Publié par : youcefallioui | février 6, 2022

Le syndrome de l’autochtone

LE SYNDROME DE L’AUTOCHTONE OU LE DRAME DE LA PERTE DES ORIGINES

Le cas d’une certaine Hafsa Kara Mustapha… Qui n’a pas dit son vrai nom…

« Quand on dit que l’Algérie est composée d’Arabes et de Berbères, c’est faux ! Les Algériens sont des Berbères plus ou moins arabisés. » Ahmed Taleb Ibrahimi[1]

« Depuis le maghrib El aksâ jusqu’à Tripoli, pour mieux dire, jusqu’à Alexandrie et, depuis la mer romaine (mer méditerranée) jusqu’au pays des noirs, toute cette région est habitée par la race berbère et celui depuis une époque dont on ne connaît ni les événements antérieurs ni même le commencement ». Abderrahmane Ibn Khaldoun[2]

« Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Puis, quelqu’un d’autre leur écrit d’autres livres, leur donne une autre culture, leur invente une histoire. » Milan Hübl[3]

Malheur aux Kabyles ! Car ils ne tombèrent pas dans le piège qui consistait à les opposer à « leurs frères berbères arabisés ». Par-delà l’Algérie, et ce n’est un secret pour personne, les Kabyles restent très attachés à toute la terre berbère. Il suffisait de se pencher sur la seule histoire de la province de Bougie pour en être persuadé. L’historien des Berbères, Ibn Khaldoun, écrivait déjà en son temps : « Les Zouaoua étaient les alliés fidèles de la tribu Ketama depuis le commencement de l’empire fatimide ».

Les généraux français se dirent alors qu’il fallait agir sur la Kabylie-même. On observa alors l’étendue de son territoire pour mieux agir. « On commença par distinguer deux régions administrativement différentes qui furent la Kabylie de la province d’Alger et les Kabylies de la province de Constantine » (Ageron, 1980 : 38).

« Mais ce souci bien français de clarté et d’unité auquel avaient répondu Hanoteau (général) et Letourneux (conseiller à la cour) était en contradiction avec la nature des choses. L’arc du Djurdjura vient en effet s’insérer dans l’ensemble kabyle, socialement et linguistiquement homogène et il le divise en deux régions que l’histoire a souvent opposées. L’une regarde vers l’Algérois, l’autre vers le Constantinois. C’est nous qui avons dénommé la première Grande Kabylie, la seconde Petite Kabylie ; mais comme tout ce pays de montagne très cloisonné, nous avons encore été amenés à distinguer en Grande Kabylie une Basse et une Haute Kabylie, en Petite Kabylie un secteur de la Soummam et un autre du Guergour[4]».

La France coloniale ne pardonnera jamais aux Kabyles leur résistance acharnée et leur refus catégorique d’adhérer à la politique de division pour régner ; « la fameuse politique berbère » qui fait encore les choux gras de quelques ahuri(e)s dont le discours haineux dévoile leur pensée en stéréotypes, qui réifie, dépersonnalise en jouant sur la haine et la jalousie que certains éprouvent à l’égard des Berbères et notamment des Kabyles.

Ces derniers temps, les stigmates de ce syndrome atteignent des proportions jamais observées auparavant : depuis l’indépendance de l’Algérie. Nous avions connu une haine qui se déversait contre le chantre de la culture berbère, Mouloud Mammeri et l’assassinat de beaucoup d’autres, journalistes, écrivains et hommes de conviction et de vérité. Mais, jamais nous n’avions connu ces manifestations haineuses de la part des femmes algériennes. C’est un fait nouveau fort inquiétant ! Après une certaine N.S. qui déversait sa haine sur les Kabyles, d’autres lui emboitèrent le pas avec un discours fangeux, mais « qui semble structuré aux yeux et aux oreilles de certains néophytes ».  Dans ces discours maladifs et intolérants, le racisme et l’insulte accompagnent la harangue de mensonges auxquels seuls les spécialistes de la schizophrénie et de la réification peuvent apporter une réponse.

Il en est ainsi d’une certaine Hafsa kara Mustapha qui revient sur la thèse récurrente du « Berbérisme créé par la colonisation » ; mais qui va plus loin dans le mensonge et l’insulte, comme jamais quelqu’un d’autre ne l’avait fait auparavant. Se jouant de la crédulité des jeunes issus de l’émigration et aboyant sur les ondes d’une chaine dite « radio sur YouTube », madame Hafsa nous replonge brutalement, et ne pesant point ses mots (maux), plus de 60 ans après l’indépendance de l’Algérie, dans les méandres de l’accusation habituelle et surannée contre les Kabyles. Le temps s’y prête : le mensonge volontaire et haineux contre les Kabyles et les Berbères en général, la dénonciation et la mystification consciente et inconsciente portée par la haine de l’autre : le Berbère, l’Amazigh dont elle sacrifie une partie de sa noblesse. Car, qu’elle le veuille ou non, elle est aussi Berbère que ceux et celles qu’elle insulte ! Je conseille à madame Mustapha de faire une analyse de son ADN. Je parierai tout ce qu’elle voudra, qu’elle est aussi Berbère, Kabyle que ceux et celles qu’elle insulte avec véhémence et sans retenue ! Ses allégations mensongères sont condamnables par la justice. Malheureusement, la famille des Aït Mokrane a été décimée par l’armée coloniale. Il reste de cette famille royale quelques survivants qui ont du mal à vivre, car privés de tout. En 1990, il fallait l’aide de son village pour qu’une arrière-petite-fille du grand El-Mokrani vienne se faire soigner en France. Il est important de rappeler que les membres de cette noble famille furent poursuivis par une vindicte coloniale intergénérationnelle. C’est ainsi que certains héritiers du royaume furent poursuivis bien des années après l’Insurrection de 1871. Ils furent internés dans des cliniques avant de subir un traitement ignoble et inhumain – traitement contre lequel s’éleva en son temps Frantz FANON – « la lobotomisation » ! 

Il serait bon que madame Kara commence à se défaire des mensonges de l’ethnologie coloniale du fameux général Hanoteau et à lire les historiens algériens qui finiront peut-être par l’éclairer au double sens du terme : de « cette lumière » sans laquelle la vie n’a plus raison d’être. C’était pour cette lumière que des millions de Kabyles sont tombés au champ d’honneur. Ce qui donna lieu à la prétendue « politique berbère de la France » si bien diffusée par certains historiens qui servaient de relais au colonialisme. Que n’a-t-on pas dit et écrit à propos des Kabyles !? Que diable avaient-ils besoin de s’attaquer ainsi à la puissance coloniale, là où d’autres firent preuve d’un pragmatisme surprenant ! Mais, ne demandez jamais à un autochtone pourquoi il manque de pragmatisme ! Sa terre le lui interdit. De ces récits ancestraux qu’il a bu au berceau de la bouche de sa mère et de sa grand-mère, il n’a retenu qu’une chose : mourir pour la terre des ancêtres est un sacrifice qu’il reçoit comme une récompense… On ne peut comprendre tout cela… Ala ayen i d-jjan Imezwura i’gesâan tara ! » Allez dire à quelqu’un qui ne parle par berbère de déchiffrer cela ! Certainement pas à madame Mustapha !

Bien qu’une partie inconsciente sommeille dans son discours haineux, c’est consciemment et d’une façon délibérée, haineuse et brutale contre les Kabyles que cette pauvre dame dévoile une pensée raciste, portée par « une fausse conscience ». C’est quoi cette « fameuse fausse conscience » ? C’est l’état d’une personne où l’état schizophrénique montre le domaine immense du délire qui émane d’une inconscience possédée par une logique sociologique du mensonge qui possède aussi un prolongement maladif, psychiatrique, dont tout un chacun peut entendre les méandres dans la pensée maladive de cette pauvre dame qui passe pour écrivaine !

Ne reculant devant rien, madame Mustapha reprend même les thèses du général Adolphe Hanoteau. Que vous dise : Alors qu’il régnait en maître – du moins c’est ce qu’il croyait – Hanoteau accusait les Mokrane d’avoir tué Bou_Beghla. Mais, ce dernier, comme tout général de la France coloniale, troqua son premier mensonge – « les Mokrane avaient abattu Bou_Beghla » – contre un autre mensonge, quelques pages plus loin où il accusait plutôt les At Mlikech d’avoir tué le même Bou_Beghla ! Mais, madame Hafsa Kara Mustapha ira plus loin dans l’arrogance de ces mensonges repris au général ethnologue. N’ayant pas froid aux yeux – le mensonge fait parfois perdre la raison ! – elle prétendit que « Mohand Amokrane offrit la tête de Bou_Beghla aux généraux français ! » Le délire atteint son paroxysme ! Si nous nous référons aux historiographes algériens – Mostéfa Lacheraf, Mouloud Gaïd, pour ne citer que ces deux illustres historiens, nous avons appris d’après leurs sources que Bou_Beghla avait été accueilli par les Aït Mokrane qui le protégaient en lui offrant « le droit d’asile[5] » (laanaya), le temps qu’il reprenne ses forces et rassemble ses troupes. Il sera guidé pour atteindre les Awzellaguen, arch auquel il demanda le burnous d’investiture, avant de rejoindre Fadma n’Soumer pour combattre à ses côtés les troupes coloniales. Quelques semaines après d’âpres combats contre les Français, il fut sollicité par les combattants de la Soummam pour le porter un coup de main. Ce qu’il fit. Et voilà les derniers mots écrits par Mostefa Lacheraf en ce qui concerne cet illustre kabyle originaire de l’Arch des Iâmmouchènes, lequel s’exila à Ghélizane (Ighil Izzane) pour élaborer une stratégie de résistance contre l’envahisseur français.

Et pour la gouverne de madame Kara, nous nous permettons de reprendre ce paragraphe déjà écrit plus haut. Ce fut dans la Soummam qu’Abdelkader Aït Ali, alias Bou_Beghla, tomba le martyr entre ses compagnons de combat, des Kabyles… C’est ce que nous apprend Mostefa Lacheraf, ancien ministre de l’ éducation de ce beau pays d’Algérie : « La tête de l’indomptable insurgé de l’Oued Soummam fut coupée très rapidement et exposée plus tard par les Français avec ses armes et son cheval successivement sur le marché de Bordj Bou Arrerridj et de Sétif[6] ».

  Manifestement, ce genre de personnes semblables à madame Kara, épargnées par la guerre d’Algérie, sont loin des préoccupations et des souffrances de ceux et celles qui portent encore les stigmates de la colonisation. Les personnes comme madame Kara ont vécu en sécurité dans les villes. En se mêlant aux Européens d’Algérie, ils ne peuvent donc se rendre compte des souffrances des Kabyles qui firent face à la colonisation en sacrifiant hommes, enfants et maisons[7]. La blessure est trop profonde pour être comprise par des esprits attachés à la haine et, somme toute, souffrant d’une schizophrénie qui prend ses racines dans la fausse conscience et la haine de celui qui a su garder le trésor des origines : la langue amazighe, dont ils/elles dénient l’existence : car ils/elles l’ont perdue à jamais !

En face d’une pareille attitude, le raisonnement abstrait et appuyé sur des exemples concrets, est impuissant, car il ne s’agit pas d’une conviction raisonnée mais d’une attitude émotionnelle raciste et déraisonnée ; donc, un fait de fausse conscience. De fait, l’attitude anti-kabyle – et généralement l’attitude anti-minoritaire – relève d’une fausse conscience à double titre : elle réifie – et partant elle dépersonnalise – son objet en symbole raciste et non pas en individu. De plus, cette dame ne se rend pas compte – car schizophrénique – de la nature réelle des frustrations dont elle est tributaire. Les travaux de spécialistes comme Lukacs montre de façon qui paraît indiscutable le caractère réifié de la conscience raciste de cette pauvre dame. Nous sommes donc face à un discours raciste qui porte les stigmates de la schizophrénie et de la fausse conscience dont l’autre raciste témoigne d’un caractère rigide qui met en avant des conceptions et des affirmations mensongères sur la ou les personnes auxquelles elle s’attaque en s’appuyant – comme on s’y attend – sur le mensonge et l’invective. Ce comportement n’est pas seulement, comme la personne schizophrène veut le faire croire. Ce n’est en aucun le prolongement indubitable et réelle d’une situation issue de la colonisation. Celle-ci n’est qu’un alibi, déjà fortement exploité, pour dire toute sa haine de l’autre : ce Kabyle, ce Berbère qui rappelle les origines et la langue que j’ai perdues. Nous pouvons dire que l’ironie est féroce, car l’auteure de ces divagations racistes demeure toujours et à jamais plus malheureux que les Kabyles et les Berbères auxquels elle s’attaque dans une volonté farouche et noyée dans la fausse conscience.

Il n’y a pas de remède à cette conscience dont tous les éléments de pensée et d’agissement sont antidialectiques et dévalorisants de leur espace, qui devient le siège d’une sorte d’hallucination et de délire, phénomènes réificationnels dont le seul remède est la réappropriation de la langue des origines. Mais, la personne réifiée aura beaucoup de mal à se remettre en cause ; car, seule sa remise en cause pourra éventuellement lui permettre d’accéder à ce trésor – cette langue des origines – qu’elle a perdu. Le dicton des anciens Kabyles est clair : « Qui perd sa langue de ses origines, a perdu sa propre personne ! » (Win isruêen tameslayt iéuran-is, iweddeô iman-is !)


[1] Déclaration de février1972, cf. Annuaire de l’Afrique du Nord, 1972, Chroniques sociales et culturelles de André Adam, p. 386-387. Sous le président Boumediene, Taleb Ibrahimi occupa plusieurs ministères : Ministre de l’Education (3965-70), de l’Information et de la Culture (1970-77) et ministre des Affaires étrangères (1982-88). A la différence des autres dictateurs algériens, Boumediene avait cette qualité de s’entourer d’hommes de culture comme Taleb Ibrahimi et Mostéfa Lacheraf. Une autre qualité que les Algériens lui reconnaissaient : il tenait tête à l’oligarchie et royautés orientales, notamment à l’Arabie Saoudite et l’Egypte de Nasser.

[2] Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Traduction Baron Slane, p. 206, Tome 1, 1860.

[3] Milan Hubl, historien, poète et écrivain tchèque, 1927-1989.

[4] J. Morizot, L’Algérie kabylisée, Cahiers de l’Afrique et l’Asie VI, Préface de Pierre Rondot, Editions J. Peyronnet et Cie, Paris, 1962, p. 34-35.

[5] J’invite madame Hafsa Mustapha ou plutôt madame SADKI à lire mon ouvrage sur les Archs kabyles. Elle comprendra peut-être ce qu’est le droit d’asile chez les Kabyles.

[6] Mostefa Lacheraf, Agressions, résistances et solidarités intercontinentales, Alger, Enal, 1982.

[7] Madame Kara devrait visiter la Kabylie. Elle verra alors ces cimetières de martyrs où les résistants kabyles sont enterrés, faute de places, dans des fosses communes ! On lui dira aussi que des centaines de combattant(e)s sont mort(e)s sans sépultures ! Que des milliers de maisons sont encore en ruines… C’est évidemment « parler au vent », comme disaient nos grands-mères que d’inviter une personne noyée dans sa haine et le mensonge à visiter « le pays » de ceux-là-mêmes qu’elle condamne, alors qu’elle ne connaît rien d’eux, sinon ce qu’elle a appris des ethnologues de la France coloniale. Car, si elle venait à fouler de ses pieds, cette région que beaucoup de connaisseur dont le président Bouteflika avait qualifiée de « Cœur de l’Algérie » ; assurément, qu’elle guérirait de cette schizophrénie à travers laquelle elle cultive haine et mensonge. Rien d’autre ne saurait la guérir de ces maux (mots) que de fouler de ses pieds et voir de ses propres yeux cette terre où la langue des origines se parle, se chante et se conte en perpétuant le trésor amazigh venu de la nuit des temps. Elle constatera alors que rien ne la sépare des Kabyles dont elle porte, en réalité les mêmes origines, la même genèse. Je viens de découvrir par hasard que vous êtes vous-même Kabyle, mariée à un Kabyle d’adoption, un marabout, dont je connais le village, qui, manifestement, vous aurait encouragé à déverser tant de haine et de morve sur les siens !


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