Publié par : youcefallioui | mars 25, 2016

Bruxelles, ma belle… Tu souriras encore !

Bruxelles, ma belle… Tu pleures et je pleure avec  toi… Mais, tu sauras panser tes blessures et retrouver ton beau sourire ! Alors ta Grand Place te prendra dans ses bras pour rire encore et encore !

Pour mes amis et frères Belges :

En hommage profond à Dick Hannegarn, le poète à la juste parole…

 

Ce matin du 24 mars 2016, – comme tous les autres matins, j’écoutais France Inter. Après la matinale de Patrick Cohen, arrivait l’émission « Boomerang » d’Augustin Trapenard. L’invité de l’émission est le chanteur-poète Belge Dick Hannegarn, le géant blond-roux que j’ai eu le bonheur de voir sur scène dans cette belle ville de Bruxelles dans les années 70 – au temps du « Sacré Géranium » -, alors que j’étais hébergé par des amis, en attendant des jours meilleurs…

Interrogé par l’animateur sur sa poésie, qu’elle ne fut ma surprise de l’entendre faire référence à « La parole juste des Berbères ». Il racontait alors à l’animateur – lequel porte pourtant un illustre prénom berbère, Augustin –, mais qui visiblement n’était pas du tout intéressé par le sujet ! –, comment les Berbères du Maroc rencontraient Juifs et Arabes marocains pour leur faire entendre « La juste parole » (Ameslay azerfan) pour que la paix et l’entente cordiale et respectueuse continuent de s’étendre et d’essaimer entre les trois communautés marocaines ; afin qu’une coexistence pacifique, harmonieuse et fraternelle continue donc de régner entre eux et sur eux pour les prémunir de ressentiments qui mettraient vite en danger cet équilibre que les Berbères voyaient comme un précieux héritage de l’histoire.

Devant son insistance sur ces rencontres où les Berbères (nous, nous nous disons Imazighen), tenaient à semer leurs justes paroles, j’attendais encore de l’animateur qu’il saisisse la balle au bond et qu’il l’interroge sur le sujet pour en savoir davantage car, visiblement, Dick Hannegarn pensait aux événements tragiques qui venaient de frapper la capitale belge, « sa belle Bruxelles ». Vaine attente, d’un animateur fermé sur lui-même !

Je n’ai pas pu m’empêcher d’être interpellé par « cette anecdote berbère » ? Pourquoi diable, le chanteur Belge, fit-il allusion à cette cérémonie que les Berbère appellent Izlan – une joute oratoire faite pour instaurer et faire durer l’entente entre un groupe de personnes ou simplement entre deux personnes du même village ou un couple).

C’est un fait qui peut paraître anodin, au moment où Bruxelles vit la même tragédie que celle qui avait frappé Paris. Mais alors, quel rapport m’étais-je demandé ? Le chanteur Belge serait-il à ce point stupide d’oublier ces événements et d’aller fourrer son nid dans une coutume berbère du Maroc ?

C’est à ce moment qu’une intervention, datant de la veille, d’une journaliste de France Inter m’interpella. Dans son compte-rendu sur la tragédie qui avait frappé Bruxelles, la dite journaliste – dont je tairai le nom par simple « décence berbère » que tout homme doit à la femme – dans son compte-rendu sur les attentats fit un détour historique – qu’elle aurait dû éviter – à partir duquel elle spécula sur la forte migration berbère du Rif vers Bruxelles. Elle en parlait comme d’une « invasion », en mettant le nombre de 500.000 Rifains lesquelles, selon elle, serait arrivés en masse à Bruxelles ! Il fallait frapper l’imagination de l’auditeur pour le faire plonger dans la confusion…

A défaut de dire tout et n’importe quoi, les journalistes ont besoin de s’initier à l’histoire des pays quand ils sont appelés à traiter des faits qui peuvent les toucher les peuples de près ou de loin.

L’amalgame – toujours conscient ou inconscient – est là ! Et il nous effleure, je veux dire plus exactement, nous coupe comme une lame de rasoir !

Manifestement, cette journaliste – comme beaucoup d’autres en ce moment ! – parlait de choses et d’événements dont elle semble ignorer les fondements de l’histoire tragique des Imazighen du Rif. Les Rifains s’étaient réfugiés en Belgique et dans d’autres pays (comme l’Algérie). Ce fut à cause d’une guerre sanglante qu’ils durent supporter contre une coalition qui regroupaient les armées de trois pays : La France, l’Espagne et l’armée du roi du Maroc de l’époque !

Cette guerre avait causé des centaines de milliers de victimes – dont plusieurs dizaines de milliers d’enfants !

En 1926, pourquoi ces trois pays s’étaient-ils unis pour faire la guerre au peuple amazigh du Rif ? Parce que un homme juste, un Amazigh, qui répondait au nom de Mohand Abdelkrim, ne supportait plus de voir son peuple réduit à l’état d’esclavage ! Devant les crimes, les injustices et les famines subis par son peuple, il poussa un cri – un juste cri ! Une parole juste, de révolte contre l’état esclavagiste dans lequel le peuple amazigh du Rif était plongé.

Ce fut au nom de cette juste parole berbère – à laquelle faisait allusion le chanteur et poète Belge (Dick Hannegarn) que la dite coalition leur fit une guerre meurtrière et INJUSTE. Une guerre barbare qui avait causé l’exode de centaines de milliers de Rifains qui abandonnèrent leur terre pour un pays plus juste où ils pouvaient – juste – se reconstruire et bâtir un tant soit peu de nouveau un avenir, même incertain…

Cet exode fut massif vers la Belgique. Il est aisé d’en saisir les raisons : ce pays n’avait pas participé aux massacres qu’ils durent subir de cette coalition INJUSTE qui leur daignait le droit de vivre justement sur leur terre en qualité d’autochtones amazighs ; une terre sur laquelle leurs ancêtres vivaient, selon la formule juste berbère, « depuis la nuit des temps » (Seg-wasmi i d-tejna ddunnit).

Le stade le plus haut de l’aliénation culturelle conduit vers ce que le sociologue juif de l’aliénation, Joseph Gabel, appelait « la réification ». Un stade au-delà duquel l’individu se transforme au point de perdre tout semblant d’humanité. Sa parole est alimentée, dans une explication sans fin par de pseudo-spécialistes en mal de représentation. Ces derniers prétendent qu’ils sont capables de décrypter la pensée d’un individu entré en transe dans le syndrome de l’assassin, si cher à mon ami et maître feu Joseph Gabel.

En ces temps troublés, il est triste et dommageable pour tous que des journalistes et des animateurs soient englués dans l’ignorance et les amalgames.

C’est cela qui manque le plus à travers le monde et chaque jour davantage également en Europe !

L’absence de paroles justes – surtout quand elles émanent de journalistes – ajoute bois sur bois au feu de ceux dont la réification a atteint un point de non-retour.

Et l’on comprend alors pourquoi Dick Anneggarn – en poète averti – voulut mettre l’accent sur « la parole juste des Berbères ». Il voulait (juste) dire que le vivre ensemble exigeait beaucoup de retenue, de respect de l’autre, d’écoute et de fraternité, surtout en ces temps pollués et souillés par des paroles injustes qui ont besoin, plus que jamais, d’une parole juste, fut-elle berbère !

Parlant de la Shoah et des guerres coloniales, Joseph Gabel avait coutume de me dire, lors de nos veillées nocturnes : « Voyez-vous, cher ami, l’histoire est comme une mère : Elle n’aime pas qu’on l’oublie ! Car, en l’oubliant, on perd la notion du temps, des choses et des événements. Pire encore, tout notre espace de vie se déshumanise en s’ouvrant à tous les fanatismes… C’est si simple pourtant : il suffit juste de lui dire : « Pardon de t’avoir oubliée » pour qu’aussitôt s’éclaire son visage et regarde de nouveau le soleil qui brille dans le ciel ! »

Une pensée amazigh/berbère dit : « Les paroles justes peuvent faire face aux actes les plus abominables » (Awal ma yesâa nnafâa, izmer ad icc llafâa !) Littéralement : « La parole juste est capable de dévorer l’hydre à sept tête ! »

Merci ! Mille fois merci ! Monsieur Dick Hannegarn, le poète à la juste parole.


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