Publié par : youcefallioui | janvier 16, 2015

Yennayer 2965 – Nouvel an berbère fête de la lumière et de la paix

Yennayer Berbère ou le nouvel an des lumières et de la paix

« Qui multiplierait les fêtes pour qu’on continue de vivre unis et dans la paix ! » (a-wi sigwtent laâwacer ; i-wakken anezg a-nâacer !) (Dicton extrait d’un chant sacré de Yennayer : « Jours divins » Laâwacer)

Jour de fête, Yennayer est chanté par les Anciens comme un jour sacré et divin. En voici un extrait de ce chant (la traduction est très « approximative ») :

 

….

Savez-vous que « la voie lactée » se dit « La poutre du ciel » chez les anciens Kabyles ?
On l’appelle aussi « Le chemin de paille », dit notre mytholie dans un mythe (Izri) dont le titre est « Le voleur de paille » (Amakur n walim).

Toutes les histoires et les mythes racontés pendant Yennayer font référence à la lumière qui symbolise la paix, la non-violence, la sagesse, la connaissance et l’entente et la solidarité entre les hommes et les femmes.

Yennayer est une fête divine à bien des titres ou la femme révèle toute sa place, où l’homme s’incline devant la sagesse et où l’enfant profite de tous les enseignements. Dans la mythologie kabyle, c’est aussi un personnage très important. Il est singulier à plus d’un trait, car il est à fois masculin et féminin : on parle aussi de « Mère Yennayer » (Yemma Yennayer). La femme kabyle voulait ainsi marquer de son empreinte cette grande fête en se l’appropriant au même titre que toutes les autres fêtes. Car, ce n’est rien de le dire, mais la fête en Kabylie, passe d’abord par la femme. C’est elle qui organise et c’est autour d’elle que tournent toutes les manifestations ; même quand les choses ne tournaient pas toujours à l’avantage de certaines : celles qui s’étaient mal conduites et dont les enfants révélaient les défauts et les méfaits à travers le carnaval de Yennayer.
Selon ma mère, ce fut la même période que les poétesses kabyles mettaient à profit pour investir l’Assemblée des hommes et dire à ces derniers (en s’attaquant nommément à certains) les quatre vérités. J’ai pu ainsi recueillir quelques poèmes de Tawes de Ijaâd (ce n’est pas ma mère, c’est son homonyme) et Djouhra Helloufa qui avaient marqué notre village par leur poésie cinglante et anti-machiste ! Chose paradoxale (voire extraordinaire), les hommes en étaient friands ! Selon ma mère, c’était le Mezwer – chef du village d’Ibouziden – qui les invitait à dire leurs poèmes en pleine Assemblée des hommes. Yennayer était donc une fête propice à la vérification des principes démocratiques dans la cité kabyle. On le retrouve à travers certaines expressions et dictons : « Celui qui craint Yennayer, il a quelque chose à se reprocher ! » (Win yugaden Yennayer yella kra i-gessexser) ; « Celui qui prend garde à ce qu’il fait, il n’a pas peur de Yennayer » (Wi’ddan s lehder, ur ittaggwad Yennayer !) Plus explicite est l’expression suivante : « Yennayer n’aime pas les conflits ! » (Amdegger, ur t-ihemmel Yennayer !)
« Yennayer aime la rosée et la paix ! » Yennayer ihemmel nnda d lehna ! Car la mère du monde (yemma-s n ddunnit) s’appelle « Rosée-du-Matin » (Nnda-n-Wesru)

 

Pour revenir à « Mère Yennayer », ma grand-mère disait qu’une femme qui s’est distinguée par son aura et sa sagesse portait le titre de Yemma Yennayer.
Yemma Yennayer est fêtée au cours d’un rituel sacré qui se passait selon les cas – sans doute collé aux événements sociaux de chaque cité kabyle – soit le premier jour de Yennayer (Ixf n Yennayer) ou le septième jour (Ccebâa n Yennayer – nagh tuttla n Yennayer). Les femmes entouraient celle qui était ainsi l’élue (Yemma Yennayer) qui faisait la morte par terre. Et elles chantaient jusqu’à ce que Yemma Yennayer soit ressuscitée ! Alors, elle se relevait et embrassait chacune des femmes présentes qui faisaient partie de cette noble assemblée en disant : « Par la protection de Yennayer et le grain qui germe et l’étoile qui se voit le jour !… » (Aheqq ccbak n Yennayer d-uâeqqa ad yekker d-itri yettbanen deg’wzal… !)

 

 

Pour ce faire, les parents mettent souvent en scène les enfants comme acteurs principaux de leur mythologie. C’est pour cela que les enfants assistaient leurs parents dans tous les travaux et dans la mesure de leur force.
Il en ainsi lorsque enfant, mon père me demandait d’aller remplir le sac de céréales qu’il portait sur l’épaule avant de commencer les semaisons. Avant cela, il commençait par les labours. Avant de commencer à labourer à l’aide des bœufs, je l’entendais toujours dire à la terre la prière suivante : « Pardonne-moi de te déranger ainsi, c’est pour mettre le grain en toi et pour nourrir mes enfants et donner sa part au pauvre ! Terre, fais que mes efforts et ceux de mes bœufs ne soient pas vains ; Donne-nous une bonne récolte, que Yennayer te soit doux par la puissance du Souverain Suprême ! »

Enfin, pour terminer, car il faudrait plusieurs ouvrages pour en terminer avec Yennayer, je dédie à toutes mes sœurs et mes frères kabyles et Imazighen ce poème de Yennayer que les mères et les grands-mères kabyles chantaient. Je vous le chanterai bientôt en vous donnant d’autres récits et d’autres choses encore sur cette fête sacrée léguée par nos ancêtres, les Imazighen.

Les textes en kabyles et les traductions complètes seront données dans un ouvrage à paraître : « Mythes et pensées chez les anciens Kabyles ».

 

Que la lumière et la paix de Yennayer soit sur tous les Imazighen !
Que la lumière et la paix de Yennayer soit sur tous les peuples !

Que la lumière et la paix de Yennayer bannisse la violence de la terre et sème la paix à travers le monde !


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