Publié par : youcefallioui | juillet 1, 2015

A la mémoire de Michel MOLINIER…

Notre ami Michel MOLINIER vient de nous quitter… et je pense à la douleur de Micheline, son épouse et compagne de toujours, ses enfants et ses petits enfants dont les racines sont également les nôtres… Nous sommes de tout coeur et de toute notre âme avec vous. Et comme disait si bien Michel :
« Rien de ce qui fut noble ne sera asservi ! Tels sont les Imazighen ! »

J’ai connu Michel quand il était Président de l’Association berbère TAFSUT NORMANDIE. Lui et son épouse Micheline nous avaient accueillis plusieurs fois lors des festivals culturels et salons du livre de Rouen.
J’ai gardé de Michel beaucoup de bons souvenirs… au point où mon admiration allait jusqu’à souhaiter lui ressembler un peu tant son intelligence se reflétait dans sa modération et sa modestie. Avocat à la Cour, il parlait peu de son métier. Il aimait plutôt mettre l’accent sur la langue et la culture amazighes… Comme si rien ne pouvait être plus important, à l’heure où les langues et les cultures autochtones sont plus que jamais menacées.
J’ai gardé de nos échanges ces réflexions sociolinguistiques justes et appropriées pour que les Imazighen avancent dans ce chemin escarpé « chanté, comme il disait, par Slimane Azem d’abord puis par Idir, Lewnis Aït Menguellat et Matoub Lounès dont l’engagement sans failles devait lui coûter la vie !
« Tant et si bien », oserai-je écrire, que ce qui fait la vie d’un peuple, c’est sa langue et sa culture… Les nôtres glissent imperceptiblement vers un gouffre d’où elles ne pourraient plus jamais revenir… Ce sont un peu les réflexions qui habitaient Michel lorsqu’il voulait aborder dans mon sens sur l’urgence de sauvegarder tout ce qui nous vient des Anciens et dont nous avons déjà perdu beaucoup de racines… « C’est pour cela, disait-il encore, que les arbres sont chancelants ! »
L’arbre est effectivement source de vie pour les Anciens Amazighs ou Imazighen. Tout vient de l’arbre : de ce frêne, premier arbre de la création chez les Anciens kabyles.
On aura saisi où Michel souhaitait mettre ou élever le débat… Au point qu’il disait qu’il regrettait de ne pas parler tamazight, car il aurait su mieux exprimer toute la détresse que notre langue est en train de vivre : Quand, par exemple, le représentant du Consulat d’Algérie refusait obstinément de prendre en charge les quelques heures de tamazight dispensées dans le cadre des activités de l’Association amazighe Tafsut Normandie.
Michel disait son indignation sur un ton mesuré, alors que Micheline s’emportait contre cette bêtise et cette ignorance qui continuent de s’abattre – même en France – sur la culture et la langue amazighes !
Je ne puis m’empêcher de citer plus longuement Michel pour que l’on comprenne où il situait le débat.
Eoutons-le : « Quand j’avais commencé à découvrir la culture berbère, j’ai été surpris et émerveillé par sa richesse linguistique et la sagesse millénaire qui continue de lui servir de supports… Nous nous sommes donc engagés, Micheline et moi, dans l’Association Tafsut pour apporter notre pierre à l’édifice cette langue qui supporte une culture qui vient, comme toutes les cultures autochtones, des premières pensées de l’homme sur sa condition d’être humain dans la façon qu’il souhaitait appréhender son environnement et le vaste monde qu’il découvrait chaque jour autour de lui… Je savais qu’il y avait une mythologie berbère très importante, notamment celle qui est assise sur le respect de la nature et de la terre mère… J’étais surpris de constater qu’on parlait de toutes les mythologies sauf de la mythologie berbère… Qui remettait en cause la destruction des richesses naturelles et la destruction pure et simple de l’environnement. Quand j’ai appris que, dans cette mythologie, l’Homme est censé venir de l’arbre – de l’arbre de vie – porté par l’eau, à partir de laquelle la première femme du monde – « La mère du Monde » (Yemma-s n Ddunnit), comme tu dis, j’avais compris que l’Algérie et les pays du Maghreb manquaient un point vital de leur sort et de leur destinée en ignorant et, pire encore, en combattant cela. Tout dans ce message allégorique prédestinait à une vie meilleure et la construction d’un bonheur des peuples d’Afrique du Nord… C’est comme boire à la source par un matin de printemps où la Rosée du matin attend le soleil pour assouvir sa soif de la lumière du jour après une nuit froide… Comment les pays comme l’Algérie, le Maroc, la Lybie et la Tunisie pouvaient-ils ignorer leur naissance et leur essence ? J’entends souvent les Tunisiens parler de Carthage… Mais, ils ne parlent jamais des Imazighen et notamment de Massinissa qui avait combattu cette puissante cité qui s’accaparait les terres des paysans tunisiens de l’époque, c’est-à-dire des Imazighen. On parle de Carthage comme pour passer sous silence le passé glorieux d’un Massinissa qui est l’une des lumières de l’Afrique du Nord.
J’ai lu attentivement ce que des historiens sérieux ont écrit sur Massinissa à qui la Tunisie actuelle doit beaucoup. L’épopée de ce roi berbère, fils de Gaya et roi des Massyles devrait être étudiée dans toutes les écoles à partir du primaire jusqu’à l’Université. On le disait jeune et flamboyant ! N’avait-il pas, selon Tite-Live, vaincu Hannibal au combat singulier ? N’avait-il pas imposé l’étude de la langue amazighe dans les écoles berbères de Numidie ? N’avait-il pas transformé une grande partie de l’Algérie et de la Tunisie en un jardin fertile extraordinaire, en mettant l’agriculture au niveau des nations les plus avancées ? Ce fut le premier qui criait « L’Afrique aux Africains ! » Quelle avance sur les penseurs démocrates de notre époque ! Il était réputé et célébré dans tous les pays de la Méditerranée. Sage et conscient, il permit à ses enfants et à son peuple de s’instruire. Dans les écoles de Massinissa, on étudiait certes tamazight, mais aussi le grec et le latin ! Quelle avance sur les gouvernants actuels ! Massinissa fut sans aucun doute le penseur de l’Algérie moderne ; du moins tel qu’il aurait aimé la voir aujourd’hui, tout comme les autres pays… Il fit de Cirta (l’actuelle Constantine) et de Saldae (l’actuelle Vgayet) des capitales culturelles enviées à travers le monde. C’était un homme qui avait repris le flambeau de son père, le roi Gaya surnommé à l’époque « Le prophète des cités ».
Tu vois, c’est tout cela que j’aurai aimé que l’on étudie dans les écoles des pays d’Afrique du Nord, car des temps difficiles attendent ces pays et ils finiront par le regretter de rejeter ainsi l’histoire, la langue et la culture berbères. L’ignorance finira par les perdre, car d’autres sauront utiliser contre le peuple berbère une idéologie dominante qui peut être, dans peu d’années, meurtrières pour tous.
Tout dans l’histoire et la culture berbères recèle des solutions pour sortir l’Afrique du Nord des dangers de demain. »
Voilà le témoignage de notre ami et frère Michel MOLINIER. Ces propos datent déjà de près de 10 ans ; et nous sommes en plein dans ce qu’il prévoyait… le reniement de l’histoire et de la langue amazighes conduisent et continueront de conduire les pays d’Afrique du Nord à la ruine ! Leur seule sauvegarde et leur seule garantie résident dans ce que, encore une fois, Michel appelait : « La lumière qui éclaira l’homme qui vit le premier l’importance de la rosée du matin. »

« C’est profond ! » Me dit l’un de mes amis à qui j’avais soumis cet article à la mémoire de Michel MOLINIER avant de le publier. En effet, c’est profond ! Car cela vient de la nuit des temps ; de ces nuits qui virent Massinissa bâtir la grande et majestueuse Cirta ; de ces nuits qui virent Jugurtha, Takfarinas, Juba 1er, et bien d’autres Berbères-Premiers (comme dans notre mythologie : Berber Amezwaru) se battre contre tous les envahisseurs afin que leur peuple puisse prétendre à la clarté du jour où leur langue et leur culture amazighes reviendront en force sur la terre des Imazighen.

Repose en paix Michel ! Nous continuerons de porter ton message d’homme sage et éclairé et d’homme amoureux de l’histoire, de la langue et de la culture amazighes. Merci pour tout ce que tu as fait en apportant de façon discrète ta pierre à notre édifice.
Toi qui disait si bien : « Rien de ce qui fut noble ne sera asservi ! Tels sont les Imazighen ! » Moi je te réponds aujourd’hui :

 » Rien de ce qui fut noble ne sera oublié ! Car tu vécus en noble, en homme d’honneur »… que nous avons eu le bonheur et le privilège de connaître. Merci pour tout et repose en paix !

Rouen - 1Michel, toujours en retrait, entre Françoise et Youcef Allioui

Rouen - 19

Micheline Molinier avec l’enseignante de tamazight.

Rouen - 8

Françoise, la secrétaire à qui rien n’échappe, Michel et Youcef Alloui

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