Publié par : youcefallioui | septembre 17, 2014

Celui qui trompe se trompe !

Mon père : Mohand Améziane Ouchivane

Qui t’a trompé, un jour te trahira.

Win i-k ighurren, yigwass a-k ixdaâ !

 

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Dicton kabyle : “Celui qui trompe se trompe !” (Win ittghurrun yettwaghur !)

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Avez-vous déjà été trompé par quelqu’un en qui vous aviez placé votre confiance d’une manière totale, absolue ?

Quelle fut votre réaction ?

Je vais essayer de résumer ici les paroles de mon père, suite à la tromperie puis à la trahison dont il avait fait l’objet de son meilleur ami[1]

Ses phrases, pleines de métaphore, en disent long sur le traumatisme que l’on subit après avoir été trompé. « Le monde était trop étroit pour moi ! » (Ur yi teggwi ara ddunnit !) ; « Le ciel était trop loin et la terre s’était dérobée sous mes pieds ! » (Igenni ibâad, lqaâa terwel !) ; « Un scorpion était entré dans ma tête ! » (Tekcem-iyi tghirdemt s-aqerruy !) ; « Le jour m’était devenu une nuit noire ! » (Ass yughal-iyi d tlam utaylal !) ; « Mon sang bouillait et mon cerveau brûlait ! » (Idamen-iw rekkmen, allagh-iw ireqq !) ; « Quand je riais, j’avais des larmes qui coulaient dans mon coeur » (Mi ttadhsagh, imettawen ttazzalen deg’wuliw !) » ; « Mes rêves étaient des cauchemars où je nageais dans une rivière d’égouts ! » (Tirgaw ughalent d vuverrak anda ttechfegh deg ighzer n waman n tzulight) ; (Ce jour-là, une grande partie de moi-même était morte car j’ai été humilié au point de souhaiter la mort ! » (Assen-ni, tugett deg’iman-iw temmut i-mi ddell-nni issawedh-iyi ad mennigh lmut !).

 

Depuis, j’avoue que je suis resté sous l’emprise de ses phrases qui continuent de marteler dans ma tête toute la souffrance que mon père dut subir de cette tromperie, de cette trahison. Car cet ami l’avait déjà trompé avant de le trahir. D’où son dicton : « Qui t’a trompé, un jour te trahira ! »

 

Lors de mes entretiens avec mon ami et maître, feu Docteur Joseph GABEL, spécialiste de l’aliénation, j’essayais de comprendre la part d’aliénation ou, pire encore, le stade ultime de ce traumatisme : la réification.

Selon les spécialistes, le lexème trauma comporterait deux pôles : l’un médical, l’autre psychique. Trauma découlerait donc de l’étymologie trauma qui signifie en grec « blessure ».

Toujours, selon les spécialistes, l’aspect médical serait apparu en premier, historiquement parlant. Ce trauma que provoque le fait d’avoir été trompé devient donc une sorte de lésion profonde, une « blessure » causée par « l’agent trompeur ».

C’est bien après que le mot traumatisme sera appliqué aux blessures dites psychiques. Ces blessures sont des chocs émotionnels très violents dus à cette situation très critique si bien imagée par mon père où l’on sent que l’on est perdu : « Le ciel était trop loin et la terre s’était dérobée sous mes pieds ! » C’est donc un trauma qui provoque une violence exceptionnelle au point où « le sujet trompé » se trouve – tout comme mon père l’était – démuni, impuissant aussi bien physiquement que psychiquement. Démuni et impuissant – comme « l’impression d’être nu », (disait encore mon père) en plein rue où les gens nous observent comme si « le sujet trompé était devenu fou ».

Ce défaut de contrôle de soi – suite à la trahison – se traduit par l’abandon des forces tant physiques que psychiques, d’où ce sentiment d’abandon, de prostration : mon père disait : « J’étais perdu, comme si ma mère m’avait abandonné ! » (Amzun akken, tejja-yi yemma !)

 

Ces sentiments sont donc empreints de sensations d’abandon où les cauchemars perdurent à cause d’excitations traumatiques envahissantes. C’est en 1889 qu’Herman Oppenheim invente le terme de « névrose traumatique ».

 

Mais, c’est seulement mon père qui mit le doigt qu’une trahison peut également provoquer celle-ci au point d’empoisonner à jamais la vie de celui ou celle qui a été victime d’une trahison.

 

Ce mal être du « sujet trompé » se chronicisent au point de perdure pendant de longues années, voire toute la vie !

 

Le trauma subi suite à une tromperie ou une trahison – ou dans le cas des deux en ce qui concerne de mon père – peut être suivi d’un syndrome psycho-traumatique où « le sujet trompé » va développer un stress – stress post-traumatique – où il s’attendra, chaque jour durant, quand sera-t-il trahi ? Quand la tromperie subie sera-t-elle suivie, comme l’affirmait mon défunt père, d’une trahison inéluctable !

 

Il ne s’agit évidemment pas d’avouer « un crime » dont le « sujet trompé » ignore tout. Ce serait le précipiter dans un trou noir dont il ne ressortira plus jamais. « Toute vérité n’est pas bonne à dire ! »

 

Selon toujours mon défunt père dont j’interprète les mots : « Le sujet trompé ne sortira de ce syndrome psycho-traumatique et du stress post-traumatique – ne trouvera dont la paix – que grâce au comportement futur du « sujet trompeur » : « un crime avoué est à moitié pardonné ! » Mais, encore une fois, il est bien connu que ceux qui trompent ont du mal à reconnaître leur tromperie et leur trahison – même quand ils sont pris sur le fait.

 

Il n’y a rien de pire pour le sujet trompé – qui est persuadé qu’il sera de nouveau trahi – que de continuer à dire : « Maintenant, l’on ne me trompera plus jamais… ».

 

Alors ? Nous/Vous qui avions/aviez un jour trompé un être cher, sachons/sachez qu’il ne tient qu’à nous/vous pour qu’il retrouve la paix et la sérénité de l’existence.

[1] Cette réflexion date des années 1980 où j’étais chercheur à l’ERMI – ENSP – Paris. Mais elle demeure toujours d’actualité.

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