Publié par : youcefallioui | juin 17, 2014

Ma terre – Mon peuple – Ma mère – Ma langue

Ma terre – Mon peuple – Ma mère – Ma langue

 

Je viens d’un peuple dont les racines n’ont pas de limites. Tel un océan qui pris ses élans et ses profondeurs de la sueur des siècles, de la mémoire vive de nos mères et de nos pères à jamais recommencée, car bâtie sur des épreuves et des espoirs enracinés dans cette terre qui ne veut pas perdre sa sève et ses bourgeons.

La gemme est là, fleurie du plus profond de nos mémoires ; tels ces mots de nos mères qui sont à la fois notre âme et notre pain quotidien, notre refuge et notre sauvegarde. Ce ne sont, pour d’aucuns, que des traces dans le grand désert ; mais ce qu’ils ne savent pas : c’est que nul tempête, nul vent fort et violent ne peut les effacer.

La langue de ma mère est méprisée, calomniée par ceux qui voient en elle un danger bien qu’ils disent qu’elle est agreste et dépassée. Le monde qu’elle a forgé est beau. Il ressemble au firmament sans lequel le soleil ne serait pas venu. La culture que ma mère a forgée par ses mots qui sont en moi et attisent la liberté, la ferveur et la foi : celles de Hommes libres – Imazighen.

Du plus profond de la mémoire de nos mères, je ne puis me résoudre à oublier ces mots même si je ne sais pas d’où ils viennent ; je sais qu’ils sont animés par le vent de la liberté où s’inscrit un projet à jamais en progrès grâce à ce qu’on dit et écrit ceux et celles qui nous ont précédés.

Mots de notre langue maternelle – tamazight – tissée dans les métiers de nos mères à travers des signes inconnus, des chants mélancoliques et des paysages qui reviennent, des paysages sous forme de visages (de femmes) évanouis dans ces contrées merveilleuses qui ne sont plus que des légendes ubiques – un PEU comme Dieu présent en tout lieu dans un même instant – où la raison et le sens l’emportent sur toutes les menaces qui guettent mon peuple.

C’est par les mots de ma mère qu’est née l’humble présence de mon peuple qui ne demande que le droit de vivre heureux et pleinement reconnu sur la terre de ses ancêtres.

Ce trésor, dont je ne connaissais que les bribes, a fini par me submerger comme la sève permet à la fleur et l’arbre de vivre en apportant l’oxygène indispensable à toute vie sur terre.

Cette sève emprunte des chemins multiples pour arriver à mon cœur et irriguer l’âme de mon peuple qui aspire à la vie dans une harmonie et un bonheur simples et nus comme le corps de l’enfant au bord de cet immense océan que lui offre la langue de sa mère et dont il admire les vagues aller et venir dans une mélodie qui dit tous les chants.

Les chants de la terre amazighe-berbère où sa musique et sa prosodie empruntent des chemins multiples à la mesure des espérances de la diversité de mon peuple dont l’âme s’inscrit dans ses contes et sa poésie.


Responses

  1. Cet hommage à la langue tamazight est le plus beau que tu as écrit. Il est magnifique !!

    • Merci madame !
      Venant de vous, ce compliment revêt un sens au-delà de ce que je pouvais espérer.
      Soyez sûre, chère madame, que je ferai en sorte – pourvu que je puisse encore le faire – que ma langue soit toujours portée par des phrases magnifiques ; car – au-delà des mots – elle représente pour moi la lumière
      du temps qui vient des « siècles obscurs » qu’elle a toujours su éclairer comme elle le fait avec mon peuple qui ne veut pas disparaître mais s’ouvrir sur les siècles à venir.
      Soyez-en remerciée, vous qui me connaissez mieux que quiconque et dont les yeux, l’intelligence et la sagesse ont su éclairer ma route même pendant les nuits les plus noires, car enveloppées par la fatigue et le doute…

  2. Cher monsieur,

    Merci pour vos excellents articles sur la Kabylie qui m’ont permis d’en connaitre un peu plus sur mes origines paternelles. Etant né en France de mère française et de père d’origine kabyle, ce dernier n’a jamais évoqué ses origines.

    Ayant depuis décidé d’entreprendre des recherches généalogiques, je souhaiterais connaitre l’Arch, la tribu d’appartenance de mon grand père Mokhtar Zouaoui né en 1907 à Theniet Ennasr (ex Tizzi Lehmis), lieu-dit Djebaila, dans les Bibans. Son grand père lui s’appelait Zouaoui Dahmani et je pense qu’il a attribué son prénom comme nom de famille à sa descendance.

    Savez-vous éventuellement, comment je pourrais retrouver ces informations ? Existe-t-il une liste des Arch/tribus de cette région de la Kabile?

    Raphael Zouaoui
    France
    rzouaoui@orange.fr

    • CHER AMI !
      Je viens de rentrer d’Algérie. J’ai donc mis beaucoup de temps pour vous répondre, bien que je n’aie pas de réponse absolue pour le moment car j’ai encore la tête en Kabylie. Je vous répondrai de nouveau dans quelques jours. Les Babors sont le pays des Kotamas (Igutamen) qui ont fondé le Caire. Je jetterai un coup sur mes notes pour retrouver, j’espère, le nom de l’arch auquel vous appartenez. Avec toutes mes amitiés.


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