Publié par : youcefallioui | novembre 29, 2019

De la guerre d’Algérie, du Hirak et des racistes anti-kabyles et des Kabyles qui ont honte de leurs origines…

AFIN QUE LES RACISTES ARABES SACHENT CE QU’EST UN KABYLE NOBLE ET FIER

AFIN QUE LES KABYLES COMPLEXES ET ALIENES N’AIENT PLUS HONTE DE LEURS ORIGINES NOBLES ET ETERNELLES

 

 TOUTES LES LARMES DE NOS MERES…

 Parole de ma grand-frère Ferroudja : « Un Kabyle qui oublie, mets-le sur un tas de fumier ! » (Aqvayli ur necfi, xas awi-t s-agudi !)

 LA NUIT DES OGRES…

 J’étais enfant quand des étrangers – parlant une langue « étrange et méchante » – comme disaient les femmes kabyles – firent irruption dans ma vie…  Ils étaient forts en gueule mais aussi en armes quand ils firent intrusion dans notre village.

C’était un beau matin du mois de juin. Nous fûmes réveillés très tôt par des éclats de voix innommables, des aboiements de chiens  et des coups sourds sur les portes. Nous étions encore au lit ; une natte posée à même le sol près du kanoune où, la veille, ma mère nous avait raconté le mythe de l’ogresse qui avait inventé la guerre.  J’ai fini par comprendre que la guerre servait à des gens – souvent étrangers – d’envahir des pays qui ne sont pas les leurs  afin d’accaparer – comme a fait l’ogresse – les terres et les richesses. Pour cela, ils finissent par tuer ceux et celles qui résistent… « Au nom de quoi vous venez occuper notre terre, vous emparer de nos biens, brûler nos arbres et nos récoltes, tuer nos enfants et commettre sur nous les pires barbaries ? »

Face à une position aussi puérile, les étrangers ricanaient : ils étaient plus forts et, à leurs yeux, les forts avaient le droit d’envahir, de dominer, d’exproprier et de tuer les plus faibles qui osent se révolter.

L’enfant que j’étais avait fini par comprendre que mon village et les villages de mon Arch avaient pris les armes  pour se défendre contre ces étrangers qui nous avaient envahis. C’est également ce qu’avaient fait tous les autres Archs kabyles…

Mais mon Arch eut l’audace de donner protection aux résistants kabyles qui avaient décidé de se réunir en congrès – le congrès de la Soummam – afin de mieux combattre ces envahisseurs qui devenaient de plus en plus méchants…

Ce matin du mois de juin 1958, les étrangers nous avaient réveillés brutalement pour nous signifier leur mécontentement. Ils avaient donc décidé de punir mon Arch qui osa, selon eux, protéger les résistants qui avaient organisé le Congrès de la Soummam.  Mon père nous avait expliqué qu’ils avaient écrit tout ce qu’ils devaient faire pour que l’Algérie recouvre sa liberté…

Nous étions donc encore endormis quand ogres, ces étrangers défoncèrent notre porte. Ils pénétrèrent brutalement dans le salon avec des chiens… Et ils marchaient à même leurs grosses chaussures noires sur nos couvertures et nos draps…

Ils nous criaient dessus tellement fort en donnant des coups à mon père ! Tout comme mes frères et sœurs, j’avais mal par la peur. Mon père faisait de son mieux pour nous rassurer ; il nous répétait la même phrase :  » N’ayez pas peur, les enfants ! N’ayez pas peur, les enfants !

 UNE LANGUE et des hommes VENUs D’AILLEURS…

 Les méchants étrangers nous avaient rassemblés sans ménagement – comme on rassemble du bétail – à coups de bâtons et de crosses de fusil… Les retardataires avaient droit aux coups de crocs des chiens… De beaux chiens pourtant ! Avec des gueules allongés et des oreilles dressées !

Nous fûmes rassemblés dans le bas du village (Agwni). J’étais aux côtés de mon père dont je ne voulais pas lâcher la main. En criant toujours plus fort, les étrangers qui pointaient leurs armes sur nous décidèrent de séparer les hommes de leur famille. Quand mon père me lâcha la main pour rejoindre le groupe d’hommes de mon village, j’étais paralysé par la peur. Il alla se ranger du côté des hommes, et son pâle sourire ne réussit point à nous rassurer…

Je regardais le ciel… et je me mis à détester cette ogresse qui eut l’idée d’inventer la guerre. Je me disais que sans elle, nous aurions continué à vivre tranquillement et heureux dans notre petit village niché sur les hauteurs de la Vallée de la Soummam.

Le chef des étrangers s’avança et s’adressa à nous dans sa langue. Un harki traduisait en kabyle. « Vous les Kabyles, vous avez décidé de nous combattre… des rebelles se sont réunis sous la protection des villages de votre « tribu »… Nous avons donc décidé de vous punir : Vous avez une semaine pour quitter votre village car nous allons le détruire ! Nous avons construit des camps de regroupement dans la vallée où vous devez vous y rendre sans vos animaux domestiques ! »

dans tous ce que le Harki avait traduit, je n’ai compris qu’une chose : que nous Kabyles étions contre ces étrangers ! Je n’ai pas vraiment compris le reste : qu’ils allaient détruire notre village ; qu’ils allaient détruire la maison où je suis né…

C’était au mois de juin 1958.

 ETRANGERS SUR NOTRE PROPRE TERRE

 Mon village dût vendre ses bêtes (à moindre prix) sur les souks des autres Archs – At Weghlis, Illoulène-ou-Samer, At Ziki, At Yedjer, At Yahia… Mon père ne put conserver que le mulet pour transporter nos petites affaires vers le village de Tazroutz, où mon grand oncle Ahmed nous accueillit. C’est de ce village que nous avions assisté à la destruction de notre village. Il y eut d’abord les avions qui bombardèrent les maisons ;  puis des soldats vinrent pour terminer la destruction des maisons dont les murs tenaient encore debout : comme la nôtre que mon père venait juste de reconstruire avec des matériaux neufs et modernes. Nous avions compté le nombre de mines qu’il avait fallu pour venir à bout des murs de bétons et de ferrailles : il en avait fallu 9 mines en tout !

A chaque explosion, ma mère sursautait de tout son corps comme si c’était son propre coeur qui venait d’éclater en mille morceaux. Elle gémissait telle une bête blessée en répétant doucement : « Ô ma maison chérie ! » (Ay axxam-iw aâzizen !)

Mon père ne disait rien. Il était plongé dans un mutisme total ; mais il n’oubliait jamais de nous prendre la main pour nous rassurer… Comme si le pire était encore à venir !

Quelques semaines passèrent. Des journées qui avaient permis les moissons et la cueillette des figues sous le contrôle des soldats français. Car Tazroutz était un poste avancé de l’armée française.

 

LE HARKI… CE N’EST PAS TOUJOURS CELUI QUE L’ON CROIT…

 Un matin… nous revîmes le même scénario que celui que nous avions déjà vécu dans mon village : intrusion matinale des soldats ; des cris, des aboiements et des coups ! Nous fûmes rassemblés sur la place au-dessus du village. Et là, l’officier français nous apprit que le fils du Caïd (Sadek Méziane) venait d’être assassiné par celui-là même qu’il avait élevé ! Sadek Méziane s’était porté garant pour que l’on arrête la destruction  des villages de mon Arch. Avec son assassinat, c’était la destruction totale de tous les villages qui a aussitôt été programmée !

Quelques jours après, mon père demanda asile à une famille de sa connaissance du village Ighil Wemsed de l’Arch  des Illoulène – ou-Sameur. Une maison nous fut attribuée : une maison traversée en son milieu par une rigole d’égouts à ciel ouvert ! Nous étions aussi choqués que le jour où nous fumes chassés de notre village !

Il était une chose qui me rendait encore plus triste dans ce « village étranger » : les autres enfants refusaient de jouer avec moi… Pire encore, quand je m’approchais d’eux,  ils se comportaient comme si je n’existais pas !

Je détestais chaque jour un peu plus cette ogresse (Tseryel) qui avait inventé la guerre !

A cause d’elle, la guerre nous avait tout pris : notre village, notre maison, notre terre, nos arbres et nos bêtes…

Tout avait basculé dans un flot d’horreurs et de tristesse…  Mon père qui aimait rire ne riait plus. Ma mère qui aimait chanter ne chantait plus… même les oiseaux ne chantaient plus… Ils ne volaient plus…  le ciel et les forêts étaient déchirés par les avions qui larguaient leurs bombes sur les champs d’oliviers et les villages désertés.

Juste quelques rares soirées où ma mère osait nous dire un conte ou deux… pour oublier les horreurs de la guerre (disait mon père, bien des années après la guerre).

Notre montagne, le Djurdjura oriental et l’Akfadou, nos villages et nos terres étaient devenus « Zone interdite »… 

Nous étions démunis de tout, même du simple bonheur de vivre… Plus de chants, plus de jeux, plus de contes merveilleux aux formules magiques et rassurantes… N’envahissait nos rêves, je veux dire nos cauchemars, que cette terrible ogresse… Plus de formules où il était question de joie et de lumière… Plus de formules qui faisaient rire le vent, la montagne et la nuit… Plus de formules près du kanoune enchanteur, témoin d’un bonheur fragile… qui venait de la nuit des temps.

Il était une fois… Il était une fois la guerre et ses horreurs.

Nous savions d’où nous venions, mais nous ne savions plus où aller. Nous venions d’un paradis qui nous était désormais interdit…

 Nous étions des étrangers sur notre propre terre…

 AU NOM DE LA LIBERTE

 1958 – 2019 – 60 ans après… 60 ans après et des Berbères arabisés déploient encore leur haine et leur racisme vis-à-vis des Kabyles !

 52 ans après, notre maison et toutes les autres des quatorze autres villages des Awzellaguen sont toujours en ruines. De guerre lasse ( !), certains ont fini par remettre debout la maison où ils sont nés. Ce n’est pas encore mon cas.

 Après avoir surmonté les épreuves et transformé notre grange située dans la vallée de la Soummam pour nous accueillir, mon père se mit à travailler les terres que nous y avions au grand bonheur des centaines de veuves et d’orphelins… Au lieu de profiter pour s’enrichir – comme d’autres le firent –  mon père distribuait gratuitement aux veuves et aux nécessiteux de notre Arch, fruits, légumes et céréales.  En 1960, ma mère eut même l’amère surprise de constater (un peu tard) que mon père avait distribué les céréales habituellement conservées pour les semences ! Il répondit simplement : « Je ne peux refuser aux veuves – dont les hommes sont au maquis pour la liberté de l’Algérie – un peu d’orge et de blé ! » Il avait également bien nourri les maquisards. Peu d’entre eux – parmi les survivants – s’en souviennent aujourd’hui ! Il y’en a même qui adoptent envers nous une attitude méprisante voire indifférente ! Ce ne sont évidemment pas « les maquisards de la liberté »  qui, pour la plupart, avaient laissé leur vie sur le champ d’honneur. Que non ! Ces sont les petits parvenus que l’on ose encore appelés « les militants de la première heure », des opportunistes en tout genre qui ont vite oublié les temps où ils frappaient à notre porte en pleine nuit, tremblotant de faim et de froid, pour réclamer un plat de couscous agrémenté de viande que ma mère conservait exprès pour eux ! A cause d’eux et de voisins indélicats, notre maison était à chaque fois envahie avec violence par les  militaires français… Ils cassaient tout sur leur passage.

 LA VALLEE DE LA SOUMMAM N’A JAMAIS ETE AUSSI ACIDE

 Juin 1959, mon père à ma mère : « Je suis convoqué par le commandant de la SAS d’Ighzer Amokrane pour reconnaître les martyrs qui ont été abattus par l’armée française… Ils sont exposés au stade… ».

Je tenais à accompagner mon père… Les combattants kabyles étaient adossés au mur qui séparait le stade de la caserne… Ils avaient tous de grandes blessures… Ils étaient pleins de sang partout et les vêtements déchirés… des jambes cassées ; des poitrines écartelés ; des têtes fracassées ; des yeux exorbités… Je tremblais de tout mon être… Mon père m’entoura de son burnous et me ramena chez mon oncle Arezki dont la maison n’était pas loin…

Mon père était chargé par les gens du village pour reconnaître les maquisards abattus par les militaires français… Afin d’éviter que la répression ne s’abattent sur les hommes et les adolescents de la famille du martyr, mon père eut l’idée de choisir à chaque fois une famille qui n’avait plus d’homme et d’adolescent… Ce qui n’empêchait pas la famille du combattant tombé au champ d’honneur d’assister aux funérailles… Cette ruse de mon père mettait à l’abri la propre famille du maquisard, quand celle-ci avait encore des hommes et des adolescents en âge de combattre…

 Une nuit encore et encore ! Les militaires furent informés rapidement par quelque traître – devenu probablement aujourd’hui « militant de la première heure » -, les militaires français arrivèrent quelques minutes après que les maquisards aient quitté notre toit après s’être bien restaurés d’un couscous à la viande séchée… Il faut aussi que mes lecteurs et lectrices sachent que la viande de l’Aïd et autres étaient conservée pour nourrir les maquisards !

 Ce soir-là encore, les militaires avaient tout cassé, notamment les ustensiles, encore chauds, dont s’étaient servis les moudjahidines.

 MON PERE, CE GRAND HEROS QUI DISAIT : « Qu’ai-je donc fait pour mériter les honneurs de l’Algérie, à laquelle je dois ! »

D’autres n’avaient rien fait… Et ils ont eu tous les honneurs !

 Les militaires attachèrent mon père à la porte cochère en le  suspendant entre ciel et terre. Ils pointèrent sur lui une puissante torche électrique et commencèrent à le torturer ! Ils lui cassèrent le nez, les dents et les côtes… (Depuis, il avait toujours porté une sorte de sarcophage poitrinaire pour tenir debout ! Il est mort avec le côté gauche paralysé et la plupart de ses os brisés !)

 

Grâce à un harki – qu’il avait aidé dans son enfance alors qu’il était orphelin, mon père fut admis (quand même) à l’hôpital d’Akbou où il fut admirablement soigné[1]. Il revint à la maison plusieurs mois après… Et cela recommença encore et encore ! Une autre fois, ce fut à la mort de notre voisin et ami Si Lhadj Amar Ijenqalen qui fut abattu non loin de chez nous. Les militaires avaient décrété un couvre-feu en plein jour – C’était quelque chose d’inimaginable : on entendait la vallée de la Soummam retenir son souffle. En entendant les coups de feu, mon père comprit vite qu’il s’agissait des balles qui étaient tirée contre Si Lhadj Amar. Méprisant les ordres de l’officier français, il dit à ma mère : »Ils viennent de tuer Si Lhadj Amar, je m’en vais le ramener chez lui ! » Malgré les supplications de ma mère, il ne l’écouta point.

Au mépris de l’interdit, mon père partit ramener la dépouille de l’ancien résistant chez lui ! A son retour, l’officier français, qui l’attendait dans la cour de notre maison, lui dit en ricanant : « Alors, on va au secours des terroristes !? Tu seras passé sous le peloton d’exécution demain matin à l’aube ! » Cette fois-là encore, mon père échappa au peloton d’exécution. Mon père se présenta au poste militaire, comme prévu, à 3 heures du matin au lieu de 5 heures comme avait demandé le capitaine. Quand il arriva à Ighzer, il tomba nez à nez avec l’officier qui faisait sa ronde. Etonné de voir mon père si tôt, ce  dernier lui dit : »Retourne avec tes enfants, c’est le jour des fous aujourd’hui ! Je ne vais pas t’exécuter. Mais je sais que tu me  donneras bientôt une autre occasion  de le faire ! »

 

GUERRE ET PSYCHOLOGIE

 J’ai mis longtemps à comprendre la stratégie psychologique de l’officier  français… Mettre la peur dans le cœur de mon père afin d’arriver à faire de lui ce qu’il voulait ! Mais mon père ignorait la peur, surtout cette peur là ! Malheureusement, bon nombre d’Algériens finirent par plier devant ce travail de sape psychologique !)

Quand mon père revint, nous nous sommes sentis – encore une fois ! – revivre ! Nous étions morts ô combien de fois !

La nuit où nous accueillîmes encore quelques affamés – aujourd’hui oublieux et indifférents :  Cheikh Lâaziz, Teyyeb Hmed Oulbachir Bouzidi, Mohand Iawchalen, etc. A peine nous avaient-ils quitté que des coups violents s’abattaient contre notre porte ! Et ils emmenèrent mon père dans la nuit, après l’avoir brutalisé.

Le lendemain, les militaires revinrent avec mon père et se dirigèrent sous nos yeux effarés vers le fleuve Soummam non loin de chez nous. il n’avait plus  ses vêtements : ils lui avaient fait endosser un treillis militaire et une casquette de soldat pour l’humilier d’abord avant de le torturer. Arrivé au bord du ravin qui surplombait le fleuve, ils l’attachèrent avec une grosse corde, comme un animal dangereux. Pour le faire parler,  ils le jetaient du haut du ravin dans la Soummam en crue ! Quand ils retiraient transi de froid, ils le ruaient de coups à n’en plus finir… !

 Nous entendions ces gémissements et ses cris de la maison. Nous subissions  les mêmes souffrances, voire davantage… C’est pour cela qu’à chacune de ses arrestations, mon père s’excusait auprès de nous en disant : «  Je vous cause bien des souffrances… mais dites-vous que l’Algérie en vaut la peine ! »

Je me souviens aussi du jour où nous revenions d’Alger. Mon père devait contacter quelqu’un à la demande – paraît-il – de Si Amirouche.  Quand nous descendions du train, les militaires nous attendaient. Un militaire lui porta un coup de crosse sur la tête et il tomba par terre. Alors que j’étais pétrifié, mon frère Mohand Rachid sauta sur le militaire et le frappa au ventre de toutes ses forces. Ce dernier jeta mon frère par terre. Alors qu’il allait lui porter un coup de pied au sol, l’officier l’arrêta en lui criant dessus : « On ne frappe pas les enfants ! »

 ENCORE LA PRISON D’AKBOU ET LES TORTURES

 Nous lui rendîmes visite à Akbou. Mais, un harki « bienveillant » chuchota quelques mots à l’oreille de ma mère… Mon père a été torturé et il n’était pas en état de « nous recevoir ». Nous rentrâmes à pieds et les douze kilomètres qui séparaient Akbou d’Ighzer Amokrane n’en finissaient plus… Nous avions le visage brûlé par le soleil et les larmes… Je n’avais jamais pleuré autant de ma vie… Et le ciel refusait d’être clément !

 Pendant que mon père purgeait une peine de prison à Akbou, les militaires français vinrent se venger sur notre jardin en détruisant la récolte de fruits et de légumes. Normal : c’est ce jardin qui nourrissait les Moudjahidines, leurs enfants et leurs « veuves »…

 Dda Aamer At Wehrouche, Dda Mohand Waali At Haya… des hommes d’honneur…

 Ma mère nous disait alors – à mon frère et moi – d’aller raconter cela à l’ami de mon père, Aâmer At Ouahrouche – Ouahrouche Amar – alors directeur de l’école mixte d’Ighzer Amokrane. Ma mère était très intelligente : elle s’en doutait qu’il serait respecté par les chefs militaires français. Grâce à lui, pendant toute la durée où mon père était en prison, les militaires ne venaient que pour nous intimider : ils fouillaient sans rien casser.

 

POUR CEUX DES MIENS QUI SONT TOMBES… au champ d’honneur…

 J’ai toujours été sidéré par le courage de mon père. Je ne l’ai vu faiblir que lorsqu’il fut touché « indirectement  » dans sa chair et son âme :

– Les deux fois où ses deux frères, Vava Amar et Vava Arezqi, furent tués par les Français. Les deux autres fois où mes deux cousins – Mohand Tahar, Madjid et mon petit oncle Ahcène – furent également abattus au maquis. 

 

Tahar Amaazuz !

 Rien ne l’a jamais autant touché que la mort de mon cousin Mohand Tahar que mon père aimait par-dessus tout. Il était « son fils préféré »  ! Mon cousin et frère le lui rendait bien… Nous étions au jardin quand quelqu’un est venu lui annoncer la mort de « son fils préféré » : « Tahar le bien-aimé » (Tahar Amaazuz), comme il se plaisait à l’appeler. En entendant la nouvelle, mon père partit, sans se rendre compte, en titubant vers l’arrière avant de tomber  de tout son long à la renverse. J’ai crié en courant pour le secourir. Au bout de quelques instants il se releva et se mit à répéter : »Tahar le bien-aimé… « Tahar le bien-aimé… » Il me prit la main et me dit : « N’oublie jamais ! »

Mon frère Mohand Tayeb… Qui n’a jamais reçu de pension de moudjahid

Une autre fois où je le vis pâlir – je crois de peur – c’était quand mon frère Mohand Tayeb fut capturé par les militaires, avant d’être emprisonné dans un centre « psychologique » où la plupart des prisonniers ressortaient « harkis » : c’était à Ksar-Ttir près de Sétif.

Je l’avais surpris en train de dire à ma mère : « Si jamais il devient harki, je le tuerai de mes propres mains ! »

Ma mère lui répondit par un proverbe : « Les champs aux bonnes récoltes sont visibles ! » (Igran n ssava ttvanen !) Ce qui signifiait que mon frère saura résister à la torture et ne trahira jamais son pays. Ce qui fut le cas.  Mais… il n’a jamais demandé ni le titre, ni la pension d’ancien moudjahid ! A l’indépendance, il vint en France avec toute une cohorte de jeunes comme lui pour gagner sa vie… et peut-être la sauver aussi ! Car c’était le temps des règlements de compte où beaucoup d’innocents furent salis quand ils n’étaient pas éliminés physiquement. Mon père en savait quelque chose si quelques hommes honnêtes n’étaient pas à ses côtés…

 Les tristes sirs et tristes figures… 

 Je vais terminer par une autre « anecdote ».  Une nuit, je vis revenir « une triste figure », un homme dédaigneux que je n’aimais pas et qui venait souvent voir mon père. J’ai fini par comprendre qu’il venait prendre l’argent que mon père « ramassait » auprès des gens qui pouvaient payer pour aider le Front de Libération National dans sa lutte armée contre la France coloniale.

Il s’appelait Kaci At Lhadj (il était commandant). Après s’être bien repu du couscous et de la viande que ma mère avait spécialement préparé pour lui, il s’entretint un instant avec mon père dans la salle qui nous servait de salon. Mon père s’absenta un instant (sans doute pour lui rapporter l’argent qu’il avait caché dans la maison). Je ne dormais pas encore – je ne trouvais pas le sommeil. Je m’étais donc levé et j’étais entré dans le salon.  Je tombai nez à nez sur ce sinistre personnage. Il me prit violemment par le bras, s’accroupit à mon niveau et sortit un poignard qu’il pointa vers ma gorge en me disant d’un ton menaçant : »Si jamais tu dis à quelqu’un que tu m’as vu chez vous, je reviendrai t’égorger avec ce couteau ! » C’est à ce moment-là que mon père choisit de revenir.  Il eut le temps de tout entendre et surtout de voir le poignard pointé dans la direction de mon visage.

Je revois encore le visage bouleversé de mon père. Il prit à parti le « sinistre individu » et lui dit : »Tu vas sortir de chez moi immédiatement et si jamais tu remets les pieds ici, c’est moi qui te tuerais de mes propres mains, opprobre sur toi et ta descendance ! Nous sommes noble descendance et jamais il n’y aura de traitres dans ma famille ! »

Quelques jours après, mon père fut convoqué par Amirouche pour s’expliquer. Mon père savait qu’il n’avait rien à craindre d’un homme qu’il avait hébergé pendant plusieurs semaines – dans notre belle maison de la montagne avant qu’elle ne fût détruite –  lors de la préparation du Congrès de la Soummam. (Je me souviens encore d’une secrétaire qui tapait sur une machine à écrire au premier étage de notre maison).

Mon père revint le soir même… Nous étions rassurés de savoir qu’Amirouche nous protégeait de la vindicte de certains médiocres qui  tiraient avantage de leur position de maquisards pour s’adonner à de basses besognes et à des vengeances personnelles.

1962 –  ENFIN L’INDEPENDANCE !!!!

Dont nos dirigeants avaient oublié le mode d’emploi… Et Boumediene avait fini de tuer les rescapés kabyles de la guerre d’Algérie…

 1962 – A l’indépendance… ? Dont Boumediene et consorts avaient changé le mode d’emploi à leur convenance (pour paraphraser Fellag). Le dictateur tua bien plus de chefs historiques que la France coloniale !!

QUI A FAIT ????

 A l’indépendance, ma mère insistait auprès de mon père pour qu’il aille  se faire « reconnaître » comme  quelqu’un qui avait fait « quelque chose » pour son pays. Il refusa en disant : »Qu’ai-je donc fait, fille de noble…  ! ? »

A sa mort, ma mère voulut encore que le  combat juste et noble de son mari soit au moins reconnu.
Elle me disait : « Je ne veux ni argent, ni voiture, ni tracteur, ni aucune autre récompense d’autres se prévalent aujourd’hui même certains  qui méritent la corde ! Je veux juste que les nombreux sacrifices de ton père soient reconnus ! »

Un notable (très bien placé) de chez nous à qui elle  demanda son appui lui rétorqua : « Je ne vois pas ce qu’il a fait ! » Normal, puisque lui était caché en Tunisie !

Ma mère revint à la maison en larmes en me disant : »Ton père avait tout perdu : ses frères, ses neveux, ses enfants étaient en prison, ses oncles, ses biens, sa maison, sa santé… que  de tortures il avait endurées !  

Que  de  tortures avions-nous endurés pour m’entendre dire par un  planqué : « Mohand Améziane Ouchivane n’avait rien fait ! » Ton père avait raison qui disait : « Fais quelque chose pour l’Algérie et crache sur les pourceaux ! »

 TU DEVIENDRAS RICHE… SI TU TRICHES ! POUR NOUS AUTRES, C’EST LA PRISON, LA MORT OU L’EXIL… Et nos maisons sont toujours en ruines !

 Beaucoup se sont enrichis. Beaucoup ont eu les honneurs, les voitures, les tracteurs et les pensions… Il y en a même qui sont érigés en « héros de la république »… Et ils touchent une retraite faramineuse (300 000 Dinars par mois !) sans compter les à-côtés… 

Beaucoup marchent fièrement dans la rue alors qu’ils devraient baisser les yeux… et se cacher ! Beaucoup se  disent aujourd’hui (et sont désignés comme tels) « militants de la première heure » !

Je pense souvent à ceux qui, comme mon frère, à l’indépendance, avaient fui en France pour sauver leur vie… Et la gagner aussi !

Et nous (et nos semblables) ? Nous habitons toujours la vieille maison de mes parents : dans la vieille grange transformée en abri de fortune quand notre grande et belle maison aux deux étages fut détruite en 1958 par l’armée française !

Quand j’arrive de France et que je monte dans mon village natal – Ibouzidène – et que je vois les ruines de la maison où je suis né… Quand je visite les 14 autres villages, je ne vois que des ruines !

Mue par une naïveté naturelle, ma mère voulait que j’écrive  au président de la république algérienne pour lui réclamer justice… Justice  pour mon père et ses semblables, justice pour ma mère et ses semblables ; justice pour mes frères et sœurs et leurs semblables ; justice pour les enfants kabyles ; pour l’enfant que j’étais et qui revoit encore toutes les horreurs de  la guerre d’Algérie dans ses cauchemars. J’avais bien  souvent commencé la lettre avant de mettre en boule la feuille de papier et de la jeter à la poubelle…

 LE CIMETIERE DES MARTYRS LE PLUS GRAND D’ALGERIE

 IGHZER AMOKRANE… 1816 martyrs en 1962, dont le nombre n’a pas cessé de diminuer au fil des ans, car la Wilaya de Vgayet ne nous fournit qu’une liste de 700 martyrs !

 Quand je monte au village (Ighzer Amokrane) et que je rends visite à ceux des miens qui sont tombés au champ d’honneur, beaucoup de noms, de sépultures manquent… Car, « faute de places », on les avait enfouis dans des tombes collectives ! Autant dire qu’on les a tués une seconde fois ; mais cette fois-ci de la manière la plus odieuse, la plus sinistre !

Je passe des nuits blanches à penser… à toutes les souffrances que nous avions endurées pour que  l’Algérie soit indépendante. Je pense à tous ces visages… Parmi eux, celui si beau de Ddada Mohand Tahar, toujours souriant, toujours défiant la mort dont les paroles nous faisaient pleurer : « Je suis sûr que je ne vais tarder à tomber, disait-il… Mais, quel bonheur ! Quel honneur de tomber au champ d’honneur pour la liberté de l’Algérie ! »

J’entends encore mon cousin Madjid dire, au grand dam de tous : « Je sais que je ne vais pas tarder à tomber sous les balles des Français ! » Ces mots étaient toujours dits avec un grand sourire… Pour ces combattants, la mort était considérée comme la récompense des hommes d’honneur… Et le champ où ils furent tombés à la fleur de l’âge était si grand, si immense ! Seules nos souffrances et les larmes de nos mères étaient à la mesure de ce champ de blé dont la récolte ne refusait aucun sacrifice.

 LA VOIX DE DADDA MOHAND TAHAR…

Quelque chose – une petite voix, celle de dadda Tahar où se mêlait celle de mon père – me disait à chaque fois : « A quoi bon ! Continue d’aimer l’Algérie comme l’ont aimée les tiens et tes ancêtres – (de Gaya à Massinissa, de Juba I à Jugurtha, de Takfarinas à Cheikh Aheddad et El Mokrani, de Abdelkader At Ali (Bou-Beghla) à Zehra Uvavur, fauchée par les mitrailleuses françaises avec une vingtaine de ses fidèles compagnes de combat dès 1838, Lalla Fadhma n Soumer, de Amirouche à Abane Ramdane – et garde bien cet amour dans ton cœur pour qu’il demeure à jamais propre et sans tâches… Au nom de la liberté. Au nom de la liberté de l’Algérie pour laquelle tant d’hommes et de femmes sont tombés ».

Mais je pense toujours à ce grand monsieur qu’était mon père. Ce héros, ce « mendiant superbe », ce chasseur de lumière,  modeste, généreux à l’excès, au courage inébranlable qui disait à un officier français qui pointait son arme sur lui  : « Vous pouvez tirer, je suis heureux de mourir pour l’Algérie ! »

 MON PERE – LE RESISTANT SUPERBE

 S’il y avait un homme qui avait vécu toute sa vie en partageant ce qu’il avait ; en donnant aux pauvres ; en se portant au secours des plus faibles, des femmes et des enfants ; s’il y avait un homme qui mettait l’honneur et la parole donnée au-dessus de toutes les valeurs ; s’il  y avait un homme qui était convaincu que son pays – auquel il portait un amour démesuré – l’Algérie, se devait d’être une contrée de bonheur et de lumière, de savoir et de liberté, cet homme fut sans nul doute mon père, Mohand Améziane Ouchivane Allioui.

Pour la morale de ce combat au nom de la Liberté – d’une certaine idée de la liberté – , il me disait simplement : « Ne pleure pas ! Mais, n’oublie jamais ! » (Ur ttru ! Ur tettu !)

 Je ne pleure plus et je n’oublie pas ! Et que dire face aux racistes anti-kabyles qui étaient terrés tranquillement chez eux dans les villes ? Que dire face à ces serpents venimeux qui veulent laver leur ignorance, leur lâcheté, leur trahison et leur veulerie et leur indignité en s’attaquant aux Kabyles, peuple libre et à jamais noble et fier !

Un peuple à la devise qui vient du temps de l’éternel Jugurtha : « Mille fois nous reviendrons ! Mille fois, nous vaincrons ! »

 

[1] Saluons aussi, au passage, la mémoire d’un grand médecin, Ali Awedjhane, qui se voua corps et âme pour aider autant que faire se peut ceux et celles qui, comme mon père, étaient meurtris par les tortures. Nombreux et nombreuses ceux et celles qui succombèrent. Mon père n’arrêtait pas de raconter le calvaire de cette femme enceinte qui partagea sa cellule en décembre 1958 e qui succomba le bébé dans son ventre !


Responses

  1. Bonjour, et merci à vous d’écrire de si belles pages sur cette Kabylie, que je suis obligée de lire en plusieurs fois tant mes yeux se brouillent d’émotion. Continuer

    • Ma chère Marie France,
      Votre message me touche au plus profond de mon cœur. Je vous remercie infiniment d’avoir ces larmes qui me rappellent celles de ma mère et de ma grand mère et de beaucoup d’autres qui n’avaient plus de larmes tant elles en avaient versées !
      Avec tout le respect qui m’habite.

    • Chère madame,
      Votre message me va droit au cœur et je vous en remercie. Il ira sans doute aussi droit au cœur de tous les Kabyles qui avaient connu ces moments de larmes et de sang. J’ai écrit cela d’une seule traite. A dire vrai, sur un coup de colère après avoir lu ici et là toute cette haine des Algériens qui se disent Arabes (exit. un certain Abdeslam KADI qui avait écrit que « la Kabylie était une mythologie inventée par la France ! » (In El Watan, 2004). Que dire devant tant de sottises ; que dis-je ? Devant tant d’âneries !? Il est écrit dans la mythologie kabyle à peu près ceci : « Il n’ y a rien de pire qu’un Amazigh qui a perdu son identité et qui se complaît dans une autre que l’histoire lui avait endossée par la force des années et de l’ignorance dans laquelle il a toujours vécu, après avoir perdu sa langue d’origine qui fait sa véritable identité. Si ce triste sir parlait kabyle ou tamazight, il aurait sans doute compris que Kabyle (Aqvayli) vient d’un mot très important qui signifie « confédération ». Car Kabyle signifie « Confédéré » de Taqvilt et non pas de Qabila, tribu en arabe : c’est un fait stochastique courant en linguistique que des mots de deux langues différentes se côtoient dans la confusion comme on confond souvent des mots amazighs en leur attribuant un sens arabe ! En kabyle, la tribu se dit « aderwal ». Cet ahuri, tout comme les autres auraient compris que si la France coloniale avait fait de la Kabylie un mot magique, mythique et mythologique, c’est par « les combats de géants » (l’expression est d’un colonel français – St Arnaud, que Victor HUGO, en son temps, qualifia de chacal – dont les troupes étaient face aux résistants kabyles dès 1830). Cet ahuri aurait également compris que Berbère n’est pas un exonyme, mais une déformation du mot kabyle (Verver), car ce lexème était à la fois un prénom ancien kabyle et un toponyme, un col montagneux encore « vivant » et fort connu (Tizi n Verver) déformé à la fois par l’usage de la langue arabe – langue abjad dépourvue de voyelles et notamment du /e/ et de l’usage du français qui ajouta à la confusion, faute de consonnes emphatiques apîcales alvéolaires à battement sonores (cf. le chantre de la culture berbère, feu Mouloud Mammeri, Poèmes kabyles anciens » qui parle de Verver).
      Mais, que dire de ces Berbères arabisés qui crachent en l’air et qui semblent ignorer que le crachat retomberait sur leur figure !

      Pardonnez cette longueur ! Je vous renouvelle mes profonds remerciements et vous prie de trouver ici mon plus profond respect.  » Que le Souverain Suprême vous garde et vous ouvre les porte de la lumière ! » , comme nous disons en kabyle (A-kem Ihrez Ugellid Ameqqwran, Yelli-yam tiggura n tafat !)
      Conclusion : Il fallait donc 130 ans de résistance acharnée au colonialisme pour que des ahuris et des abrutis en tout genre osent écrire que la Kabylie est une mythologie inventée par la France. C’est certes une mythologie ; mais, elle vient de L’Eternel Jugurtha lequel, en son temps, lutta de la même façon que les Kabyles, ses valeureux héritiers et enfants, contre l’impérialisme romain.

      Devise de Jugurtha : « Mille fois, nous reviendrons ! Mille fois, nous vaincrons ! » Et il viendra un temps où ces abrutis chercheront en vain après nous. Car, il est inscrit dans notre mythologie : « Ceux qui nous ont méprisés chercheront en vain après nous ! » (Kra gw-id igh ighunzan, ad agh cedhin !)

  2. Que d ignorance et de déni de sa propre culture !
    Et de là , précisement , resultent tous les propblémes actuels d identité , d aphasie historique et d aliénation que nous connaissons et dont nous subissons encore les affres aujourd’hui chez nous .

    IL EST TEMPS D EXPLIQUER ENCORE ET ENCORE , faire decouvrir et apprecier ces racines uniques , ces origines nobles et séculaires , et tout ce qui aurait du nourrir tout algérien …. si ce n était les mauvais choix opérés (incon? ) – sciemment !!

    Mais la vérité reprend TOUJOURS le dessus , et meme dans la douleur nous ferons re-vivre et connaitre cette Culture et cette Histoire phagocytées par celle des autres occuppants .

    Avec toute ma reconnaissance pour ce plaisir et cette émotion que vous nous offez à chaque lecture : c’ est splendide et tellement gratifiant !

    Que Dieu vous garde encore longtemps pour nous inchallah .

    • Azul a Tasedna,
      Je vous remercie pour votre message et vos encouragements qui me vont droit au cœur !
      Je rends juste hommage à mes parents et aux anciens de mon Arch… J’espère que là où ils sont, ils se montreront magnanimes avec moi… Car, comme vous le savez, la vérité est parfois difficile à dire et encore davantage à revivre !
      Je vous remercie pour votre message et vous souhaite tout le bonheur du monde.


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