? »

Le roseau chanteur s’éleva dans le ciel et regarda au loin. Il se rabaissa et dit à Mira : « Il est devant la forêt et s’apprête à la traverser ! » Mira lui dit : « De grâce ô roseau chanteur ! Chante fort pour que la forêt t’entende ! Dis-lui d’empêcher mon Ouchnaq de passer ! » Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et chanta fort pour que la forêt l’entende : « Ô forêt de mes racines, ne laisse pas mon Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie, me quitter ! »

La forêt se fit si dense et si inextricable qu’Ouchnaq ne put y entrer et la traverser. Il campa à la lisière de la forêt et chanta toute la nuit : «  Ô forêt aux doux fruits, laisse-moi passer ! De Mira, je n’aime plus ! » Ouchnaq chanta ainsi jusqu’au lever du jour. Quand les rayons du soleil atteignirent la forêt, les arbres se séparèrent et laissèrent passer Ouchnaq.

2 – L’attente fut longue comme si les jours étaient gelés ! Un matin, Mira demanda encore : « De grâce ô roseau chanteur ! Dis-moi où se trouve Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! » Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et vit qu’Ouchnaq avait traversé la forêt et qu’il était arrivé devant un fleuve. Il s’abaissa et dit à Mira : « Ton Ouchnaq a passé la forêt et il s’apprête à traverser le fleuve ! »

Mira lui dit : « De grâce, ô roseau chanteur ! Chante fort pour que le fleuve t’entende ! Dis-lui d’empêcher mon Ouchnaq de traverser ! » Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et chanta fort pour que le fleuve l’entende : « Ô fleuve de mes racines, ne laisse pas mon Ouchnaq, la lumière des mes jours et de ma vie, me quitter ! » Soudain, le fleuve se gonfla et sortit ses flots et ses torrents. Ouchnaq recula et ne put traverser. Il campa au bord du fleuve et chanta toute la nuit : « Ô fleuve de beurre et de miel, laisse-moi traverser ! De Mira je n’aime  plus ! » Ouchnaq chanta ainsi jusqu’au lever du jour. Quand les rayons du soleil atteignirent le fleuve, les eaux se calmèrent et laissèrent Ouchnaq traverser.

3 – L’attente fut longue comme si les jours étaient gelés ! Un matin, Mira demanda encore : « De grâce ô roseau chanteur ! Dis-moi où se trouve Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! » Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et vit qu’Ouchnaq avait traversé le fleuve et qu’il était arrivé devant une montagne. Il s’abaissa et dit à Mira : « Ton Ouchnaq a traversé le fleuve ; il s’apprête à passer la montagne ! » Mira lui dit encore : « De grâce, ô roseau chanteur ! Dis à la montagne de ne pas laisser passer mon Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! »

Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et chanta fort pour que la montagne l’entende : « Ô montagne de mes racines, ne laisse pas mon Ouchnaq, la lumière des mes jours et de ma vie, me quitter ! » Soudain, la montagne s’éleva jusqu’au ciel et ferma tous les horizons pour empêcher Ouchnaq de passer. Ouchnaq campa au pied de la montagne chanta toute la nuit : « Ô montagne de mes ancêtres, laisse-moi passer ! De Mira je n’aime  plus ! » Ouchnaq chanta ainsi jusqu’au lever du jour. Quand les rayons du soleil atteignirent la montagne, celle-ci s’abaissa et permit à Ouchnaq de passer.

4 – L’attente fut longue comme si les jours étaient gelés ! Un matin, Mira demanda encore : « De grâce ô roseau chanteur ! Dis-moi où se trouve Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! » Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et vit qu’Ouchnaq avait passé la montagne. Il s’abaissa et dit à Mira : « Ton Ouchnaq a passé la montagne et voilà que devant lui une tempête se prépare. Mira lui dit alors : « De grâce, ô roseau chanteur ! Dis au vent doux qui caresse les blés de me ramener mon Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! »

Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et chanta encore plus fort pour que le vent l’entende : « Ô vent doux qui caresse les blés au printemps, ramène-moi mon Ouchnaq, la lumière des mes jours et de ma vie ! »

Alors le vent souffla doucement sur Ouchnaq et lui dit : « Ouchnaq, lumière de Mira, qu’entends-tu ? » Ouchnaq lui répondit : « J’entends une  voix qui me dit : De Mira tu n’aimes plus ! » Le vent souffla encore plus fort et dit : « Ouchnaq, lumière de Mira, qu’entends-tu ? » Ouchnaq lui répondit encore : « J’entends une voix qui me dit : De Mira tu n’aimes plus ! » Le vent souffla alors si fort qu’il emportât Ouchnaq très loin !

5 – L’attente fut longue comme si les jours étaient gelés ! Un matin, Mira demanda encore : « De grâce ô roseau chanteur ! Dis-moi où se trouve Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! » Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et vit qu’Ouchnaq avait été emporté par le vent. Il s’abaissa et dit à Mira : « Ton Ouchnaq a été emporté par le vent qui l’a déposé dans le maquis de l’ogresse ! Mira lui dit alors : « De grâce, ô roseau chanteur ! Dis à grand-mère la douce du pays de la lumière de me ramener mon Ouchnaq, la lumière de mes jours et de ma vie ! »

Le roseau chanteur s’éleva dans les airs et chanta encore plus fort pour que l’ogresse l’entende :

Ô mère-grand la lionne !

Je suis ta fille, aide-moi !

Aucune femme n’est ton égale

De grâce, viens à mon secours !

Je demande ta protection

Pour qu’Ouchnaq me revienne

Il y’a longtemps qu’il m’a quittée

Le vent l’a mené vers toi

Mon cœur se flétrit comme une fleur abandonnée par la sève

Mon seul recours, c’est bien toi, ô grand-mère bien-aimée !

Pour que je retrouve le sourire et l’envie de la vie !

L’ogresse s’approcha d’Ouchnaq et se mit à lui parler. Alors le roseau chanteur s’abaissa et dit encore à Mira : « Entends ! Entends Mira ! La voix douce de mère-grand :

Mira ! Mira, ô ma fille !

Si ton Ouchnaq est vraiment ensorcelé

Je l’enlèverai au vent et je laverai ses esprits

S’il souhaite que je le protège

Qu’il me dise d’abord qu’il t’aime

Je le guiderai de mes yeux

Je te le renverrai comme dans un rêve

A travers ton beau poème

S’il me dit qu’il ne t’aime pas

Par tout ce qui fait que je sois affreuse

Je le dévorerai avec la terre qu’il a foulée de ses pieds !

L’ogresse prit Ouchnaq entre ses mains et lui dit d’une voix si forte que la terre trembla : « Ouchnaq, lumière de Mira, qu’entends-tu ? » En voyant le visage monstrueux et effroyable de l’ogresse, Ouchnaq sursauta, comme s’il venait de quitter un mauvais rêve, et lui répondit : « J’entends ma Mira qui pleure ; j’entends une voix qui me dit, après Mira tu n’aimeras plus ! »

Alors l’ogresse rappela le vent doux qui caresse les blés et lui dit : « Prends-le et rends-le à Mira, ma fille bien-aimée ! » Alors le vent doux s’enroula autour d’Ouchnaq et le ramena entre ciel et terre et le posa doucement devant Mira ! »

Celui qui aime est heureux

Comme l’oiseau qui chante dans les bois

Là où il va, il trouvera son bonheur

D’un buisson épineux, il verra une récolte

Ainsi fut la vie d’Ouchnaq

Sa lumière s’appelait Mira !

Mon conte s’est bien terminé

Enfants et sages l’ont entendu

Arbres et rivières l’ont écouté

Comme le soleil qui se couche

Il est entré sur d’autres terres

Le vent l’emportera vers d’autres maisons

Le vent l’emportera vers ceux qui s’aiment !

Mère Awicha disait :

–         « Ce qu’il faut à un pays, c’est la liberté de la femme ! »

–         «  Sans amour, un pays ne connaît pas de fleurs au printemps ! »

–         «  Le pays où la femme souffre, ses hommes pourrissent en prison ! »

–         «  Entends ta femme et Dieu t’ouvrira ses portes ! »

–         «  Aime ta femme  et les tiens, tu entendras l’oiseau te chanter tous les matins ! »

–         « L’homme qui sait, sait que la femme sait. »

–         « Une maison où les enfants rit : c’est l’homme et la femme qui se tiennent par la main. »

–         « L’homme qui aime voit mieux que les autres : sa femme éclaire son chemin. »


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