Publié par : youcefallioui | janvier 12, 2019

YENNAYER ANAYER 2969 – LAAWACER N TAFAT – NOUVEL AN SACRE AMAZIGH DE PARDON ET DE LUMIERE 2969

HOMMAGE AUX MERES ET AUX GRANDS-MERES KABYLES

———————

 HOMMAGE A MA MERE TAWES OUCHIVANE DES IJAAD IBOUZIDEN ET A MON ARRIERE GRAND-MERE AWICHA DES IJAAD IBOUZIDEN – AWZELLAGEN

 SAGE FEMME – SAVANTE, GRANDE POETESSE FEMME DES LUMIERES.

——————–

 DE SHESHONQ 1ER A L’ETERNEL JUGURTHA

YENNAYER ANAYER 2969

SI UCACNAQ AMENZU AR YUGURTEN AMEGHAL

————————–

 

A PROPOS DU CONTE KABYLE SUR SHESHONQ 1ER  –

TAMACAHUTT N UCACNAQ D MIRA – HISTOIRE D’AMOUR DE SHESHONQ 1ER – ROI BERBERE ET PHARAON D’EGYPTE[1]

 

Ce conte extraordinaire et magnifique semble n’être connu que de ma famille. Je n’ai trouvé aucune autre source le mentionnant malgré tous mes efforts. Durant mon service militaire, mes recherches chez les Berbères de Libye[2] n’ont pas donné plus de résultat. J’ai alors compris que ma mère avait bien raison en disant que c’est un conte qui nous vient de son arrière-grand-mère Awicha. Comment est-il arrivé jusqu’à cette dernière ? Je me suis intéressé à l’histoire de sa vie et à l’évidence, elle était à son tour dépositaire d’un héritage qui lui venait des Anciens de la famille, probablement de sa grand-mère dont elle portait le prénom, à moins que le transmetteur fût plutôt son grand-père Idir dont les Anciens vantaient encore ses dons de conteur et sa connaissance profonde de la mythologie berbère. Grand voyageur, il avait visité aussi bien la Libye, la Tunisie, l’Egypte, la Syrie, l’Italie, Malte et l’Espagne que le Maroc, pays qu’il aimait plus particulièrement. L’époux de mère Awicha portait aussi le même prénom, Idir[3].

Grand-mère Awicha perdit son jeune mari lors d’un combat mémorable – « la bataille des collines » (amennugh n tewririn) contre les colonnes françaises lors de l’insurrection de 1871. Idir avait 20 ans et Awicha 17 ans.

A force de tenir tête aux hommes de son clan, elle finit par être affublée du surnom de « Tseryel », qui n’est autre que le nom de l’ogresse en kabyle !

Selon ma mère, elle se réjouissait de porter un tel surnom[4] !

Mais son désarroi et sa tristesse d’avoir perdu l’homme de sa vie, sont difficilement traduisibles.

Le conte ne dit pas toujours vrai

Ma vie me plonge dans la tourmente

Je sais que mon Yidir est à jamais perdu

Je n’ai plus personne comme compagnon

Pareil au grain magique dans la poche

Quand je pleure encore, seul lui me fait écho

Nous payons sans avoir commis de péché

Je suis jeune et je me sens si vieille

Toute nourriture m’est amère

Qui volerait comme la huppe

En emportant cette souffrance

Pour l’échanger contre mon deuil !

 

Tamacahutt teskiddib

Tudert tegr-i di ttelbib

Zrigh Yidir-iw d-ayen ifut

Ur saigh yiwen d-ahbib

Am uaeqqa di ljib

Mi ttrugh a-yi-d yerr ssut.

A-nhaseb xas ur nednib

Di temzi yedda ccib

D-arzagan ula d lqut

A-wi yufgen am Tebbibb

Cedda a-tt ibbibb

A-ttibeddel s yar lmut ! 

Au grand dam de son clan, Awicha à peine âgée de 20 ans refusait toujours de se remarier. Elle fut, entre autres, sage-femme et poétesse qui en imposait, en son temps, même aux hommes de son clan et du village. Elle avait transmis à ma mère bon nombre de textes oraux inédits : histoires, sagesses, joutes oratoires, poèmes anciens, contes et mythes ainsi de nombreux dictons et proverbes (timucuha, timusniwin, izlan, isefra iqdimen, timucuha d-izran, inzan) et tellement d’autres choses encore sur cette Kabylie où les grandes dames kabyles savaient montrer aux hommes ce que la kabylité (taqbaylit) voulait dire. Certaines femmes, touchées par la grâce comme notre aïeule Awicha, s’étaient approprié cette langue, l’avaient embellie et comme si elles cherchaient à adoucir leur vie à travers la beauté des mots.

Parmi les textes que Yemma Awicha nous a légués à travers ma mère, je livre aux lecteurs ce conte sur l’amour de deux jeunes qui s’aimaient : Sheshonq et Mira. Qui a dit que le mot « amour » n’existait pas en Kabylie[5] ? Ma mère resta sans voix quand je lui traduisis la phrase écrite d’une ethnologue que je ne nommerai pas. Elle me raconta alors l’histoire de son arrière-grand-mère Awicha qui osa rétorquer à son oncle Yahia, alors chef de notre « clan » (adrum), qui lui proposait de la remarier : « Quand je pense à mon Yidir[6] (son mari), tous les autres hommes que tu me proposes me paraissent semblables à des poux ! »

Et ma mère de citer encore son arrière-grand-mère : « Chez nous, même l’ogresse sait ce qu’est la valeur de l’amour ! » (Ghur-negh, ula d Teryel tessen azal n lehmala !) On peut y lire l’amour qui l’unissait à son jeune mari qu’elle perdit quelques mois après leur mariage. Grâce à ma mère, nous découvrons cette magnifique histoire d’amour qui trouve sa place dans la classification « Récits de qualité » (Timeghcac).

Mais ce que sans doute ma mère et sa grand-mère ignoraient, c’est que cette histoire fait référence à un personnage important de l’histoire des Berbères, le Libyen Sheshonq 1er qui fut grand pharaon de l’ancienne Egypte et qui édifia de nombreuses pyramides. Son arrière-grand-mère l’ignorait sans doute aussi, sinon, elle aurait certainement fait état de ce grand roi amazigh, dont pourtant elle avait conservé le doux et beau prénom qui sonne encore aujourd’hui à nos oreilles (dans notre langue) comme le secret d’un message ou le nom d’une berceuse qui nous viendrait de la nuit des temps.

Il est regrettable que nous n’ayons pas trouvé des récits identiques à celui de Sheshonq et Mira à la mémoire d’un Massinissa ou d’un Jugurtha. Nous avons bien un mythe qui porte le titre de « Maziq fils de Tamla » (Maziq mmi-s n Tamla) ; mais pouvons-nous dire pour autant qu’il fait référence à l’un ou l’autre de ces héros (Massinissa et Jugurtha) que Charles-André Julien qualifiait de « partisans » ?

Pendant mon service militaire dans les Aurès, j’avais aussi relevé un récit dont le héros s’appelait Djoukrane. Lors de nos entretiens dans les années 80, le père Jean Déjeux m’affirmait qu’il s’agissait de Jugurtha, alors que je pensais davantage à un autre personnage de l’histoire ou de la mythologie berbère qui répondait au prénom d’Agelman et dont on ignorait le nom du père. L’histoire de cet Agelman, appelé aussi « Fils-du-lion » (Mmi-s Yizem), ressemble davantage à celle de Djoukrane. Beaucoup de similitudes existent entre les deux récits. Un autre mythe dont le titre est « Aggar ou Ahaggar fils de la lionne » présente quelques similitudes avec celui de « Maziq fils de Tamla ». Les deux mythes semblent être une seule et même version de ce récit que les Anciens avaient dédié à la mémoire d’un de leurs « partisans » qui sacrifiât sa vie pour défendre son peuple et la terre de ses ancêtres. « Tous les indices mythologiques » (Malek Ouary) me font penser que ces différents héros ne sont peut-être qu’un seul et même homme : le grand roi amazigh Jugurtha (Yugurten).

Comme beaucoup d’Anciennes et d’Anciens, Mère Awicha était malheureusement partie sans nous avoir révélé tous les secrets de ces récits mythologiques qui nous auraient davantage confortés dans cette démarche scientifique qui rapproche la mythologie et l’histoire des Berbères, car, selon Claude Lévi-Strauss, « La pensée mythique édifie des ensembles structurés… grâce au langage. » (In, La pensée sauvage, Plon, 36).

YENNAYER ANAYER 2969, A YEMMA D YEMMA AAWICHA !

YAKW

D TILAWIN TIMAZIGHIN ANDA MA LLANT !

————————-

 

[1] Youcef ALLIOUI, Histoire d’amour de Sheshonq 1er – Roi berbère et Pharaon d’EgypteTamacahut n Ucacnaq d Mira, Agellid amazigh, Bilingue berbère-français, L’Harmattan, collection « Présence berbère », 196 pages.

[2] J’ai été frappé par leur étonnement doublé d’admiration devant un kabyle en quête de son histoire à travers la littérature orale berbère

[3] Prénom qui signifie « Survivre » (Yidir) qui est donné aux enfants fragiles pour des raisons prophylactiques. Il en est de même des prénoms « Arabe » (Aerab), « esclave » (Akli) que l’on donne également pour les mêmes raisons et pour conjurer le mauvais œil.

[4] Comme en témoigne un poème d’elle que ma mère nous a rapporté.  

[5] Cette ethnologue écrit que le mot « amour » (lehmala) n’existe pas en Kabyle ! « Mieux encore ! » : elle avait écrit que « Avec l’âge, la femme kabyle n’acquiert ni savoir ni sagesse. Je me rappelle de l’attitude outragée de ma mère quand je lui fis part d’une telle sottise : elle faillit s’étouffer d’indignation ! Et elle me répondit avec un dicton qui en dit long : « La chienne qui aboie compte sur les parents ! » En clair, sur la complicité des Kabylies eux-mêmes !

[6] Yidir le jeune (Yidir Amectuh) tomba au champ d’honneur à l’âge de 20/21 ans face aux troupes de « Bugeaud le Boucher » ( Beccu Agezzar) comme l’avaient surnommé les femmes kabyles de la Soumam ; dans la bataille des collines (Amennugh n Tewririn – 1850) dans l’Arch des Awzellagen.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :