Publié par : youcefallioui | février 12, 2022

Amazighs, Un peuple de légende à jamais vivant !

Dicton amazigh : Agdud d-iles ! (Un peuple, c’est une langue !)

En Hommage solennel à mon ami et frère de cœur KHIMOUZI Boujemâa qui nous a quittés récemment…

Hommage aux grands hommes qui ont consacré leur vie durant à la défense de leur peuple, de sa langue, de sa culture et de son histoire. Citons six de ces grands hommes amazighs pour saluer la mémoire de tous les autres : Mohamed Chafik, Amar Boulifa, Belkacem Bensedira, Mouloud Mammeri, Slimane Azem, Matoub Lounès…

Défense des droits des peuples autochtones de Tamazgha – Afrique du Nord

Ce 29 janvier 2022, plusieurs intervenants Amazighs ont mis l’accent sur les Droits fondamentaux du peuple Amazigh de Tamazgha, Afrique du Nord. Qu’ils en soient vivement remerciés pour ce travail de réhabilitation d’un peuple autochtone malmené depuis des siècles par les différents envahisseurs de leur patrie : Tamazgha.

Quels sentiments et quelles réflexions nous animent face à ce colloque d’une grande importance ? C’est dire et mettre en avant, voire dénoncer, la situation indigne dans laquelle est maintenue le peuple amazigh autochtone d’Afrique du Nord ou Tamazgha depuis des siècles et notamment depuis la colonisation française.

Massinissa (Masensen) – Agellid Amazigh – instaura un Etat amazigh où la langue autochtone (tamazight) était « langue officielle ». A travers le bassin méditerranéen et plus loin encore, l’Agellid mit en place des relations politiques qui étonnèrent le monde de l’époque. Sait-on, par exemple, qu’il fut le premier Souverain à instituer ce que d’aucuns appellent aujourd’hui « L’assistance internationale » entre les Etats ? Ainsi, face aux famines qui frappaient certains Etats de Méditerranée, comme la Grèce, Massinissa leur faisait parvenir des céréales et d’autres vivres pour leur épargner la faim et la misère ! C’est grâce aux nombreux soutiens que l’Aguellid apportait à ses voisins que son peuple fût vénéré par les autres, notamment par les Grecs, qui occupaient les pourtours de la Méditerranée et la Libye.

Les Romains mettront fin à toutes les entreprises de développement de Tamazgha qu’entreprenait l’Aguellid Massinissa (203-148 av. J.C.). Tamazgha se retrouva alors sous domination romaine. Ce fut au tour de Jugurtha (118-105 av. J.C.) de s’élever contre ces envahisseurs qui dominaient alors le monde. Les historiens ne se trompaient point en affirmant qu’en perdant Jugurtha, la Berbérie ou Tamazgha perdait définitivement son indépendance. Mais, « ce partisan de la liberté » (Charles André Julien) restera à jamais le symbole de toutes les résistances aux envahisseurs étrangers. C’est ainsi qu’il fût également l’emblème de la résistance algérienne contre le colonialisme français. Nous le chantions dans les montagnes de Kabylie et des Aurès.

A partir de ce constat, faut-il, pour autant, rester ou demeurer inerte face aux mauvais sorts et aux mauvais traitements dont font l’objet les Amazighs depuis l’occupation romaine ? C’est depuis plusieurs siècles, que les Imazighen vivent comme des étrangers sur leur propre terre. De peuple vénéré par tous les autres peuples, y compris par les Grecs, les Amazighs vivent aujourd’hui, comme dit le dicton kabyle : « Etrangers sur leur propre terre ».

C’est dire l’importance de ce colloque qui s’inscrit dans un esprit de concorde et de fraternité ; mais aussi de revendication des droits les plus élémentaires du peuple autochtone amazigh. Au-delà de son histoire, qu’il faut réhabiliter ; c’est à sa langue et à sa culture qu’il est temps de redonner la place qui leur revient de droit. Et l’histoire de l’humanité ne saurait se départir, et encore moins ignorer, la contribution importante et majestueuse qu’avaient fournie les Amazighs depuis l’époque du grand roi Syphax (220-203 av. J.C.).

Cette participation à l’œuvre la plus sublime de l’Humanité, celle des droits de chaque peuple à sa liberté, à disposer de ses terres et de lui-même, à travers sa culture et sa langue, doivent être inscrites à jamais sur le fronton de tous les édifices qui occupent la terre de Massinissa, de Syphax, de Jugurtha, de Mohand Amokrane, de Cheikh Aheddad, d’Amirouche et de tous les braves qui ont abreuvé de leur sang, la terre des ancêtres (Akal n Imezwura)…

En 2022, L’Algérie a célébré Yennayer d’une façon grandiose sous l’égide du président Teboune. Il est temps que ces manifestations, venues de la nuit des temps amazighs, soient réhabilitées à travers non seulement la célébration annuelle ; mais aussi et surtout, que leur sens culturelle, linguistique, sociologique, psychologique et historique soit enseigné aux enfants à l’école à travers la langue des origines : tamazight. Je rappelle rapidement que Yennayer s’inscrivait dans ce qui était appelé : »L’Assemblée des enfants » (Agraw n Warrac). En ce sens, qu’autrefois, dans la cité kabyle, le pouvoir de la cité revenait aux enfants pendant trois journées à travers lesquelles ils préparaient l’hommage à la Mère-du-Monde (Yemma-s n ddunnit). Pendant ces trois journées, ils avaient le pouvoir de recenser ce qui leur paraissait injuste et inconvenant du fait des adultes. Dans la soirée, ils passaient de maison en maison pour réciter leurs griefs à travers de courts poèmes.

Les berbères et leur contribution à l’élaboration des cultures méditerranéennes

« Platon, le philosophe, n’aurait jamais pu fonder son Academica, s’il n’avait pas été racheté et libéré par un Libyen, quand il a été fait prisonnier et vendu contre esclave » (P. Rossi, p. 119).

Après des frictions, ou même de courtes guerres dues au fait que des colons hellènes sont venus s’installer sur les côtes libyques, face à la Grèce, au IXe siècle avant J.C., il semble bien qu’un « modus vivendi » ait été assez vite trouvé entre les nouveaux venus et leurs hôtes berbères, dans l’ensemble des cinq cités, les fameuses Pentapolis (Adni), appelées à prospérer sur la rive sud de la Méditerranée pendant plus de quinze siècles, du IXe siècle avant J.C. jusqu’au VIe siècle de l’ère chrétienne.

Ecoutons le grand poète grec Callimaque (315-240 av. J.C.) chanter le bonheur de vivre dans la principale de ces cités, Cyrène (Kurênê), au IIIe av. J.C. : grande fut la joie au cœur de Phoibos, quand venu le temps des fêtes carnaiennes, les hommes d’Enyo, les portes-ceinturons, firent un chœur de danse parmi les blondes libyennes. Jamais Apollon ne vit chœur plus vraiment divin ! Jamais le dieu n’accorda tant à nulle cité qu’il fit à Cyrène ! (Callimaque, p. 228). Et c’est ainsi que nous apprenons au passage, que les anciens Berbères étaient plutôt blonds, ceux du moins qui cohabitaient avec les Grecs de Cyrénaïque, au troisième siècle avant J.C.

Mais, ce qu’il y a de vraiment étonnant, et de paradoxal en apparence, c’est que les Grecs nourrissaient à l’égard des Berbères une profonde vénération. L’historien Hérodote (484-425 av. J.C.) les considérait comme le peuple du monde qui jouit du meilleur état de santé, surclassant en ce domaine les Egyptiens et les Grecs eux-mêmes (Hérodote, L. II parag. 77 p. 199).

Le costume et l’égide qu’on voit en Grèce aux statues d’Athéna, ajoute-t-il, sont inspirés de vêtements de Libyennes. Atteler quatre chevaux est encore un usage passé des Libyens à la Grèce (Hérodote, L. IV, parag. 189, p. 444). L’écrivain latin, Pline l’Ancien (23-79) nous signale que le Grecs attribuaient la fondation de Tanger (Tingi) au géant de leur mythologie Antaios (Antée) (Pline, L. V. parag. 2, p.45), et que Grecs et Libyens de Cyrène allaient ensemble en pèlerinage au temple d’Aïoun à Siwa (Pline, L. V, parag. 31, p. 60 et commentaire p. 351). Athena la vierge, Athéna la déesse guerrière protectrice d’Athènes, Athena la déesse de l’intelligence, est elle-même née en Libye au bord du lac Triton (Rossi, p. 82). Les Berbères Garamantes étaient des descendants du Dieu Apollon lui-même, aux yeux des Hellènes (Gaffmt, p. 703). Platon le philosophe, n’aurait jamais pu fonder son Academica, s’il n’avait pas été racheté et libéré par un Libyen, quand il a été fait prisonnier et vendu comme esclave (Rossi, p. 119). Il est de notoriété historique, enfin, qu’Alexandre le Grand a dû parcourir 600 km de désert, avec toute son armée, et sa suite, pour se faire sacrer roi d’Egypte par les prêtres d’Amon en son temple de Siwa. Les habitants de Siwa continuent jusqu’à ce jour à parler tamazight. Il y a lieu de penser, à partir de ces données, que les Grecs savaient pertinemment que leur civilisation était la fille de celle de l’Egypte et de la Libye. Les historiens français Jean Servier et Jean Rossi ont développé ce sujet, le premier en ce qui concerne les Berbères, et le second en ce qui a trait à l’influence de l’Egypte sur la Grèce[1].

Ceux qui ne se souviennent pas du passé, sont condamnés à le revivre ! (Georges Santayana)

Youcef Allioui, Paris, le 19 janvier – 12 février 2022.


[1] Professeur Mohamed Chafik, in « Le monde amazigh » n° 67, Rabat, décembre 2005.


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