Publié par : youcefallioui | octobre 28, 2011

AMAZIGH..

INTERVIEW DE TARIK DJERROUD – JOURNALISTE DE « LA DEPECHE DE KABYLIE ». 

Voilà chers amis, c’est réparé !

Tu as raison mon cher Mohand, comme tu dis « C’est la première fois qu’un journaliste (et écrivain de talent) kabyle s’intéresse à moi… J’ai bien tort de ne pas le faire savoir… Argaz s-irgazen ! »

Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire – « Il n’y a pas de jour sans lumière »  (Wlac ass g’ur d-tettas tafat),  comme on dit dans notre belle langue – je remercie Tarik Djerroud et à travers lui « La dépêche de Kabylie » de m’avoir donné l’opportunité de me présenter et de m’exprimer…

« ETRE AMAZIGH RIME AVEC SENS DE L’HONNEUR »

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Interview – Par Tarik DJERROUD  

Youcef Allioui :

« ETRE AMAZIGH RIME AVEC SENS DE L’HONNEUR »

Auteur prolifique, Youcef Allioui demeure néanmoins un parfait inconnu en Algérie, excepté pour quelques initiés.

Dans cette interview, ce docteur éclectique dresse un constat sur le conte kabyle, la culture amazighe et l’identité nationale…

La Dépêche de Kabylie : Qui est Youcef Allioui ?   

Youcef Allioui : J’ai vu le jour à Ibouziden sur les hauteurs d’Awzellaguen. A la fin de mon service militaire, en 1973, j’ai orienté ma carrière estudiantine vers Paris ou je fréquentais le Groupe d’Etudes et de Recherches Berbères de Vincennes ainsi que la Sorbonne, là ou j’ai rencontré Joseph Gabel qui me poussa à préparer un doctorat de sociologie et, dans la foulée, il me présenta Fernand Bentolila, mon mentor en linguistique berbère. Tout en enseignant, je travaillais aussi comme cadre financier et je participais au Groupe d’Etudes et de Recherches Berbères de Paris V, sous sa direction ; entre temps mon esprit comptable s’est émoussé. Avec l’enseignement et la sociologie, je me découvrais l’âme d’un psychologue. 

Un socio psychologue charmé par le conte !
Mon« œuvre » n’est pas centrée seulement sur le conte mais sur toute la littérature orale kabyle : les énigmes, les mythes, les proverbes, les sagesses, les pensées, les maximes, les apophtegmes, les conjurations,  la poésie, les fables, les paraboles, les apologues, les comptines, les joutes oratoires, les chants anciens, les prières et croyances antéislamiques, les coutumes et les préceptes et règles de droit, les règles et lois économiques, etc. C’est tout cela «l’arbre des savoirs» (aleccac n tmusni), que nous offre notre littérature orale (tisula). Je ne pouvais échapper à la profusion et à la grande richesse que recelait le conte kabyle, ne serait-ce que d’un point de vue lexical : toute la langue kabyle est dans les contes et la littérature orale. C’est vous dire que nos ancêtres nous ont laissé de quoi réfléchir ! 

Vos publications sont bilingues. Pensez-vous que cela est suffisant pour universaliser le conte kabyle ?
Le conte kabyle (et les autres créations) peut servir au réveil identitaire et culturel. C’est pour cela que son côté universaliste et civilisationnel permet également une meilleure utilisation à des fins éducatives à la maison, en classe et à travers les médias. Le conte et le mythe permettent à l’enfant de ne plus avoir peur d’apprendre. Après un travail d’analyse de longue haleine, je me suis aperçu que le conte et le mythe ont des effets rassurants sur les enfants qui entrent à l’école. Ils peuvent développer harmonieusement leur personnalité ainsi que leur potentiel aux différents apprentissages.

L’ancien président Chadli disait que l’amazighité est un vestige qui subsiste auprès de quelques tribus…
Le président Chadli Bendjedid n’est pas à sa première déclaration en ce qui concerne Tamazight, mais il ne peut juger que de ce qu’il connaît. Se déclarer Berbère, et notamment Kabyle, ouvre beaucoup de portes à travers le monde. Etre Amazigh signifie : confiance, intelligence, noblesse de sentiments, conduite exemplaire, démocratie, respect d’autrui et sens aigu de l’honneur et de la parole donnée. Les récentes violences subies par les joueurs de football algériens en Egypte devraient faire réfléchir davantage nos dirigeants et notre ancien président. Toutes les choses ont des limites, sauf l’ignorance, car elle conduit à toutes les intolérances. D’ailleurs, ces prises de paroles contrastent avec le degré de réserve que nous observons chez les dirigeants des pays démocratiques qui veillent à ce que leurs déclarations n’entachent en rien la cohésion nationale de leur pays. 

Selon vous, comment se définit l’identité nationale algérienne ?
L’identité algérienne se définit en prenant en considération ses racines et ses origines berbères, l’histoire millénaire de la terre amazighe sur laquelle l’Algérie moderne a bâti ses frontières. 

Quel est l’état de santé du livre amazigh en Hexagone ?

La publication bilingue, nous la devons à la France, dont les intellectuels et les dirigeants ont compris que ce qui fait le rayonnement d’un pays  c’est la richesse que peuvent apporter les langues et les cultures du monde. L’on comprend alors pourquoi un «petit pays» comme la France rayonne sur le monde.  Mais pour se développer dans tous les domaines, une langue a besoin d’abord de son peuple, de son pays et surtout de son Etat. Le livre amazigh foisonnera le jour où les pays amazighs -l’Algérie en premier- recouvriront leur véritable culture et leur identité ancestrales. 

Peut-on en savoir plus sur votre prochaine publication ?

Il s’agit d’un ouvrage (encore !!) sur les contes et les mythes kabyles dont le titre est Les chasseurs de lumière -Iseggaden n tafat-, chez l’Harmattan. Je le dédie à la mémoire des chasseurs de lumière, défenseurs éclairés de la liberté et de la langue berbère amazighe, ceux qui avaient consacré sans partage leur vie durant à la lutte contre l’ignorance, l’intolérance et toutes les aliénations.

Je vous laisse conclure…

Comme vous le savez, beaucoup de Kabyles ne maîtrisent plus leur langue. Seuls les monolingues (les kabyles non scolarisés) sont aujourd’hui capables de s’exprimer dans leur langue sans avoir recours, dès les premiers mots, au français, comme le font nos intellectuels. Je constate avec tristesse que peu d’universitaires, d’intellectuels et d’hommes politiques algériens sont capables de tenir une conversation courante en kabyle. C’est vous dire, tout ce que j’attends du conte et de la littérature orale kabyle en général !

Interview réalisée par Tarik Djerroud (Le 30 novembre 2010).


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