Voici mon dernier livre qui va paraître dans quelques semaines. J’espère qu’il plaira à ceux qui ont l’habitude de lire… j’oserai dire : de me lire. Je parle évidemment des Kabyles nobles et non pas de ceux qui se comportent comme des porcs et qui ne peuvent rien faire contre moi… Bien au contraire, cela me donne des étincelles et des ailes !

couverture

Yiwen isserwat,wis-sin yettcakat, wi-s tlata isell i lehwa tekkat ! D-acut ? D-acu-t ?

Dernier message à celui que j’ai traité de porc !

Je t’ai traité de porc car tu le méritais. Les excuses et les raisons que tu essaies de me fournir pour faire passer « tes porcheries » ne tiennent pas debout ! Ce n’est pas en faisant dans l’obscénité que tu vas combattre – soit disant ! – les ennemis de l’amazighité ! Bien au contraire, tu leur dis simplement que tu leur ressembles en faisant leur jeu. Ce sont des porcs et tu te comportes comme l’un d’eux : comme un porc ! Tu dis que tu n’y es pour rien ! Comment se fait-il que ces obscènités soient véhiculées à travers un pseudonyme prestigieux que tu utilises (pour que je t’accepte lors de ta demande !)
Moi, je te dis que c’est en travaillant sur ta culture et ta langue en veillant au respect de tes parents et des tiens ainsi que de tout ton peuple (agdud amazigh) que tu peux combattre les ennemis de l’amazighité ; en leur faisant toujours savoir – comme le chante si bien le grand Ferhat Imazighen Imoula – « L’Amazigh est beau, décent, élégant et Noble » (Amazigh d-azedgan !)

Último mensaje que yo traté de cerdo!
He tratado de cerdo, ya que merecías. Las excusas y razones por las que tratando de dar para recibir « sus pocilgas » no retener el agua! No es por hacer en obsènité usted va a luchar – supuestamente! – Los enemigos de los amazigh! En su lugar, sólo les dices que ves como ellos haciendo su juego Estos son los cerdos y se comporta como uno de ellos. Al igual que un cerdo!
Yo digo que está trabajando en su cultura y su idioma asegurando el respeto a sus padres y quieren y todo tu pueblo (agdud amazigh) que se puede luchar contra los enemigos de amazigh; siempre haciéndoles saber – como cantado tan grande Ferhat Imazighen Imoula – « El Amazigh es hermosa, digna, elegante y noble » (amazigh d-azedgan!)

Last post than I treated pig!
I’ve treated pork because you deserved it. Excuses and reasons you trying to give me to get « your pigsties » do not hold water! It is not by making in obsènité you gonna fight – supposedly! – The enemies of the Amazigh! Instead, you just tell them you look like them by making their game These are pigs and you behave like one of them. Like a pig!
I tell you that it is working on your culture and your language ensuring respect your parents and want and all your people (agdud Amazigh) that you can fight the enemies of Amazigh; always letting them know – as sung so great Ferhat Imazighen Imoula – « The Amazigh is beautiful, decent, elegant and noble » (Amazigh d-azedgan!)

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Le marché des mondes et du pétrole…

Vous entendez souvent, très souvent, trop souvent les médias vous parler des mondes… « Le monde asiatique », « le monde occidental », « le monde arabe », etc. etc. Vous n’entendez jamais parler d’un monde que l’on bannit des médias, que l’on essaie d’effacer à tout prix – face à la loi des mondes du marché pétrolier et gazier – et pourtant ce monde de culture, de langue et d’histoire millénaires existe aux portes de l’Europe, de Paris. C’est un monde stigmatisé, brimé, ignoré, dont le peuple est malmené, massacré tous les jours.

Ce qui se passe au Mali avec le peuple amazigh touareg que l’on écartèle, que l’on chasse de ses terres… pour l’uranium… Les islamistes servant d’excuses et de paravents…

Le monde berbère est un monde de paix. Les Imazighen (connus sous le nom de Berbères) ne combattent que pour leur survie : défendre leur terre, leurs femmes et leurs enfants…

Les Imazighen ont une langue qui s’appelle Tamazight. Les Imazighen sont plusieurs dizaines de millions d’âmes à travers l’Afrique et notamment l’Afrique du Nord. Vous entendrez souvent les pouvoirs d’Afrique du Nord se dire et dire que nous sommes des arabes.

Vous entendrez souvent les médias français vous dire que l’Afrique du Nord est arabe (avec l’assentiment des pouvoirs maghrébins)… Et pourtant, il n’y a pas que le pétrole…

Il y a des millions d’êtres humains qui constituent le monde amazigh-berbère dont la devise universelle est la suivante : « Laisse-moi vivre dans la joie, la paix et la connaissance et je me passerai du pain, je mangerai la  terre ! »

Un peu d’histoire : La terre berbère-amazighe a été envahie tout à tour par : Les Phéniciens (Carthaginois : dont parlent souvent les Tunisiens en faisant fi de leur histoire : ce fut le grand Agellid Massinissa qui détruisit Carthage qui expropriait les Imazighen de leur terre : les Tunisiens d’alors !), les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs et les Français).

On parle de tous les peuples de leurs héros, mais qui parle du peuple amazigh et de ses héros : Massinissa, Jughurta, Juba 1er, Takfarinas (face aux hordes romaines) ; Koceila, Damia Dihya At Tabet (surnommée la Kahina) face aux hordes arabes… Ces hommes et ces femmes, qui ont combattu pour la liberté de leur peuple et contre la barbarie, ont précédé de plusieurs siècles ceux et celles que nous connaissons aujourd’hui à l’heure de leur entrée au Panthéon !

Pensée amazighe de Kabylie : « Si Dieu venait à te réclamer ton coeur, tu es libre de le lui donner. S’il venait à te réclamer ta langue et ta terre, dis-lui : Non ! Car sans ta langue et ta terre, tu n’as plus ni coeur ni foi ! » (Ma Yessuter-ak-d Ugellid Ameqqwran Ul-ik, xas fkas-t ! Ma yessuter-ak-d iles-is d wakal-ik, in-as : Ala ! Mebla iles-is d wakal-ik ur tesâidh ul, ur tesâidh tasa ! »

En réalité, ceux que l’on nomme « Arabes » ne sont que des Imazighen plus ou moins arabisés, car leur langue est avant tout berbère. Mais, comme disait si bien l’un de nos illustres intellectuels, Salem CHAKER – pour ne pas le nommer – « L’amazighité est d’abord une affaire de conscience » , tout en sachant que c’est également et surtout une affaire idéologique et économique. 

La France coloniale y a largement contribué à leur arabisation et à leur islamisation !

Quelques articles de ces jours derniers dans la presse algérienne (El Watan) touchent enfin au fond du problème de l’aliénation linguistique et historique : « Parlons algérien ! » Oui, parlons algérien : parlons tamazight !

Relisons, l’espace d’un instant, le grand Kateb YACINE :

« On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques. » (Kateb Yacine, in Les ancêtres redoublent de férocité, Paris, Editions TNP, 1967).

__________________________________________ Pour que vivent à jamais les peuples opprimés en dehors du marché des mondes et du pétrole !

Venez participer au second festival international des films berbères-amazighs – du 30 au 31 mai 2015

Asst-ed a-tt gerwem i tafaska tis-snat n-Isura Imazighen – di Paris si 30 ar 31 magu 2015

https://mail.google.com/mail/u/0/?ui=2&ik=1ed90fa5df&view=att&th=14d90451735d28f6&attid=0.2&disp=safe&zw

_____________________________________________________________________________________
Bonjour,
Le Festival international des films berbères et de la Méditerranée est ravi de votre participation à sa seconde édition en tant que d’être membre du jury.
Je vous rappelle que le Festival démarre ce samedi 30 mai à 12h au Cinéma le Luminor – 20, rue du Temple, paris 4.
Les projections ont lieu en continue de 12h à 22h le samedi et le dimanche, et sont ponctuées d’événements autour de la culture berbère : une exposition de photos, l’intervention d’un conteur, une programmation  musicale, la dégustation de saveurs sucrées berbères, des rencontres avec des professionnels, et d’autres surprises.
En pièces jointes, vous trouverez le programme détaillé de la manifestation, ainsi qu’une invitation à la soirée d’inauguration qui a lieu le samedi 30 mai à 20h.
Au plaisir de vous accueillir et de vous rencontrer.
Cordialement,
Hélène Sitbon
Conseil en communication  relations presse
Tél 01 45 61 24 20 – 06 84 01 50 49 

Prévisualiser la pièce jointe Invit-Finale FIFB 2015 .pdf

Publié par : youcefallioui | mai 11, 2015

LE CONTE ET LES VOLEURS – Imakuren t-tmacahutt

Le conte et les voleurs…
Pour toi qui, par un mauvais jour de décembre, m’avait donné un bout de pain et réchauffé le corps et le cœur… C’est seulement depuis que je sais ce que sourire éclaire ; ce qu’une main tendue veut dire et ce qu’une parole gentille peut donner un sens à la vie.

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Il y a bien longtemps… Nous étions au temps où le conte régnait dans toutes les maisons kabyles. Un soir, comme tous les autres soirs…
Nous étions autour du foyer suspendus aux mots magiques de ma grand-mère…
Pendant que nous l’écoutions religieusement, des voleurs s’étaient introduits dans la maison et avaient tout emporté. Quand ma grand-mère termina son conte par la formule magique consacrée, nous constatâmes que la porte était entrouverte… Ma grand-mère se leva et se dirigea vers la porte. Nous nous levâmes pour lui emboîter le pas.
Ce n’est qu’à ce moment-là que nous nous étions rendu compte que des voleurs s’étaient introduits chez nous.
Nous voici dans la cour. Ma grand-mère regarda alors vers le ciel. Nous tous regardames dans la même direction. Une pleine lune pleine d’éclats entourée d’étoiles qui n’arrêtaient pas de jouer entre elles dans une clarté sans nom. Plus loin, comme pour donner une touche finale à ce merveilleux tableau, la voie lactée ou, comme on dit en berbère, « La poutre du ciel » (Ajeggu igenni) ou, selon un mythe consacré, « Le chemin de paille » (Abrid g_walim).

Devant tant de miracles – car il n’y a de miraculeux que les choses que l’on voit tous les jours – ma grand-mère s’exclama : « Ces voleurs sont bien sots ! Ils ont pris de vieilles breloques et de vieux brocs et ils ont oublié toutes ces merveilles du monde !… »

Après un moment de réflexion, ma grand-mère esquisse un large sourire et nous dit encore : « Mes enfants, rappelez-vous que dans une maison où règne le conte, aucun voleur ne peut vous priver de l’essentiel ! »

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Je compris alors – presqu’au bout de mon âge – pourquoi mon vieux père disait : « Le conte kabyle n’a pas été créé pour uniquement vous aider à bien dormir. Bien au contraire ! Nos ancêtres l’ont créé pour vous aider à mieux vous tenir éveillés et à vous tenir debout, car chacun des mots que le conte contient est pareil à une étoile dans le ciel… C’est à travers ses mots que nous nous sentons pleinement vivre… Un seul conte kabyle vaut toutes les pages écrites dans d’autres langues. Car une langue, ce n’est pas seulement l’écrit, c’est d’abord et avant tout la parole vivante… Quand une langue ne se parle plus, elle a beau s’écrire, son peuple cesse d’exister ! »

Publié par : youcefallioui | avril 17, 2015

20 avril – Printemps berbère ou l’écho de l’Amusnaw

I WASAL N DDA LMULUD

A LA MEMOIRE DE MOULOUD MAMMERI

Le 20 AVRIL ou l’écho de l’Amusnaw

Une amie m’a reproché d’avoir délaissé mon blog. « Le 20 avril, c’est dans trois jours, écris-nous quelque chose, s’il te plait ! »

Récemment, une vieille grand-mère (Nna Tasaâdit), qui m’avait entendu parler des énigmes, demande à son petit-fils de m’en transmettre deux créations qui lui sont propres « pour me rendre hommage », me dit-il. J’ai été très touché pour cet éloge !
J’ai donc pensé à celui à qui il revenait de droit : Mouloud Mammeri ou Dda Lmulud, comme nous l’appelons en kabyle ; tant et si bien que notre langue nous offre encore quelques espaces pour nous retrouver et nous sentir comme un peuple entier grâce à ces mots que seuls les Imazighen et notamment les Kabyles utilisent encore… Ce sont autant d’indices d’une mémoire qui vient de la nuit des temps… Une mémoire dont nous sommes porteurs et dont nous accumulons tant bien que mal la richesse.
Voici donc ces énigmes que je restitue à la mémoire du grand Amusnaw kabyle Mouloud Mammeri. Nous lui devons d’être là ; de marquer par notre présence épistolaire cette mémoire millénaire que tous les vents furieux de l’ignorance et de la bêtise n’ont pu faire disparaître malgré tous les chocs violents auxquels elle a dû faire face et qu’elle continue de combattre avec paix et sérénité comme ce chêne de l’Assemblé auquel faisait allusion l’énigme de Nna Tasaâdit de cette belle et merveilleuse contrée kabyle qu’est Bou-Zeggane :
« Le chêne de l’Assemblée, sa parole porte comme une batte – Le sage » (Tasaft n Wegraw, awal-is yugar alqaw – Amusnaw).

La seconde énigme nous renvoie vers l’association parole/tissage, expression allégorique et polysynthétique que l’on peut retrouver dans beaucoup de langues autochtones comme tamazight.

« Un métier à tisser sans lisse et sans fils de trame qui est brodé avec allégorie et confiance – La parole » (Azetta mebla ilni d- ulman izda s tweqda d laman – Awal).
Beaucoup de Kabyles m’accostent dans la rue pour me saluer et me féliciter à propos de ce que j’écris. Beaucoup reviennent sur les énigmes. « C’est un genre littéraire majeur » (Fernand Bentolila) auquel j’ai déjà consacré plusieurs ouvrages.
Mon dernier et plus beau souvenir, je le dois à cette petite fille d’environ six ans qui plus est porte le même prénom que ma douce mère – Tawes – ce qui est fort rare aujourd’hui, à l’heure où les Kabyles s’envolent vers d’autres prénoms qui ne signifient rien pour nous ! Tawes m’apostrophe donc dans la rue pour me dire une énigme qu’elle avait relevée dans l’un de mes ouvrages.

Quand sa maman se pencha vers elle pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille tout en me fixant du regard, j’étais loin de « deviner » qu’elle était en train de lui dire quelque chose comme : « Dis-lui une devinette… C’est ce monsieur qui a écrit le livre que je t’ai acheté sur les énigmes ! »
La petite se gratta l’oreille – un peu comme dans le conte « L’oiseau de l’orage ». Arrivé à leur niveau, elle me dit l’air bien gêné : « Oh la la ! Je me souviens de la devinette, mais je ne sais pas comment je vais la dire ! »
Je fais mine de l’aider : « C’est laquelle ? Elle parle de quoi, la devinette ? » Lui dis-je en souriant. Elle me répondit alors : « Elle parle de la chauve-souris… ça y est, je me rappelle ! » Et dans l’instant, beaucoup de monde put entendre une devinette kabyle en plein marché de Belleville : « Quel est l’oiseau qui allaite ? » (Anwa afrux yessuttudhen ?)
D’entendre cette devinette déclinée dans les deux langues, en français d’abord puis en kabyle m’avait rempli de joie ! Ce fut donc en plein marché de Belleville (Paris 11ème) que la petite fille, la maman et moi avions discuté des énigmes et des devinettes pendant près d’une heure !
Comme quoi il suffisait d’une devinette pour que la braise – jetée un 20 avril par Dda Lmulud l’Amusnaw – se remette à briller dans les yeux d’une petite fille au point de m’éclairer… Et de me dire qu’il est très important que je partage cette belle anecdote qui aurait plu et faire sourire le grand Mouloud Mammeri. J’aurais aimé que pareille chose ait lieu quotidiennement dans les écoles algériennes et notamment en Kabylie… Dire une énigme, c’est comme se sentir vivre et faisant partie d’un peuple autochtone : le peuple amazigh d’Afrique du Nord.
C’est à chaque fois dans des moments semblables que se détermine en moi ce rapport charnel aux textes oraux des Anciens, dont Mouloud Mammeri disait de son vivant : « Il faut se hâter de happer les dernières voix… ». La plupart de ces textes oraux ont été et continuent d’être véhiculés par les femmes. Dès lors, continuer à donner une forme à ces énigmes, à ces textes oraux qui viennent de la nuit des temps, c’est comme redonner vie à tous ces mots qui osaient, malgré la guerre et la misère, sortir de ce silence douloureux, à travers les voix d’enfants qui seuls pouvaient le rendre supportable en donnant une grande légèreté aux sentiments et aux mots.

C’est ce que représente pour nous le 20 avril : un vent doux et léger qui donne tout leur sens aux sentiments qui unissent le peuple kabyle à travers ses mots, tant et si bien qu’Awal signifie pour nous « toutes les étoiles dans le ciel où le feu majestueux dont parlait Mouloud Mammeri – celui de la culture, de l’histoire dans l’union et la solidarité, seul capable de donner tout son sens au 20 avril.
« Ne chantez pas jusqu’à lasser vos oreilles  ! Ne dansez pas jusqu’à épuiser vos corps ! Sachez aussi dire les mots en silence en communion, la main dans la main, en regardant le vaste pays de vos ancêtres qui vous entendent perpétuer leur mémoire. » « Mythe du maître des montagnes » (Izri n Bab Idurar).

Publié par : youcefallioui | mars 6, 2015

MOHAND AMOKRANE OUCHIVANE « LE GEANT »

MOHAND AMOKRANE ACHIVANE « LE GEANT » N’EST PLUS…

Mon frère Mohand Amokrane n’est plus. Mon père l’avait surnommé « Le géant » (Imqelfed). Il disait : « Je l’ai prénommé Mohand Amokrane, car il est né au temps où les légendes soutenaient l’arbre de vie de la Kabylie. »
Mohand Amokrane le géant, Dadda Meqqwran n’est plus. J’ai fini par croire qu’il était immortel. Force de la nature, ancré dans la terre comme la souche d’un vieux chêne millénaire, je pensais naïvement que mon grand-frère, Dadda Meqqwran, comme nous l’appelons, nous ses petits frères et sœurs était immortel. Du moins, je pensais que ce géant allait tous nous enterrait avant de partir à son tour vers ce monde inconnu où de temps en temps, j’entends l’appel, le murmure doux et insondable de mes chers parents qui, dans les moments de doute et d’angoisse, cherchaient à me tranquilliser.
J’ai fait la connaissance de mon grand frère Amokrane en 1963. J’avais 13 ans. C’était la fin de la guerre d’Algérie. J’ai appris petit à petit toutes les secousses et tous les dangers que cette guerre lui avait valus. Fidèle au grand Messali HADJ, il avait eu du mal à s’en sortir face à une horde de chacals qui lui reprochaient sa fidélité à Messali à l’heure où tous les renards et les scabreux en tout genre changeaient d’opinion comme on change de chemise, quitte à vendre leurs amis et leurs âmes. A travers lui, j’ai appris à connaître ce que l’on appelait et que l’on continue d’appeler les « Messalistes ». J’ai trouvé en eux beaucoup de choses qui auraient fait de l’Algérie un pays des lumières, comme l’appelaient les anciens Kabyles. Les amis de mon grand frère étaient droits ; solidaires et sans faille dès qu’il s’agit de soutenir quelqu’un de leur sensibilité politique. Brave et sans détours, ils n’ont jamais sacrifié leurs idées. Ils sont restés fidèles à leurs idéaux et rien de ce qui changeait les autres – comme pour obtenir une attestation de maquisard ! – ne les changeait. Bien au contraire, ils faisaient face aux tempêtes – fort nombreuses – qui suivaient l’indépendance de l’Algérie. Les vents, d’où qu’ils venaient, étaient mauvais. Mais, ils faisaient face la tête haute et dressaient la tête sans trébucher avec aucun doute dans leurs yeux.
J’ai vu des amis à Dadda Mokrane venir proposer leurs services à mon père. De toutes les régions, ils venaient. Il y en avait de tous les coins d’Algérie et surtout de Kabylie. Un soir, nous vîmes arriver un homme – un géant comme Dadda Mokrane – accompagné par un voisin. Il faisait presque nuit. Il était originaire de Larebâa N’At Yiratènes. Pensant que mon grand frère avait succombé pendant la guerre – notamment dans la guerre fratricide que leur faisait le FLN – il avait longtemps cherché après la famille et les proches de son ami… Quand il apprit que nous étions encore à Awzellaguen – car beaucoup avaient fui la Soummam – il n’avait pas hésité un seul instant pour venir si nous avions besoin de quelque chose. Il passa la nuit chez nous, entre nous, comme s’il était des nôtres. Il fut si heureux quand mon père lui apprit que mon grand frère était installé à Alger. Difficile installation ! Il avait beaucoup souffert des attaques des uns et des autres, car Messaliste il était, Messaliste il était resté et se revendiquait comme avec fierté et sans peur aucune ! On finit par le licencier pour ses propos et opinions politiques. Des amis de mon père durent intervenir pour qu’il réintègre son poste à la SNCFA.

Ce qui me rapprochait le plus de Dadda Mokrane, c’est le respect et l’amour qu’il portait à nos parents. Jamais, il ne pouvait élever la voix – comme le font beaucoup d’autres fils – devant mes parents. Il arrivait que ma mère s’emportât contre lui ! Il lui répondait calmement : « Tu es ma mère ; tu peux même prendre un bâton pour me battre, je tournerai juste le dos pour mieux recevoir tes coups ! »
Quand je discutais avec lui à propos des sages de notre Arch… Il disait toujours : « Aucun d’eux n’arrive à la cheville de mon père que ce soit dans la sagesse, dans le courage ou la générosité. » Tout ce qui touchait mon père le tourmentait… Comme le fait que mon père ait été torturé et emprisonné à plusieurs reprises par les Français, sans qu’aucune reconnaissance ne lui ait été accordée. Un monsieur bien placé des Awzellaguen répondit à ma mère – qui lui disait qu’elle voulait juste que les sacrifices de mon père soit reconnus – « Je ne sais pas ce qu’il a fait ! » Normal, comme tous les planqués, il était en Tunisie pendant toute la durée de la guerre ! Ce fut les seuls moments où Dadda se mettait en colère. Il disait : « Quand je le vois dans le rue, je me retiens pour ne pas lui cracher dessus ! » C’était ce genre de personnes qui ont détruit la Kabylie, voire l’Algérie toute entière.
Dadda était juste et n’avait peur de personne. Il avait même un certain plaisir à se mesurer à ceux qui oubliaient bien souvent la bienséance et le respect. Il était vif à la fois dans son geste et dans sa parole. Il ne supportait aucun acte d’incivilité. Respectueux et affable à l’excès, il surprenait souvent ceux qui se méprenaient à son égard. Le prenant pour « un mou », ils s’en mordent bien souvent les doigts quand ils se rendent compte qu’ils se sont trompés de personne. En 1970, j’étais étudiant à Alger. Un samedi, alors que je me promenais à Hussein Dey, j’assistais à une rixe où un homme se faisait carrément rosser par cinq individus, rien que ça ! Je crus bon d’intervenir… C’est de famille ! Voilà que deux autres arrivaient et me tombent également dessus… Alors que j’allais m’affaler sous les coups, voilà que des bras secourables – des bras d’un géant – m’apportaient secours en tapant efficacement dans le tas. Ce fut grâce à la voix que je reconnus mon frère : « Celui qui touche à mon frère, je le tue ! » dit-il en arabe algérois.
Pendant qu’ils prirent la fuite, il releva d’abord le monsieur à qui j’avais porté secours avant de se pencher sur moi et de me dire : « Tu n’as pas été atteint ailleurs ? » Je saignais du nez. Il me tendit un mouchoir… J’ai toujours pensé la chose suivante : Cela faisait la seconde fois que je me faisais attaquer après avoir voulu défendre une autre personne… Et pour la seconde fois, mon grand frère surgissait comme par enchantement ! Il est vrai que la première fois, c’était près de chez lui ; je trouvais donc cela normal… Mais, la seconde fois, j’étais au boulevard de Tripoli, bien loin de la maison… Un peu comme l’aurait fait mon père, Dadda Mokrane me dit : « Je suis fier de toi… » Nous rentrâmes ensemble à la maison « comme des frères ». Une douce chaleur m’envahissait… quand je sentis son regard doux et protecteur se poser sur moi.
Dadda Mokrane ne craint pas l’adversité. Droit et juste, il était toujours prêt à porter secours à celui ou celle qui en avait besoin. Personne ne pouvait malmener quelqu’un devant lui sans qu’il ne lui porte secours, même au péril de sa vie. On en rit encore quand mes frères et mes neveux me relatent le dernier incident qui nous opposa à nos voisins qui voulaient nous interdire le chemin d’accès à notre propriété, estimant que nous n’y avons pas droit… après 80 ans d’utilisation du dit chemin ! Devant un tel comportement qui niait toutes les valeurs du voisinage, Il était tellement hors de lui qu’il disait : « Si je trouve l’un d’eux sur mon chemin, je l’écrase et je ferai marche arrière pour l’achever s’il est encore vivant ! »
Il nous raconta alors comment mon père – toujours prêt à rendre service – avait accepté d’échanger le droit de passage par ce chemin en abandonnant aux voisins l’autre chemin qui passait devant leurs portes. Dans une époque lointaine, leurs Anciens seraient venus demander à mon père de bien vouloir accepter cet échange. Avec le temps, ils avaient oublié que mon père rendit un service pour partager un droit… celui de pouvoir rentrer tranquillement chez lui. Mais à la mort de mon père, ces derniers se crurent fort en droit et « fort en force et en nombre » pour nous interdire le passage. Ils ont oublié les paroles de mon père : « Je l’ai prénommé Mohand Amokrane, car il est né au temps où les légendes soutenait l’arbre de vie de la Kabylie. »

Le géant a succombé à un cancer dans la nuit du 28 février 2015. Il a fait preuve d’un courage que peu d’hommes et de femmes pouvaient dégager face à cette maladie. Nous l’avons enterré un jour de pluie. Dès le lendemain, un soleil éblouissant vint nous réconforter. Nous nous retrouvâmes unis dans la tristesse et la douleur comme il l’aurait souhaité. Frères, enfants et petits-enfants ainsi que les proches étaient là. Et c’est à chacun de se remémorer son souvenir en racontant une anecdote… Nous étions en rires et larmes… entre la douleur et la douceur de cette tendresse de communier ensemble pour dire les mots… Les mots qu’il aurait aimé entendre… Des mots de sagesse et de fraternité… Des mots qui faisaient de nous ce chêne aux racines profondes qui tiennent encore bien qu’ayant perdu leur souche. Branches solides et solidaires, secoués par le vent mauvais de la mort, nous venions de perdre notre souche… Mais, les enfants – ses petits-enfants – jouant et criant ici et là font entendre sa voix, comme s’il venait de renaître, comme s’il était toujours parmi nous. Alors, ce sont des rires qui fusent ici et là entremêlés de larmes qui accompagnaient les mots des anecdotes que chacun et chacune racontaient à son propos.
J’aimais particulièrement entendre les témoignages de ses belles filles que Dadda Mokrane chérissait comme ses filles. Chacune d’elle racontait comment il veillait sur elle. Comment il disait en haussant la voix pour que son fils entende : « S’il t’embête, tu me le dis ! » Et il montrait sa canne !
Après l’enterrement, ma petite nièce – qui adorait son grand-père Mokrane – pleurait doucement à l’arrière de la voiture. Pour la consoler, je lui dis que Jeddi-is « son grand-père » serait très malheureux de la voir pleurer ainsi… Elle essuya ses larmes et me dit : « Je l’aime tellement que je ne voudrai en aucun cas qu’il soit malheureux à cause de moi… Il faut que je sois heureuse pour qu’il continue d’être heureux au paradis ! »
Si le paradis existe on aurait aimé que tous ceux qu’on aime et qui sont partis après avoir honoré le genre humain par leur courage, leur fidélité, leur savoir, leur fraternité, leur générosité envers les autres et notamment envers les plus faibles, leur bonne humeur qui égayait les petits enfants, leur joie de les tenir dans leurs bras… on aurait aimé que ce paradis puisse exister pour qu’ils continuent d’être heureux afin que le Dieu miséricordieux efface leur chagrin et les console de toutes les peines qu’ils avaient eues en ce bas monde.
Le géant qu’était Dadda Mokrane disait : « Un jour, je rejoindrai mes chers parents… Si le paradis existe, je voudrai que Dieu me permette de me repose à leurs côtés… Ainsi l’éternité me semblera plus courte et plus agréable à vivre. »
Mon cher grand-frère – de t’avoir connu si juste et si droit, si courageux et si modeste, si généreux et si fraternel, si bon et si respectueux envers nos parents – je suis sûr que le Souverain Suprême (Agellid Ameqqwran) exaucera tes vœux. Et si, à mon dernier jour, je pouvais vous retrouver ensemble, cela rendra ma mort beaucoup plus douce, comme un voyage… Un merveilleux voyage qui reste à faire.

Dadda

Publié par : youcefallioui | février 13, 2015

ROGER HANIN… Un Algérien des Lumières

Roger Hanin, l’Algérien…

L’Algérie a perdu beaucoup de ses enfants. Beaucoup de ceux et celles qui l’aimaient et qui continuent de l’aimer l’avaient quittée bien malgré eux/elles. La mort dans l’âme et dans la noirceur du ciel, des pas vers l’inconnu… Leur vie se brisait du jour où ils avaient quitté cette terre où le soleil donnait un éclat sans pareil aux horizons.
Ils avaient refait leur vie… En avaient-ils le choix ? Beaucoup d’entre eux/elles – tel Roger Hanin – s’étaient battus de nouveau pour se faire une autre place sous d’autres cieux, sous d’autres soleils qui n’ont pas toujours le même éclat. Cette clarté où toutes les couleurs du monde se confondent et se rassemblent pour faire le bonheur de tous ceux et toutes celles qui savaient si bien la guetter à chaque matin de leur vie. Parfois même dans leur sommeil, ils avaient hâte de troquer ce qu’ils voyaient en rêve avec la réalité, celle de la joie de voir et de pouvoir admirer encore et encore ces premières lueurs de l’aube que seule la langue berbère – langue polysynthétique et autochtone – est capable de désigner d’un seul mot chargé de tous les sens : Essxem. Et l’on comprend alors pourquoi peu de contrées peuvent émouvoir à ce point ; car nulle autre contrée – aussi belle soit-elle – ne livre dans une nudité totale sa clarté comme un enfantement dans un bonheur et une plénitude infinis que la langue berbère peut encore nommer d’un seul mot : tamradwa.
Cette terre berbère-amazighe qui les avait vus naître ne les jamais oubliés malgré le vent déchainé et violent qui les avaient emportés dans la bêtise et l’ignorance de ceux qui cultivaient et cultivent toujours le moindre effort… Celui qui détruit ce que la terre et l’homme ainsi que la femme de bonne volonté et armés d’intelligence ont mis des siècles à construire… La barbarie qui s’habille d’ignorance et de bêtise revient et essaie de régner en mettant en avant l’absence de raison.
Mais « l’Algérie des Lumières » (Lezdayer n tafat), comme l’appelaient les anciens Kabyles finit toujours par se relever, rejaillir du cœur de ses enfants – comme l’oiseau phénix renaît de ses cendres – dans un éclat encore plus beau où la mer, les montagnes, les hauts plateaux, les plaines et le désert attendent à l’unisson – dans une attente de tous les instants – unis par le même souffle où la miséricorde du Souverain Suprême les enveloppe dans son burnous sacré.
Roger Hanin était habité de ce souffle divin à travers le parfum d’une terre exaltante à laquelle il avait manqué. Il savait, lui – le Juif d’Algérie – que « son pays » le chérissait. Il savait que l’Algérie le portait dans son cœur tout comme ses enfants qui l’avaient quittée un matin très tôt bien avant l’aube ou un soir très tard dans l’obscurité qui cache les yeux brillants des braves. Roger savait que l’Algérie considère ses enfants – surtout ceux qui s’étaient exilés la mort dans l’âme – telle une sève dont elle ne pourrait jamais se passer : elle a besoin de leur amour pour continuer de vivre et de briller.
Comme chassé par le sirocco de la discorde et de la violence, Ils partirent… Ils furent nombreux à le faire. La blessure est restée ouverte… Roger le savait. L’Algérie est une terre éternelle que les Anciens avaient labourée et irriguée de leur sang et de leur amour. Elle a gardé une tendresse infinie pour tous ses enfants qui l’avaient quittée sans mots dire – car seuls savent ceux qui se turent – aveuglés par les larmes qui coulaient sur leur poitrine et qu’en vain ils essayaient de cacher.
Tant de larmes et tant de sang versés ! Tant d’années d’exil dans une solitude cachée. Il est des mots que l’on ne dit pas. Il est des pensées que l’on n’ose pas. Il est des cris que l’on étouffe et que l’on tait. Roger Hanin avait vécu ainsi. Mais il était sûr d’une chose : un jour il y retournerait. « Je reviendrai » avait-il déjà écrit dans les années sombres où des Algériens ( ?) massacraient, égorgeaient, décapitaient et immolaient femmes, enfants et vieillards : d’autres Algériens.
Mais l’Algérie n’oublie jamais ceux et celles qui l’aiment et qui continuent de l’aimer. Vaste et profonde dans l’amour et la tendresse qu’elle éprouve pour tous ses enfants et surtout pour ceux et celles qu’elle voyait, tout comme Roger, partir en silence, la tête baissée et le cœur lourd de peine et d’angoisse., l’âme blessée et la tête baissée pour mieux savourer les derniers pas dont ils la foulaient pour la dernière fois, en se disant : « Je reviendrai ! »
Une mère pleure toujours ses enfants. Elle les pleure quand ils la quittent ; elle les pleure encore plus fort quand – la tempête cessante – ils peuvent enfin se retourner vers elle… Quand ils sentaient que la mort allait leur briser les ailes, dans leur dernier souffle accompagné d’un dernier regard, ils voient en elle leur seul rêve inachevé… Un rêve qui devient éternel et à jamais renouvelé.
Roger Hanin a achevé son rêve ; celui de retourner se reposer pour l’éternité dans le sein de sa Mère-Patrie enfin retrouvée : L’Algérie.
C’est un droit noble et solennel que chaque Algérien devrait revendiquer. Il reste un privilège dont sont privés beaucoup d’autres fils et filles d’Algérie.

Un message !

Avant de te quitter, mon cher Roger, je veux te charger d’une mission très importante : celle de porter les salutations filiales à cette terre d’Algérie où tu reposeras désormais. Les salutations de ses autres fils et filles qui n’ont pas encore obtenu le privilège qui vient de t’être accordé. Dis-lui, rappelle à cette Algérie que bon nombre de ses enfants – qui lui avaient voué un attachement et un amour sans nom, toute leur vie durant, au point de tout lui sacrifier – reposent encore loin d’elle ; que l’exil qu’ils avaient connu de leur vivant continue avec leur absence.
Jean El-Mouhoub AMROUCHE, Taos AMROUCHE, Slimane AZEM, Mohammed ARKOUN… La liste est longue et je ne crains de t’imposer un lourd fardeau que tu as déjà porté avec panache et fierté… comme tout Algérien qui se respecte.
Il y a une dizaine d’années, j’ai eu le bonheur et l’honneur de te serrer la main lors d’un salon du livre juif… J’étais aux côtés du grand Marek Alter et de l’illustre Simone Weil. Nous avons effleuré cet exil auquel continue d’être condamnés ces enfants d’Algérie. Tu avais déjà remarqué qu’ils étaient pour la grande majorité d’entre eux des Amazighs, Berbères de Kabylie. C’est-à-dire des descendants des « Algériens des origines » (l’expression était de toi), des autochtones que tes ancêtres juifs avaient déjà trouvés sur cette terre qui allait devenir la leur et par la suite la tienne, quand ils adoptèrent la Berbérie comme terre d’adoption.
« Que leur reproche-t-on ? » m’avais-tu dit ? Je te répondis : « Etre des autochtones – des Imazighen – et à ce titre attachés viscéralement à la langue (tamazight) et la culture de leurs ancêtres, les Imazighen ou, selon ta formule, « Des Algériens d’origine ».
Mon père avait l’habitude de dire : « Seul le peuple juif est venu sur notre terre sans idée belliqueuses et sans intention conquérante… ».
Repose en paix auprès des tiens mon frère !

Je me dois à l’Algérie
Par Roger Hanin. Acteur.

Paris. Il fait nuit. Je suis dans mon bureau. Je pense à l’Algérie. Comme elle me paraît loin. J’ai peur de ne plus pouvoir la retrouver en pensée. Je ne veux forcer ni mon cour ni ma mémoire. Où en suis-je de l’Algérie ? J’écoute cette phrase et j’entends : » Où en suis-je de ma vie ? » Même sensation. L’Algérie, comme ma vie, m’a laissé bonheurs, souffrances, frayeurs. Et pourtant, dans le silence de mon bureau, j’ai l’impression, ce soir, que je ne la connais plus et que je n’ai ni droit ni qualité pour en parler.
Et si je me taisais tout simplement ? Ah, bien sûr ! Ce serait plus conforme à l’élégance intellectuelle, et l’intelligentsia trouverait cette esquive correcte. Mais, décidément ce soir, je ne suis pas correct !… Je n’ai jamais été correct. Ni intellectuellement correct, ni politiquement correct, ni « algériennement » correct.
J’ai honte de cet affaissement que je ressens pour mon pays. Mon pays… J’ai dit » mon pays « … Chaque fois que j’évoque l’Algérie, c’est vrai, je dis « mon pays». Est-il donc si loin cet Éden blanc de soleil, parfumé d’eucalyptus et de jasmin, orange et rouge et jaune de ses fruits, ses fleurs… Je ne me rappelle donc que cela ?… D’où vient que se télescopent l’horreur, l’OAS, les crimes, les offenses, la haine, le sang, l’exode ? Tout se mélange. Et pourtant, résiste en moi une petite pousse de refus qui s’entête. Je ne peux pas me contenter d’un constat. Même brouillé.
L’Algérie n’aurait donc plus de visage ? Difficile d’admettre l’adieu et de tirer sa révérence. Musique fade sur fond de « Vous ne me devez rien, je ne vous dois rien ». L’Algérie ne me doit rien, mais moi je dois à l’Algérie. Je dois d’y être né, d’un père d’Aïn-Beida, d’un grand-père et de toute une lignée venue de la basse Casbah. Je dois à l’Algérie d’avoir vécu de soleil, d’avoir été nourri de son amour pudique et braillard, excessif et profond, ensemencé des cris de la rue, où j’ai appris la vie, la lutte, la fraternité…
Et voilà que chaque jour, lorsque j’ouvre un journal, je lis : «Des Algériens ont assassiné lundi quarante Algériens dans le massif de l’Ouarsenis ». » Mardi : «Des Algériens ont égorgé à Médéa trente femmes algériennes, dix enfants algériens. » Mercredi : «Des Algériens ont torturé des vieillards algériens, coupés en morceaux des bébés algériens. » Jeudi… J’arrête l’horreur.
Et ces crimes seraient commis au nom de Dieu ?
Je ne crois pas que Dieu veuille ce sang. Le Coran n’a jamais imaginé des scènes aussi déshonorantes, des sacrifices aussi écœurants. Je ne suis pas musulman. J’en arrive à le regretter car aujourd’hui je pourrais parler plus haut, plus fort. Je suis juif et je dois une gratitude éternelle à l’Algérie d’avoir gardé sur sa terre et dans sa chair, des centaines de milliers de Juifs pendant des siècles et des siècles jusqu’à l’arrivée des Français, qui ont trouvé en envahissant le pays une communauté israélite intacte, heureuse et différente.
C’est cela l’Algérie… C’est cela l’islam : le respect, la tolérance, l’amour…
En dehors des analyses intelligentes et généreuses, il faut agir !

Aujourd’hui. Il y a urgence ! Chaque heure qui passe sonne notre lâcheté. Les chefs religieux de l’islam doivent parler sans craindre de porter l’anathème. Les chefs politiques doivent se déclarer en état de guerre civile car c’est bien de cela qu’il s’agit : il y a en Algérie des hommes et des femmes qui veulent vivre d’une certaine manière et il y a en face d’eux, d’autres hommes et d’autres femmes qui veulent vivre d’une autre manière.
Je forme des veux pour que le prochain président de la République d’Algérie parvienne à faire vivre ensemble tous les Algériens dans leur patrie, qu’ils ont gagnée dans le courage et la dignité, dans le sang et les larmes, mais où ils ne veulent plus vivre dans les larmes et le sang.
Il ne faut plus que l’Algérie éloigne d’elle, par la terreur qu’elle inspire, ceux qui voudraient lui dire leur amour et leur fidélité. Il faut rendre, de nouveau, l’Algérie fréquentable, en y allant ; prouver que l’Algérie n’est pas un pays de chaos, mais une terre noble qui ne refuse pas la fraternité et appelle le courage partagé.
Je viendrai bientôt.

Publié par : youcefallioui | janvier 31, 2015

MON PERE ET LES OISEAUX…

MON PERE ET LES OISEAUX…

Mon père, mon frère Tahar et les oiseaux…

Ass m’akken llan ifrax – Au temps où les oiseaux étaient nombreux et chantaient le bonheur de tout un pays… L’Algérie.

Nous sommes dans les années brûlantes de la guerre d’Algérie. Ddada Tahar descendit du maquis avec son ami Lâaziz M_Méziane. A quelques années d’intervalles, ils tombèrent tous les deux au champ d’honneur. Ils traversèrent la forêt de tamaris de la Soummam avant de venir au jardin à l’abri des arbres des nombreux vergers qui longeaient la vallée.
Ils nous trouvèrent, mon frère Mohand Rachid et moi, en train de nous baigner dans le bassin. Ddada Tahar nous aimait beaucoup. Il aimait plaisanter et nous taquiner en disant des choses sérieuses qui nous mettaient les larmes aux yeux. .. Qu’il fallait profiter de notre jeune âge, car les jeunes de leur âge finiraient tous par mourir… qu’il fallait que nous nous préparions à les remplacer au maquis pour combattre les Français. Il disait cela en riant. Lâaziz ne disait mot. Il se contentait de sourire.
A l’époque, il y avait beaucoup d’oiseaux qui vivaient dans la vallée. Toute la journée, nous étions bercés par leurs chants divers et mélodieux… La guerre, ils n’en avaient cure ! Et quand les oiseaux s’arrêtaient de chanter, et quand l’échassier qui gardait le jardin s’envola en poussant un cri, nous savions – papa nous l’avait appris – qu’un danger était éminent.
Je fis la remarque à Ddada Tahar : « A Dadda ! Ifrax hebsen ccna… D-cacu i-wi slan ! » Dadda Tahar comprit aussitôt ce que je voulais dire et il entraîna vite son ami à l’abri dans les roseaux qui entouraient le bassin et le puits.
Quelques minutes après, une section de militaire français et de harkis passait non loin. Un harki qui nous connaissait nous salua gaiement : « Alors les petits Ichivanènes, tout va bien ? Il n’y a pas de fellagas par-là ? » Terrorisés à l’idée de les voir venir vers nous, nous nous efforcions de rire pendant que mon frère lui répondit : « Nous allons bien, a Dda Hécène, et il n’y a pas de fellagas par ici ! » Dda Hécène savait-il que Dadda Tahar et son ami étaient cachés là ? Avec le recul et la façon dont il s’était comporté – en refusant aux autres harkis de venir se désaltérer – nous comprimes qu’il savait quelque chose, ou à tout le moins, il se doutait de quelque chose…
Mon père aimait dire que là où les oiseaux sont heureux, les portes de la sauvegarde s’ouvrent toujours au moment où le danger guette les hommes (et les femmes).
Nous passions la plupart de notre temps au jardin. A l’époque, notre jardin et ceux environnants étaient de véritables paradis… Tous ces magnifiques arbres fruitiers abritaient une multitude d’oiseaux qui égayaient toute la vallée de la Soummam. Un échassier gris-marron que mon père appelait « Le gruidé » (Amriji) tournait toujours autour de nous quand nous arrivions au jardin, un peu comme pour nous souhaiter la bienvenue.
Mon père passait son temps à observer la nature et notamment les oiseaux. Les oiseaux n’avaient pas peur de lui ! Je n’ai jamais compris comment il faisait… Les oiseaux se posaient sur ses épaules ; et les plus petits, comme les alouettes, elles venaient boire et picorer des graines dans la paume de ses mains.
L’échassier se posait sur ses épaules un peu comme s’ils se parlaient tous les deux… En notre absence, quand quelqu’un entrait dans le jardin, il lui tournait autour en lançant des cris stridents.
Un jour, je vis un homme venir d’un pas décidé. Ma mère avait du lui dire que mon père se trouvait au jardin.
Amriji lui tournait autour presque au niveau de sa tête, en criant terriblement. On avait l’impression qu’il allait lui crever les yeux ! Mon père s’exclama alors : « Que Dieu nous épargne du malheur ! » (A-gh imnaâ Rebbi g’lada !)
Nous étions lui et moi en train d’irriguer les mandariniers et les orangers. Le monsieur, que je ne connaissais pas, nous salua avant de dire à mon père : « Votre Tahar a été tué aux At Mlikech… »
Pétrifié, mon père le fixa quelques secondes, avant de crier : « Ô mon Tahar chéri ! Ô mon Tahar chéri ! » (A Taher amaâzuz ! A Taher amaâzuz !) Il perdit l’équilibre, partit à la renverse et tomba sur le sol en répétant : « Tahar chéri ! »
Je bondis dans sa direction en essayant de l’aider à se relever. Il se « rendit compte de mon effroi » et se ressaisit en me prenant la main : « N’aie pas peur, mon fils ! N’aie pas peur, mon fils ! »
Voir son doux père pleurer ! C’est comme si la terre se dérobait sous mes pieds… J’étais le plus malheureux des enfants ! Je venais de perdre un cousin que mon père adorait bien plus que ses propres enfants – et Dadda Tahar le lui rendait bien – et je venais de voir mon père le pleurer… Ses yeux d’un bleu sombre se remplirent d’un regard où une tristesse infinie s’y lisait… Je lui pris la main et nous restâmes longtemps au pied de l’un des peupliers qui s’élançait dans les airs près du bassin.
Quelques instants après, ma mère – connaissant l’amour que mon père portait à Dadda Tahar – vint nous rejoindre. C’est la première fois que je vis ma mère prendre la main de mon père… La société pudibonde kabyle ne le permettait plus depuis l’invasion de la France coloniale ! Comme si l’homme devait devenir dur et sec pour faire face à la barbarie que les Kabyles subissaient depuis 1830… Si seulement…
Avec la mort de Dadda Tahar, notre destinée fut bouleversée ! Des rapaces s’abattirent sur mon père. De tristes échassiers qui voulaient nuire au lion qu’était mon père… Mais, ce dernier n’était de lignée noble pour rien…
Depuis ce jour-là, où « son Tahar chéri nous avait quitté »La tristesse infinie n’avait jamais quitté les yeux bleus de mon père… Parfois il disait d’un air où le vent de la désolation soufflait : « Là où les Français avaient tué mon Tahar chéri… Il ne devait pas y avoir beaucoup d’oiseaux qui chantaient… ».
Il n’était consolé que par nos rires d’enfants… le retour de prison de mon frère Mohand Tayeb et de mon beau-frère Mohand Tahar, ami de mon frère-cousin Tahar.
Je voyais mon père s’adonner de plus en plus à l’apprivoisement des oiseaux… Je le voyais les observer en se mettant en boule dans un coin ; à leur parler comme si c’était des humains… en leur lançant des graines ici et là… Je voyais les oiseaux, de plus en plus nombreux, lui tourner autour… Ils picoraient dans ses mains et se posaient sur ses épaules…
Mon père était un fou-amoureux de la nature… L’oiseau symbolisait sans doute pour lui la fragilité du monde… Et je compris pourquoi il disait : « Vos rires, mes enfants, et le chant des oiseaux, enfants de la nature (tarwa n terwest) me consolent de toutes mes peines… Et rien de ce qui est précieux ici bas n’aurait de l’importance si les enfants ne riaient pas aux éclats et si les oiseaux ne chantaient pas le bonheur et l’insouciance d’une vie où les hommes sont capables de comprendre les larmes de la terre… Si seulement…
Mon père aimait dire et répéter : « Quand un oiseau chante, il y a un arbre chargé de fruits et une source ou une rivière non loin où il pourra se désaltérer… Tahar chéri et bien d’autres lions qui ont libéré l’Algérie auraient aimé – du paradis d’où ils nous regardent – entendre le chant des oiseaux dans un pays où l’arbre et l’eau demeurent sacrés comme le bonheur des enfants par le rêve emporté… »… Si seulement…
Et quand il voyait un oiseau chanter gaiement dans les airs, il me disait : « Ecoute, mon fils, c’est Tahar chéri qui nous dit bonjour ! »… Si seulement…
J’ai gardé cet amour de la nature, des cours d’eau, des arbres et des oiseaux… qui donnent tout son sens à la vie… où la terre vous invite comme une mère invite son enfant à prendre part à un repas qu’elle avait préparé avec attention et amour… Les anciens Kabyles disaient : « C’est sur la nature que toute la vie repose ! » (Af terwest tudert i-tress !)
Si seulement l’Algérie avait tenu ses promesses… promesse d’un regard enchanté par l’environnement et la nature, par la culture et l’éducation, par l’enseignement de l’histoire des hommes qui sont tombés pour que la liberté et la démocratie puissent régner… régner un peu comme les oiseaux chantent sur les arbres chargés de fruits doux et sucrés… près d’une rivière à l’eau douce et claire.

A-wi ddan d wi ruhen ! Xas deg’id mi zzin yitran…

Publié par : youcefallioui | janvier 16, 2015

Yennayer 2965 – Nouvel an berbère fête de la lumière et de la paix

Yennayer Berbère ou le nouvel an des lumières et de la paix

« Qui multiplierait les fêtes pour qu’on continue de vivre unis et dans la paix ! » (a-wi sigwtent laâwacer ; i-wakken anezg a-nâacer !) (Dicton extrait d’un chant sacré de Yennayer : « Jours divins » Laâwacer)

Jour de fête, Yennayer est chanté par les Anciens comme un jour sacré et divin. En voici un extrait de ce chant (la traduction est très « approximative ») :

 

….

Savez-vous que « la voie lactée » se dit « La poutre du ciel » chez les anciens Kabyles ?
On l’appelle aussi « Le chemin de paille », dit notre mytholie dans un mythe (Izri) dont le titre est « Le voleur de paille » (Amakur n walim).

Toutes les histoires et les mythes racontés pendant Yennayer font référence à la lumière qui symbolise la paix, la non-violence, la sagesse, la connaissance et l’entente et la solidarité entre les hommes et les femmes.

Yennayer est une fête divine à bien des titres ou la femme révèle toute sa place, où l’homme s’incline devant la sagesse et où l’enfant profite de tous les enseignements. Dans la mythologie kabyle, c’est aussi un personnage très important. Il est singulier à plus d’un trait, car il est à fois masculin et féminin : on parle aussi de « Mère Yennayer » (Yemma Yennayer). La femme kabyle voulait ainsi marquer de son empreinte cette grande fête en se l’appropriant au même titre que toutes les autres fêtes. Car, ce n’est rien de le dire, mais la fête en Kabylie, passe d’abord par la femme. C’est elle qui organise et c’est autour d’elle que tournent toutes les manifestations ; même quand les choses ne tournaient pas toujours à l’avantage de certaines : celles qui s’étaient mal conduites et dont les enfants révélaient les défauts et les méfaits à travers le carnaval de Yennayer.
Selon ma mère, ce fut la même période que les poétesses kabyles mettaient à profit pour investir l’Assemblée des hommes et dire à ces derniers (en s’attaquant nommément à certains) les quatre vérités. J’ai pu ainsi recueillir quelques poèmes de Tawes de Ijaâd (ce n’est pas ma mère, c’est son homonyme) et Djouhra Helloufa qui avaient marqué notre village par leur poésie cinglante et anti-machiste ! Chose paradoxale (voire extraordinaire), les hommes en étaient friands ! Selon ma mère, c’était le Mezwer – chef du village d’Ibouziden – qui les invitait à dire leurs poèmes en pleine Assemblée des hommes. Yennayer était donc une fête propice à la vérification des principes démocratiques dans la cité kabyle. On le retrouve à travers certaines expressions et dictons : « Celui qui craint Yennayer, il a quelque chose à se reprocher ! » (Win yugaden Yennayer yella kra i-gessexser) ; « Celui qui prend garde à ce qu’il fait, il n’a pas peur de Yennayer » (Wi’ddan s lehder, ur ittaggwad Yennayer !) Plus explicite est l’expression suivante : « Yennayer n’aime pas les conflits ! » (Amdegger, ur t-ihemmel Yennayer !)
« Yennayer aime la rosée et la paix ! » Yennayer ihemmel nnda d lehna ! Car la mère du monde (yemma-s n ddunnit) s’appelle « Rosée-du-Matin » (Nnda-n-Wesru)

 

Pour revenir à « Mère Yennayer », ma grand-mère disait qu’une femme qui s’est distinguée par son aura et sa sagesse portait le titre de Yemma Yennayer.
Yemma Yennayer est fêtée au cours d’un rituel sacré qui se passait selon les cas – sans doute collé aux événements sociaux de chaque cité kabyle – soit le premier jour de Yennayer (Ixf n Yennayer) ou le septième jour (Ccebâa n Yennayer – nagh tuttla n Yennayer). Les femmes entouraient celle qui était ainsi l’élue (Yemma Yennayer) qui faisait la morte par terre. Et elles chantaient jusqu’à ce que Yemma Yennayer soit ressuscitée ! Alors, elle se relevait et embrassait chacune des femmes présentes qui faisaient partie de cette noble assemblée en disant : « Par la protection de Yennayer et le grain qui germe et l’étoile qui se voit le jour !… » (Aheqq ccbak n Yennayer d-uâeqqa ad yekker d-itri yettbanen deg’wzal… !)

 

 

Pour ce faire, les parents mettent souvent en scène les enfants comme acteurs principaux de leur mythologie. C’est pour cela que les enfants assistaient leurs parents dans tous les travaux et dans la mesure de leur force.
Il en ainsi lorsque enfant, mon père me demandait d’aller remplir le sac de céréales qu’il portait sur l’épaule avant de commencer les semaisons. Avant cela, il commençait par les labours. Avant de commencer à labourer à l’aide des bœufs, je l’entendais toujours dire à la terre la prière suivante : « Pardonne-moi de te déranger ainsi, c’est pour mettre le grain en toi et pour nourrir mes enfants et donner sa part au pauvre ! Terre, fais que mes efforts et ceux de mes bœufs ne soient pas vains ; Donne-nous une bonne récolte, que Yennayer te soit doux par la puissance du Souverain Suprême ! »

Enfin, pour terminer, car il faudrait plusieurs ouvrages pour en terminer avec Yennayer, je dédie à toutes mes sœurs et mes frères kabyles et Imazighen ce poème de Yennayer que les mères et les grands-mères kabyles chantaient. Je vous le chanterai bientôt en vous donnant d’autres récits et d’autres choses encore sur cette fête sacrée léguée par nos ancêtres, les Imazighen.

Les textes en kabyles et les traductions complètes seront données dans un ouvrage à paraître : « Mythes et pensées chez les anciens Kabyles ».

 

Que la lumière et la paix de Yennayer soit sur tous les Imazighen !
Que la lumière et la paix de Yennayer soit sur tous les peuples !

Que la lumière et la paix de Yennayer bannisse la violence de la terre et sème la paix à travers le monde !

Publié par : youcefallioui | décembre 30, 2014

2014 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 12 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 4 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Publié par : youcefallioui | décembre 25, 2014

Il était une fois la gare d’Ighzer Amokrane…

Il était une fois la gare d’Ighzer Amokrane… et monsieur David

Il y avait un parc. Il y avait des oiseaux. Il y avait deux puits. Il y avait de l’eau. Des fleurs à foison et des arbres fruitiers. Plusieurs petits jardins où sentait la lavande. Deux grandes maisons avec des cheminées. Il y avait des familles qui avaient l’œil sur tout. Il y avait la vallée qui riait qui riait. La Soummam, non loin, bourdonnait jour et nuit. Les vergers étaient grands, un vrai paradis. Dans ce parc où nous jouions, il y avait un monsieur gentil et souriant. Il s’appelait monsieur David. Dans ce parc si beau comme un paradis, il y avait une gare, une grande gare, une magnifique gare ! Une belle bâtisse à deux étages. Quand monsieur David avait fini de laisser partir le train, grâce à son coup de sifflet, il se tournait vers moi pour mettre sa main dans la poche avant de la ressortir avec un ou plusieurs bonbons. Monsieur David était toujours souriant. Il parlait français et un peu kabyle avec un accent qui nous faisait rire. Nous l’aimions beaucoup. De temps en temps, maman me demandait de lui porter un peut de couscous. Il adorait le couscous de maman. Comme les Kabyles font, il rendait toujours des bonbons ou des friandises dans le plat de maman. Les oiseaux chantaient et les oies gardaient bien ce petit coin de paradis où les voyageurs aimaient venir prendre le train. Ils venaient toujours en avance pour pouvoir profiter de ce petit paradis embaumé par toutes sortes de fleurs et les arbres chargés de fruits. Non loin, le long de la voie ferrée il y avait les eucalyptus. Monsieur David y avait installé quelques bancs pour les personnes âgées. Quand il faisait beau, et il faisait toujours beau, Tahar, Madjid, Mohand, Yamina, Cherifa, Rékia et moi jouions sous le regard affectueux de monsieur David. On ne disait pas de monsieur David qu’il était juif. On disait simplement : monsieur David. Et Papa arrêtait souvent son vis à vis par ses mots : « Il est des nôtres ! » Et cela coupait court à toutes les spéculations. Maman disait en parlant de lui : « Il n’est pas chef de gare, il est le gardien d’un petit paradis ! » Quand nous prenions le train pour descendre à Bougie (Bgayet) Maman s’empressait toujours de venir beaucoup plus tôt dans ce petit coin de paradis. Et dans un morceau de tissu bien propre, elle mettait quelques gâteaux pour «son gardien de petit paradis ». Elle appréciait quand monsieur David enlevait sa casquette pour la saluer. Il inclinait légèrement la tête dans sa direction avant de lui dire bonjour, Sbah l-lxir, dans un accent que tout le monde aimait entendre. Cet accent était une sorte de référence. On disait de certains qu’ils parlaient comme monsieur David. N’allez pas croire encore à des spéculations ! C’était plutôt un beau compliment ! En effet, comment ne pas se sentir fier quand l’accent de quelqu’un est comparé à celui de monsieur David ? Ce dernier disait que ses ancêtres s’étaient installés en Kabylie il y a plus de deux mille ans ! Ce sont donc des autochtones, ou presque, comme nous les Berbères, les Imazighen. Gardien du paradis, il fallait beaucoup d’autochtonie dans l’âme, beaucoup d’amour de cette terre berbère de Kabylie pour veiller avec autant d’attention sur une gare qui était comme un joyau de la vallée. Une gare bien plus belle que toutes les autres ! Pas même celle de Bougie ne pouvait rivaliser avec la nôtre ! Et puis il n’y a pas que le bâtiment imposant et spacieux. Il y avait aussi « la salle des voyageurs » qui nous servait de lieu de jeu quand il pleuvait ou faisait froid. Mes amis et moi gesticulions et criions sous l’œil attentif de monsieur David. Car entre les garçons montaient souvent des étincelles, surtout entre et moi-même et mon meilleur ami Smaïl ! Je me rappelle du jour où monsieur David me gronda sévèrement : je venais de couper le menton de mon ami Smaïl avec une pierre. « D’accord dit-il il t’a frappé le premier, mais de là à lui couper le menton, quand même ! » Je promis de ne plus recommencer… Et nos parents durent écouter nos explications ; et quel soulagement d’entendre mon père me dire devant toute l’assistance : « Tu as bien fait de te défendre ! » Cela clôturait le débat, car comme disait monsieur David, la parole de mon père valait de l’or et de l’argent. Le calme de l’amitié l’emportait très vite sur nos disputes. Nous profitions alors de ce petit coin de paradis en veillant à ce que personne ne nous en prive. Nous tenions à ces rigoles d’eau écarlates où nous y buvions sans prendre le temps d’aller jusqu’aux quatre fontaines du parc. Quatre fontaines vraiment magiques ! C’étaient des fontaines avec lesquelles nous aimions beaucoup jouer : il suffisait d’actionner un bras et aussitôt l’eau jaillissait du puits, comme par magie ! Monsieur David nous grondait : « ne gaspillez pas l’eau !» Alors nous faisions mine de suivre la rigole comme si nous irriguions les arbres et les fleurs. Mais monsieur David n’était pas dupe. Quand nous étions bien sages, monsieur David nous faisait monter au deuxième étage de la gare. De là, à travers les immenses fenêtres nous pouvions admirer la vallée et la Soummam dont les torrents brillés au soleil. Quand le train arrivait, monsieur David accueillait toujours les voyageurs. Il ne vérifiait pas toujours si ces derniers avaient tous un billet. Aux hommes, il disait simplement  « Bonjour » ! Aux femmes, il se faisait un devoir de le dire en kabyle dans « son accent  paradis » : Sbah l-lxir ! La gare d’Ighzer Amokrane n’était pas simplement une gare. C’était un lieu de villégiature dont tous les Ighzérois étaient fiers. Chacun y mettait du sien pour que ce petit coin de paradis profite à tous…Si certains donnaient de petites graines à semer ou les semer eux-mêmes dans le parc de la gare, d’autres se proposaient pour tailler les arbres. Comme cela personne n’avait honte d’en cueillir les fruits …quand nous en laissions à même les branches. Je me rappelle des amis de mon père qui parlaient français aussi bien que monsieur David. Monsieur Bouguermouh Mahmoud, monsieur Ouahrouche Amar (directeur d’école) et monsieur Iberraken Saïd, qui venaient de temps en temps saluer le chef de gare exceptionnel qu’il était. C’était la manière kabyle de lui faire comprendre qu’il faisait partie du village, de la tribu. Mais monsieur David préférait de loin les visites éclairs de mon père dont il se sentait très proche, on verra plus loin pourquoi. Chacun était conscient de ce coin de paradis et de son gardien originaire de Bougie depuis l’Antiquité. Quand il coupait les fleurs de son paradis, c’était pour en faire profiter tout le monde : il les mettait dans la salle des voyageurs où chacun pouvait les admirer et en sentir le parfum. La gare d’Ighzer Amokrane, ce n’était pas une simple gare où les voyageurs passaient et repassaient indifférents au gré des allées et venues des trains ; oh que non ! C’était un jardin où chacun pensait qu’il y avait une fleur, un oiseau ou un arbre qui lui appartenait un peu. Monsieur David avait compris ce qu’était le bien collectif dans l’ancienne Kabylie (ssbel), bien commun à partager par tous. C’est pour cela qu’il nous disait : « faites attention au jardin, tout cela est à vous, ce n’est pas à moi ! » nous n’étions pas peu fiers de nous savoir propriétaires d’une gare si magnifique qui ressemblait à un petit paradis. Un jour … une nuit … on frappait à notre porte en criant. J’entendis mon père qui bondit de son lit en disant à maman : « c’est la voix de monsieur David ! » Mon père alluma une lampe, sortit dans la cour pour ouvrir la porte. Face à nous, le visage de monsieur David, apeuré, terrorisé qui répétait en bégayant : « La gare brûle ! La gare brûle ! » Mon père traduisit à ma mère : « ils ont brûlé la gare ! » Nous sortîmes dehors pour assister à un spectacle déchirant : un énorme incendie était en train de dévorer, d’anéantir notre petit paradis, la gare d’Ighzer Amokrane ! Cela fait maintenant plus d’un demi-siècle… Ighzer Amokrane n’a toujours pas de gare… A la place du parc – du petit coin de paradis – un amas d’ordures, une décharge de bouteilles de vin et de canettes de bière : un endroit de désolation !

Ne restent plus – mais pour sûr, pas pour longtemps ! – que trois malheureux eucalyptus qui se souviennent – oui ! Les arbres ont une mémoire ! – de ce coin de paradis qui a laissé place à un coin d’enfer où même les trains ne s’arrêtent plus !

Trois grands arbres majestueux que certains se dépêcheront d’abattre … pour les revendre, une fois morts, sous forme de bois secs et de planches sans souvenir ni mémoire.

Et personne ne sait ce que monsieur David est devenu… Joyeux Noël, monsieur David ! Nous ne vous avions jamais oublié !

Publié par : youcefallioui | décembre 18, 2014

Hommage à Myriem – Urawen i Meriem – De la vie au conte…

Azul a Myriem !

De la vie au conte et du conte à la vie

Votre témoignage m’a touché au plus profond de moi-même. Je le reçois comme l’hommage des hommages – Urawen n Wurawen, akken qqaren Imgharen. Je vous remercie pour tous ces mots justes et cette recherche certaine, déterminée et juste que vous menez aussi bien en Kabylie qu’en France. Vous ne pouvez savoir ô combien je me suis retrouvé dans tout ce que vous avez dit. Je me revoyais – image après image – dans le cheminement que vous aviez mené au cours de votre vie. Le même chemin semble avoir été emprunté par nos petites jambes d’enfants. En vous lisant, je me suis surpris à me dire qu’il fallait peut-être que j’écrive quelque chose sur cette enfance brimée et déchirée par certains événements comme la guerre d’Algérie ; mais à côté de ces souvenirs de guerre – mon père nous appelait « les enfants de la guerre » – à côté de ces années où la peur m’était chevillée au corps, car j’étais un enfant très sensible, qui avait peur face à la mort que je voyais tous les jours ; mais à côté, disais-je, il y avait ces veillées autour du kanoune ; ces veillées magiques où mon doux père me prenait dans ses bras quand mes tantes ou ma mère racontaient… Je me réveillais toujours dans mon lit en m’étonnant de ne pas me souvenir du moment où – emporté par la voix douce et merveilleuse de la conteuse, souvent celle de ma mère – je m’étais endormi. Je me réveillai un peu frustré de ne pas avoir tenu les yeux ouverts pour entendre le conte dans sa totalité. Alors, la première chose que je demandai à ma mère ou à Nnana Wnissa ou à ma grand-mère c’était de revenir sur le conte et de nous le raconter de nouveau… Ma grand-mère disait : « Toi, tu n’es pas comme les autres enfants : tu n’écoutes pas les contes mais tu les bois ! » Sur le moment, je ne comprenais pas ; il a fallu que j’avance dans l’âge, que je fasse des études en sciences sociales, que je fasse des recherches sur ma langue et ma culture – surtout sur le conte, les mythes et les énigmes – pour que je saisisse enfin le sens que ma grand-mère voulait donner au verbe « boire les contes ». Je les ai bus comme jamais un enfant ne les avait bus : je m’en étais imprégné au point de faire face aux horreurs de la guerre et aux injustices que cette Algérie – qui a manqué toutes ses promesses – m’avait faites ainsi que la jeunesse kabyle et notamment à ses filles et ses femmes. Bien des années après, je m’étais rendu compte que l’enfant très sensible que j’étais – ma mère me grondait en disant : « Tu pleures comme une petite fille ! » Heureusement que mon père était là ! Il me disait : « Tu es très intelligent et courageux ; il est normal que tu sois si sensible ! » Il avait su me dire les mots qu’il fallait à chaque fois, des mots qui me consolaient et qui me permettaient de ne pas trop souffrir de ma sensibilité que beaucoup autour de moi considéraient comme de la sensiblerie qui n’a pas lieu d’être surtout pendant la guerre où des hommes étaient torturés, étaient massacrés, dans les corps étaient exposés au stade comme si c’étaient simplement des animaux sauvages. Alors que c’étaient le fleuron de la jeunesse kabyle qui se sacrifiait pour que l’Algérie devienne libre ; une Algérie qui était tellement kabyle à l’époque, car la Kabylie était le fer de lance de la révolution algérienne. Je me souviens quand ma grande soeur Zahra s’habillait comme un homme et partait la nuit à la recherche de son mari et de me frères qui étaient au maquis pour leur apporter à manger. Elle chaussait des chaussures qu’on appelait « les palladiums » et elle mettait sur elle un manteau qu’on appelait « Le cache-poussière » et elle changeait sa coiffe en mettant son foulard comme les bandas de maintenant… avant de disparaître dans la nuit… Je me souviens du jour – où du haut de mes 8 ans – ma mère me demanda de faire la même chose : apporter à manger à mes frères en zone interdite – Arch des Awzellaguen et une partie de l’Akfadou – alors que nous étions réfugiés dans l’arche des Illoulènes. J’étais paralysé ! Ma mère me dit alors sévèrement : « Tu veux qu’ils meurent de faim ! » Je me souviens avoir fait le parcours en me racontant le conte de l’ogresse qui avait inventé la guerre ! Je n’en reviens toujours pas que le petit garçon si sensible et si peureux ait pu faire certaines choses alors que les bombes tombaient, les avions bombardaient… Je suis incapable de l’expliquer aujourd’hui, sinon par l’amour et la tendresse dont nous étions couverts pendant la prime enfance… ce qu’on appelle en psychologie « la sécurité psychique ». C’est cela ! Grâce aux contes, j’ai eu en moi la sécurité psychique qui remplaçait ma sensibilité par un courage qui m’étonnait moi-même !

Quand j’ai vu mon père se faire torturer… Quand j’ai vu mes frères – mes cousins – et mes oncles morts au champ d’honneur pour que l’Algérie vive libre, indépendante et démocratique… je ne pensais pas que les Kabyles seraient mis à l’écart… Quand je visite mon village – Ibouzidène – encore en ruines comme les 15 villages des Awzellaguènes – je me dis que ce n’est pas juste… que les Kabyles ont vécu la plus grande injustice qui soit, surtout ses filles et ses femmes… Aujourd’hui, ce qui nous fait, ce qui fait de nous un peuple – notre langue – est malmenée. Certains parents refusent de donner l’autorisation à leurs enfants de fréquenter les cours de tamazight… Ils oublient que des centaines et des centaines de jeunes sont tombés pour cela… Quand en 1962, nous fumes envahis par des Arabes d’Orient – Egyptiens et Syriens et Palestiniens – nous n’avions pas le droit de parler notre langue à l’école – le Kabyle était interdit : j’ai été sauvagement battu pour avoir oser tenu tête aux instituteurs français… Mais j’ai été battu par un Arabe – après l’indépendance de l’Algérie ! – pour les mêmes raisons : avoir parler en kabyle en classe !! Vous voyez, tout est dans les contes ! A chaque fois qu’une injustice m’arrivait, je me revois aussitôt dans un conte où nos grands-mères avaient raconté un sujet analogue… C’est la magie du conte que de permettre à l’enfant kabyle de se surpasser, de se battre de voir l’avenir éclairé malgré l’arabisation bête et méchante qui mène vers le stade le plus bas ou le plus haut de l’aliénation : la réification. On veut nous tuer en nous faisant disparaître imperceptiblement… et les Kabyles glissent doucement vers la fin, car ils ne savent pas l’importance de leur langue et de leur culture… Mon père disait : « Un seul conte kabyle vaut tous les livres du monde ! » A l’époque, je pensais qu’il exagérait. Aujourd’hui, je me rends compte ô combien il avait raison ! Sans sa langue, le peuple kabyle va disparaitre. Et nos enfants se diront Arabes d’ici 50 ans ! Car quand une langue se meurt, son peuple disparaît. Voilà, ma chère Myriem, pourquoi j’ai mis toutes mes forces dans la culture orale de nos mères et nos pères, car notre langue est dedans, notre vie est dedans et tout notre sens et nos rêves sont dedans… « Un seul conte et vous vivez tous les mondes à la fois ! » Me disait mon ami et défunt maître le docteur Joseph Gabel, grand spécialiste de l’aliénation.

Je me souvient de ce conte de ma mère qui parle d’une petite fille qui voulait aller à l’école. Dans le conte, il est dit : »Elle allait au temple ». C’est d’ailleurs le seul conte que j’ai recueilli auprès de mes parents où il est question de filles qui vont à l’école. Cette petite fille qui s’appelait Nnda  » La Rosée » devait payer très cher sa volonté de chercher le savoir. Un corbeau n’arrêtait pas de la suivre : c’est le visage de la mort. Elle perdit ses parents et la mort ne cessa de la tourmenter du seul fait qu’elle veuille se libérer, savoir et acquérir sa liberté de jeune fille pleine et entière. Dans mes moments de doute et de peur, je pense souvent aussi à ce conte. Bien que je sois un garçon, je me suis souvent identifié à cette petite fille qui s’était battue pour que la vie lui cède et lui accorde sa chance. J’ai raconté ce conte dans l’un de mes plus beaux livres sur la condition de la femme – à travers le conte – qui a pour titre « L’oiseau de l’orage » – Afrux U-bandu.

Aujourd’hui, j’en suis encore aux contes – je suis en train d’écrire la vache des orphelins qu’une dame me demande en me faisant le reproche suivant : « Vous avez oublié « La vache des orphelins ! » Tettud Tafunast Igugilen ! » C’est un peu pour elle, pour vous, pour ces enfants kabyles qui me sourient parfois dans la rue en plein Paris que j’écris mon 5ème livre sur les Enigmes tant ce genre littéraire nous éclaire sur tous les autres genres littéraires kabyles. J’en veux pour preuve le message d’un jeune prénommé Yanni dont la grand-mère m’avait envoyé une énigme en signe d’hommage pour tout ce que j’ai écrit sur notre culture… Mourrons-nous bêtement, après cela ? Je crois que les kabyles et les Imazighen en général finiront par s’emparer de leur langue et de leur culture comme le trésor infini qui vient de la nuit des temps, du temps du grand Massinissa – Masensen – et du résistant Yugurten… D’autres ont suivi, d’autres se sont sacrifiés ; et quand ils ne sont pas assassinés, ils sont voués à l’exil… Je n’oublierai jamais ma rencontre avec le professeur Mohammed ARKOUN – philosophe kabyle – mort en exil tout comme Slimane Azem et bien d’autres encore – Cette rencontre m’avait transformé : je sentais comme une lumière me saisir au coeur à chaque que je le voyais… Et le professeur Arkoun est enterré au Maroc !

Il faut que les Kabyles se réveillent et prennent conscience en tant que peuple… Commencer par acheter une bibliothèque et y mettre chaque mois un livre qui parle de nous, de notre langue, de notre culture, de nos mères qui ont permis que nous puissions encore aujourd’hui puiser dans ce trésor infini qu’est la culture kabyle… Un peu comme cette métaphore qui fait référence à l’énigme : une braise qui éclaire toute la maison : Yiwet tirgit teccur axxam ! Comme c’est beau ! Sommes-nous capables de telles créations aujourd’hui ? Il s’en faut de beaucoup tant la langue kabyle est blessée car on ne la parle plus : je veux dire on ne fait plus attention à elle… Un trésor vivant qui souffre de se sentir chaque jour délaissé au profit de mots étrangers qui ne veulent souvent rien dire… Notre langue recèle en son essence tellement de racines vivifiantes. Je me  rappelle notamment de cette facilité avec laquelle mes enfants ont parlé une langue si difficile comme l’allemand : c’est la langue kabyle qui leur a permis cela. Que les parents kabyles se réveillent un peu et se disent que s’ils veulent que leurs enfants réussissent, il suffit d’un peu de mots  de la langue de leurs ancêtres : tamazight.

J’espère vous avoir rendu un hommage un peu à la mesure du vôtre. Avec tout le respect fraternel qui m’habite. Ar tufat, lehna tafat fell-am de wid aâzizen fell-am. YA

Publié par : youcefallioui | novembre 15, 2014

DE QUELQUES JEUX DANS LA CITE KABYLE – TURART DEG IGHREM N TMAWYA

NB : Plusieurs articles sur mon blog ont été écourtés ou supprimés par moi. D’aucuns se permettent de me « pomper », sans même avoir la délicatesse de me citer. Je sais que, comme disait si bien Louis-Jean Calvet, « C’est comme ça que les hommes et la science avancent » ; mais il y a des limites ! Quand de petits étudiants s’érigent en historiens et en spécialistes de la culture berbère, alors qu’ils n’y connaissent rien ni à l’histoire et encore moins à la culture… Ne reculant devant rien, c’est avec le « Nous de majesté » qu’ils aranguent les foules…

Pour les lecteurs qui ont besoin d’informations, je suis prêt à leur donner ce qu’ils veulent.

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Publié par : youcefallioui | novembre 6, 2014

AKFADOU OU LE MAL DE VOIR

AKFADOU ou le mal de voir – Akeffadu d wadhu…

Comme je me suis engagé, je reviens sur les propos de Mohand Waâli ou Massine (dans le courriel) à propos de mon absence à la manifestation d’Akfadou.

Résumé des faits :
Je suis en vacances en Kabylie. J’étais au jardin. Voilà que quelqu’un m’appelle. Je décroche. C’est l’adjoint au maire d’Ighzer Amokrane. Il me dit que le maire, en personne, souhaitait me voir. C’est assez urgent, ajoute-t-il. J’avoue avoir cru qu’il s’agissait de quelque chose de grave qui touchait mon village, un ami ou ma famille.
Je lui dis que j’étais libre et que je les attendais chez moi. Ils viennent en compagnie de mon ami Hakim Iberraken qui connaît bien la maison. Je les accueille. Je les fais entrer.
Je leur prépare un café et un jus. Une fois bien assis, Rachid, le maire, prend la parole et me dit : « Je suis contacté par l’Association d’Akfadou qui organise une grande manifestation et ils voudraient te voir parmi pour faire une conférence. »
Ma réponse : « Je ne connais pas les responsables de cette Association, mais comme ils passent par toi, je ne puis dire que oui ! » Je le vois soulagé.
Je lui dis : « Je vais réfléchir à quelques thèmes et je te les communiquerai demain. »
Le lendemain, je lui communique trois thèmes : « Les problèmes économiques en Kabylie à l’heure de la mondialisation », « Les Institutions traditionnelles kabyles et le Mode de Production Kabyle (MPK) », thème qui a fait l’objet de mon doctorat d’économie.
Et comme troisième thème, je propose « Le conte kabyle comme élément constructif de la sécurité psychique de l’enfant (kabyle). »
Le lendemain, le maire m’appelle pour me dire : « Les responsables de l’Association d’Akfadou souhaitent que tu fasses une conférence sur ton itinéraire de militant amazigh ».
La veille, j’ai déjà dit à mes trois amis qu’un thème pareil – récurrent chez les Kabyles – m’intéressait peu. Mais, qu’à cela ne tienne, on va aller dans le sens des responsables de cette Association !
Comme je n’ai pas d’ordinateur ni d’imprimante, Arezki – monsieur Bakhouche – me fait l’honneur de m’accueillir dans un bureau de la bibliothèque municipale où je dispose du matériel nécessaire pour écrire et imprimer ma conférence. Cela me prend presque toute la journée. A cause de cela, nous sommes arrivés en retard à l’invitation de notre ami Ouali Zahir.
L’Association d’Akfadou m’indique dit que j’interviendrais à 15h. Ce que je souhaitais également. C’est l’heure à laquelle les gens peuvent se rendre aisément sur les lieux.
Deux jours avant la rencontre, voilà que le maire m’appelle. Sa voix est « en reculade ». Il paraît bien gêné. Patatras ! Les responsables de l’Association veulent que tu interviennes tôt le matin : à 10h ! »
Je lui réponds : « Qui m’écoutera à 10h, puisque les gens seront en train de dormir !?
Je compris – et lui aussi – que l’Association nous (me) fait comprendre « maladroitement » qu’elle ne souhaite plus que j’intervienne ! Sans donner les raisons !
Le lendemain, le maire m’appelle quand même pour me dire ce que je pensais de cette invitation à 10h. Je lui réponds que cela m’a permis de penser que je ferai une grasse matinée ! Il est soulagé ! Je suis calme car il s’attendait à quelque chose d’autre, connaissant mon caractère.
Pourquoi m’ont-ils invité ? Je comprends mieux alors puisque vous parlez de « pressions » qu’on aurait exercées sur les responsables de l’Association pour que je n’y assiste pas. Je pensais pourtant avoir à faire à des gens d’Akfadou, avec tout ce que ce nom représente pour moi et les miens. Mais, je me suis trompé et ce n’est pas la première fois que je me trompe sur certains Kabyles.
Nous nous sommes arrêtés là.
Mais, l’Association – je veux dire ses responsables – n’ont pas eu l’honnêteté de signaler que je ne participe plus à leur manifestation. Ils ont maintenu mon nom parmi ceux des participants. Et moi, par délicatesse, je n’osais dire aux gens qui voyaient ainsi mon nom, que je n’étais pas intervenu ! Faire preuve de délicatesse avec des gens sans savoir-vivre est une erreur, que malheureusement il m’arrive souvent de faire !
Qu’ont pensé certains invités et intervenants ? Que j’ai peur de les rencontrer ! J’ai donc peur de la confrontation (selon vous) et je ne vois pas avec qui me confronter ! Et quand bien même, s’il y avait confrontation, les gens qui me connaissent savent plutôt que j’aime cela ! Et que ayant le respect de chacun, je n’ai jamais peur de personne ! C’est de famille ! Dans ma famille, seules la gentillesse, le respect et la modestie nous impressionnent ! Vous pouvez le dire à ceux qui me déjugent avant de me connaître.
Peur de la confrontation ? Avec qui ? Je pense – dusse ma modestie en souffrir – que personne ne peut me faire peur tant du point de vue linguistique que scientifique ! Bien au contraire, rompu à la joute oratoire depuis mon enfance, j’aurais été heureux d’avoir quelqu’un qui veuille « se frotter » à moi et notamment dans notre belle langue, puisque vous dites que c’est à cause de cela que vous regrettiez que je ne sois pas parmi vous !
Je pense donc que les responsables de votre Association manquent non seulement de courage, mais également d’élégance et j’oserai dire d’honnêteté. Pour moi, ce sont des gens malhonnêtes et sans paroles ! Pire encore, en faisant croire que j’ai refusé d’intervenir, ils me font passer pour quelqu’un qui ne ressemble en rien à ma personne. ! Qu’ils descendent un peu vers Awzellaguen et qu’ils questionnent les gens sur ma famille, mon père, mes frères et ils sauront de quel bois kabyle nous sommes faits ! Autrefois, nous allions le chercher dans Zen – forêt d’Akfadou – ce nom prestigieux auquel les responsables de « votre Association » ne font aucunement honneur !
Quant à l’animateur que vous citez – et dont je tairai le nom par délicatesse – s’il me connaissait un tant soit peu, il n’aurait jamais cru que je me suis « défilé ». Akken qqaren s teqvaylit : « Ammer yi-ssin ad yissin ! « D-acu ur yessin ara… D-ayen is fkan, macci di lgherdh-is, ur yuksan ara ! Axxi kan ad yizmir i yman-is ! Comme il est limité, il pense que je lui ressemble. Comme vous dites le connaître, vous pouvez également l’inviter de ma part à une confrontation avec moi. Et s’il dispose de quelqu’un de mieux placé que lui, j’oserai dire : « Je leur laisse le choix des armes ! » S’agissant de lui personnellement, il ne connaît rien de la science pour qu’il puisse en parler. Vous dites, à ses propos, qu’il se veut garant et prend la défense de gens que j’aurai offensés !
D’abord, de ma vie, je n’ai offensé personne !
Ceux qui me connaissent savent ô combien j’aime les gens et ô combien je les respecte ! Jamais je n’ai offensé quelqu’un de ma vie, s’il ne le mérite pas : s’il ne m’a pas manqué de respect ! J’ai un amour et un respect tellement profond pour ma langue, ma culture et mon peuple, c’est-à-dire tous les Algériens ! D’où mon absence de peur des imbéciles et des ahuris, fussent-ils des animateurs qui se croient (si je vous ai bien compris) en droit de « protéger ceux que j’aurai offensés ». Mais, en revenant à notre chère langue kabyle : « Un chat ne peut donner l’asile ou protéger un lion ! » (Amcic ur ittak laânaya i yizem !) Donc, cet animateur est mal placé à tout point de vue. Son rôle est d’animer et non pas de se mêler de ce qui ne le regarde ni de près ni de loin ! Akken neqqar s teqvaylit : « Teghli teslent g’Illulen thuz yiwen d-Amlikec !

Maintenant, s’il m’est arrivé de dire quelque chose d’inconvenant qui aurait touché quelqu’un, je dispose d’assez de sagesse et de force de caractère pour présenter mes excuses les plus sincères à cette ou ces personne(s). Je parle de personne qui n’ont pas dit ou écrit de contrevérité sur la Kabylie et les Kabyles. Pour les autres, je maintiens ce que j’ai dit à propos, notamment, de l’ethnologie coloniale. L’Algérie est indépendante depuis plus d’un demi-siècle, il faut que ces gens le sachent une fois pour toutes. Que la Kabylie qui a payé chèrement sa participation à cette indépendance n’a pas besoin d’eux !
Je ne pense pas avoir un jour manqué de respect à quelqu’un. Car dans ma famille le respect est la pierre angulaire sur laquelle nos parents nous ont éduqués, filles et garçons. A ce titre, nous n’avons peur de personne et à plus forte raison quand il s’agit de se confronter à quelqu’un dans notre chère et douce langue que mes parents et notamment la sommité qu’était Mohand Améziane Ouchivane, mon père, avaient fait en sorte que nous en possédions une parfaite maîtrise dont les exemples sont fort rares à travers la Kabylie et le monde !
Des gens m’arrêtent souvent dans la rue pour me féliciter de mon travail et de mes interventions sur BRTV ou Youtube… ou en public aussi bien en France qu’à l’étranger. Je pense souvent à ceux et celles qui me congratulent avec gentillesse et respect… Je pense qu’ils savent ô combien je les respecte et ô combien mon amour pour eux et pour ce trésor qui nous réussit et qui est notre langue maternelle est sincère et puissant. A tous ceux-là et tous les autres, s’il m’est arrivé de dire quelque chose qui ne leur convienne pas (à mon insu : je ne suis pas infaillible, il m’arrive de me tromper comme tous les hommes), je les prie humblement de me pardonner.
J’ajouterai que je suis père de famille et que j’élève mes enfants dans la dignité et la probité ; dans la droiture que mes parents et mes ancêtres nous ont léguées. Si tout cela ne suffit pas à ceux qui m’en veulent injustement – ou par maladresse – alors je puis dire qu’ils n’ont rien compris à la personne que je suis.
Voilà, mon cher Mohand Ouali At Moussa (si c’est votre véritable nom) tout ce que je peux vous dire à propos de ma non-venue à la manifestation d’Akfadou.
Je n’ai rien voulu écrire avant que vous ne m’ayez incité à le faire par respect pour mes amis… dont le maire et son adjoint qui croyaient faire œuvre utile en répondant avec toute la limpidité et la transparence ainsi que le respect qui les habitent en me transmettant l’invitation de l’Association d’Akfadou, laquelle Association (je veux dire ses responsables) avait manqué beaucoup de considération à leurs égards. Des responsables malhonnêtes, peut-être pas ! Mais maladroits et inconsidérés, oui ! Manquant de courage ? Doublement oui !
Au-delà de ma personne, c’est toute-là ma déception et elle est profonde ! Mais comme disaient les Anciens : « C’est le manque de kabyle qui tue la kabylité » (D lqella n teqvaylit i’gneqqen taqvaylit !)
PS : Dusse (encore une autre fois ma modestie en souffrir), puisque votre frère me connaît, il vous dira aussi ceci : « Quand j’arrivais dans le couloir de l’Institut, à ma vue les étudiants se taisaient par respect… parce que j’étais non seulement un bon enseignant, mais un enseignant respectueux.»

Publié par : youcefallioui | octobre 26, 2014

Mon père… Quand l’amour et la gratitude l’emportent sur la mort !

DES FEMMES DE MA TRIBU… APRES LA MORT DE MON PERE

Il est étonnant comment après la mort de mon père, je m’étais mis à analyser (presque inconsciemment) les caractères de tous ces hommes ingrats proches ou éloignés qui léchaient la main de mon père afin de mieux nous mordre une fois sa disparition.
Mais dans leur majorité, les gens de ma tribu – Awzellaguen – se montrèrent exemplaires. Ils étaient et continuent d’être reconnaissants.
Les plus braves sont sans aucun doute les femmes. Mon Dieu, quelles femmes ! Tant de sagesse, de savoir, de modestie et d’abnégation ! Tant de beauté accompagnée de rires sonores ! Tant de courage et de reconnaissance ! Tant d’amour que seule mes parents pouvaient me témoigner ! Je découvrais enfin pourquoi mon arrière-grand-mère disait de la femme : « Elle est le soc de la terre qui creuse les sillons qui enfantent et nourrissent les hommes ! » ; « Un pays ne connaîtra jamais le printemps, si la femme ne vit pas dans le bonheur et le respect. » Autant de formules où l’avenir d’un pays ne se lisent que dans le regard de la Femme !

Quand, ma mère et moi, étions face aux travaux des champs, les voilà qui arrivaient chaque matin aux aurores, avec leur bonne humeur et leur fraîcheur, pour se mettre à l’ouvrage à nos côtés. Elles faisaient tout pour que je fasse le minimum… L’une d’elle, notamment Nna Jedjiga Ihaddadène, me demandait toujours d’aller chercher de l’eau ou quelque chose d’autre… pour me laisser me reposer ! J’en avais tellement besoin ! J’avais besoin d’entendre de nouveau leurs voix, leurs rires à gorge déployée tout en parlant de papa et en racontant mille et une anecdotes à son propos, surtout les plus drôles.

En voici une qui resta dans les annales !

Na Jedjiga racontait sans cesse le jour où mon père la surprit en train de se laver au jardin. Ne sachant pas comment se cacher et dans sa panique, elle plongea au contraire dans sa direction pour se mettre dans ses bras. Et mon père qui lui disait : « Ce n’est rien ma fille ! Ce n’est rien ! Tu as l’âge de ma fille Zahra. Je vais retourner d’où je suis venu et je te laisse continuer à te laver ! »
Alors qu’il voulait se retourner pour s’en aller et la laisser seule, elle s’accrochait à lui et ne voulait plus le lâcher ! Alors, mon père se mit en colère et lui dit : « Tu vas me lâcher où je te plonge dans le bassin ! » Rien n’y fit ! Il fallut qu’il laissât sa veste – à laquelle Nna Jedjiga s’accrochait – pour qu’il pût se dégager et s’enfuir d’un pas rapide vers la maison !
Nna Jedjiga ajoutait : « Quand Nna Tawes (ma mère) vit la chemise déchirée de Ddadda Méziane, j’eus peur qu’elle pense qu’il avait essayé d’abuser de moi ! »
En effet, quand ma mère vit cela, elle descendit aussitôt au jardin, car mon père répétait : « Jedjiga Ihaddadène est devenue folle ! »
Elle trouva Nna Jedjiga en train de pleurer de honte ne sachant plus comment oser revoir mon père. Ma mère la rassura en lui disant que papa était un homme pas comme les autres et que lorsqu’il disait que « Jedjiga Ihaddadène est folle », c’était simplement pour signifier qu’elle avait perdu contenance quand il la surprit en train de se laver sur la plate-forme du bassin.
Nna Jedjiga faisait tout pour éviter mon père pendant plusieurs semaines. Mais un matin, elle tomba nez à nez sur lui ! Mon père l’apostropha en plaisantant : « Ô Jedjiga, ma fille !Tu as volé quelque chose ou quoi !? Va prendre un café, va ! Cela te remettra les idées en place ! »

C’étaient autant d’anecdotes qui me faisaient rire et qui me faisaient penser que papa ne nous quitterait jamais, ne me quitterait jamais. Quand je rencontrai quelqu’un de ma tribu, c’était pour faire son éloge… « Il m’avait donné de quoi nourrir mes enfants… » Il est vrai que mon père – au moment où certains profitaient de la guerre pour s’enrichir – donnait tout ce qu’il pouvait donner ! Un jour, ma mère s’aperçut que même la réserve de céréales que nous laissions pour les semaisons n’étaient plus là… Aujourd’hui encore, les gens de ma tribu et notamment les femmes – veuves de guerre que mon père avait traitées comme ses filles – viennent se recueillir sur sa tombe et celle de ma mère, enterrée à ses côtés… Les gens leur témoignent toujours respect et reconnaissance…

J’en aurai la preuve bien des années après, lorsque je quittai l’Algérie pour la France, car je ne supportais plus l’absence de mon père.

Beaucoup de gens – Kabyles ou pas – m’ont soutenu où que je pose mes pieds… Je finis par comprendre (enfin !) une pensée que mon père ne cessait de répéter : « Chaque pays à ses visages, mais Dieu EST partout le même ! » (Yal tamurt s wudmawen-is, ma d Rebbi yiwen i’gellan ! »

J’ai fini par comprendre qu’il me signifiait que partout à travers la terre, je trouverai des hommes et des femmes qui portent au plus haut les valeurs humaines de soutien, de tolérance, de respect et de fraternité !

Nna Jedjiga disait de lui : « C’est bien plus qu’un prophète… il donnait de l’orge et du blé à ceux qui en avaient besoin… ».

Publié par : youcefallioui | septembre 30, 2014

HYMNE A DAMIA – AZDA I DAMYA

AZDA I DAMYA – HYMNE A DAMIA

HYMN HAS DAMIA – HIMNO TIENE DAMIA

 

Lunja ynu tamazight !

Ufigh ablug-ynem ackit ! Ttwaligh d’gem mellihedh yerna t-taddehrant ! Ttwaligh d’gem ttafehhamt yerna t-tamezlit ! Ttwaligh d’gem tellidh iman-iw af ddunnit d wemdhal amzun akken d-itij m’ara d-icreq idhwa ddunnit s yiwen « utilli » ! Kemmi d taqeldunt-ynu tafejjdant i hemmlegh deg’fud n wul-iw – ikkatten fell-am yal ardeqal seg wassmi i d-tluledh ar ddunnit. Hemlegh-kem s lqid n tasa-w – i ggaren di nnefs am uzuzbu n rrhuh d lehcaca n tudert-im i tebghidh a-t neqqredh yess yal ass i ttnunuten. Wlac awal izemren a d-yessufegh nagh a d-yini lehmala d zznaf i ggaregh fell-am.

A-kem Ig Ugellid Ameqqwran – Illu n Imazighen – di tegwnitt wessiên yernu-yam tazmert d lehcaca yessefrahen yakw t-tefrawsa nagh tilelli ara kem igen t-tamettut ihcan mebla zzerb d cckal !

Kemmi d-asefru u-wur izmir yiles !

Aqvayli amnekri. I Tamawya n tafat IS I HEDDRENT TEQCICIN D LXALAT !

 

HYMNE A DAMIA

Ma Princesse amazighe !

Je trouve ton blog génial ! Je te trouve belle et courageuse ! Je te trouve intelligente et subtile ! Je te trouve ouverte sur le monde comme le soleil qui éblouie la terre d’un seul « regard ». Tu es ma princesse adorée et je t’aime de tout mon coeur – qui bat pour toi à chaque instant depuis que tu es venue au monde – et de toute mon âme – qui respire ta joie de vivre et ton envie de marquer de ton empreinte chaque jour qui passe. Rien de tout ce qui peut être dit ne sera suffisant pour signifier l’amour et la tendresse que je te porte.

Je voudrai tellement que toutes les filles kabyles soient libres et heureuses comme toi.

Que le Souverain Suprême – Dieu des Kabyles – te protège et te garde en bonne santé dans le bonheur, la santé et la liberté d’être Femme heureuse et sans entraves !

Tu es le poème qui surprend la langue !

Le Kabyle révolté. Pour une Kabylie des Lumières portée par les filles et les femmes libres et indépendantes !

HYMN HAS DAMIA

My Princess amazighe!
I find your brilliant blog! I find you beautiful and brave! I find you intelligent and subtle! I find you open on the world as the sun which dazzled the earth(ground) of a single « look ». You are my adored princess and I love you with all my heart – which(who) beats for you all the time since you came into the world – and with all my soul – which(who) inhales your joy of life(living) and your desire(envy) to stand out with your imprint every day which passes. Nothing of all which can be said will not be sufficient(self-important) to mean love and tenderness which I carry(wear) you.

I shall want so much that all the Kabyle girls are free and happy as you.

That the Supreme Sovereign – God of the kabyles – protects you and keeps(guards) you healthy in the happiness, the health and the freedom to be happy Woman and freely!

You are the poem which surprises the language !

The rebel kabyle. For Kabylia of the Lights carried by the girls and the free and independent women!

 

 

HIMNO TIENE DAMIA

¡ Mi Princesa amazighe!
¡ Encuentro tu blog genial! ¡ Te encuentro bella y valiente! ¡ Te encuentro inteligente y sutil! Te encuentro abierta sobre el mundo como el sol que deslumbrada la tierra de una sola « mirada ». Eres mi princesa adorada y te quiero de todo mi corazón – que late para ti a cada instante desde que naciste – y de toda mi alma – que respira tu alegría de vivir y tu envidia(ganas) de señalarse con tu huella cada día que pasa. Nada de todo esto que puede ser dicho será suficiente para significar el amor y la ternura que te llevo.

¡ Qué el Soberano Supremo – Dios de los cabilos – te proteja y te guarde en buena salud en la felicidad, la salud y la libertad de ser Mujer feliz y sin obstáculos!

¡ Qué el Soberano Supremo – Dios de los cabilos – te proteja y te guarde en buena salud en la felicidad, la salud y la libertad de ser Mujer feliz y sin obstáculos!

¡ Eres el poema qué sorprende la lengua!

El cabilo rebelde. ¡ Para Cabilia de las Luces llevada por las chicas y las mujeres libres e independientes !

 

Yemma Aâwicha : « Tafsut n tmurt d llwi n tmettut ! »

Mon arrière grand-mère Awicha : « Le printemps d’un pays, c’est la liberté de la femme ! »

My back grandmother Awicha : « The spring of a country, it is the freedom of the woman! »

Mi trasera abuela Awicha : « ¡ La primavera de un país, es la libertad de la mujer! »

 

 

 

Publié par : youcefallioui | septembre 17, 2014

Celui qui trompe se trompe !

Mon père : Mohand Améziane Ouchivane

Qui t’a trompé, un jour te trahira.

Win i-k ighurren, yigwass a-k ixdaâ !

 

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Dicton kabyle : “Celui qui trompe se trompe !” (Win ittghurrun yettwaghur !)

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Avez-vous déjà été trompé par quelqu’un en qui vous aviez placé votre confiance d’une manière totale, absolue ?

Quelle fut votre réaction ?

Je vais essayer de résumer ici les paroles de mon père, suite à la tromperie puis à la trahison dont il avait fait l’objet de son meilleur ami[1]

Ses phrases, pleines de métaphore, en disent long sur le traumatisme que l’on subit après avoir été trompé. « Le monde était trop étroit pour moi ! » (Ur yi teggwi ara ddunnit !) ; « Le ciel était trop loin et la terre s’était dérobée sous mes pieds ! » (Igenni ibâad, lqaâa terwel !) ; « Un scorpion était entré dans ma tête ! » (Tekcem-iyi tghirdemt s-aqerruy !) ; « Le jour m’était devenu une nuit noire ! » (Ass yughal-iyi d tlam utaylal !) ; « Mon sang bouillait et mon cerveau brûlait ! » (Idamen-iw rekkmen, allagh-iw ireqq !) ; « Quand je riais, j’avais des larmes qui coulaient dans mon coeur » (Mi ttadhsagh, imettawen ttazzalen deg’wuliw !) » ; « Mes rêves étaient des cauchemars où je nageais dans une rivière d’égouts ! » (Tirgaw ughalent d vuverrak anda ttechfegh deg ighzer n waman n tzulight) ; (Ce jour-là, une grande partie de moi-même était morte car j’ai été humilié au point de souhaiter la mort ! » (Assen-ni, tugett deg’iman-iw temmut i-mi ddell-nni issawedh-iyi ad mennigh lmut !).

 

Depuis, j’avoue que je suis resté sous l’emprise de ses phrases qui continuent de marteler dans ma tête toute la souffrance que mon père dut subir de cette tromperie, de cette trahison. Car cet ami l’avait déjà trompé avant de le trahir. D’où son dicton : « Qui t’a trompé, un jour te trahira ! »

 

Lors de mes entretiens avec mon ami et maître, feu Docteur Joseph GABEL, spécialiste de l’aliénation, j’essayais de comprendre la part d’aliénation ou, pire encore, le stade ultime de ce traumatisme : la réification.

Selon les spécialistes, le lexème trauma comporterait deux pôles : l’un médical, l’autre psychique. Trauma découlerait donc de l’étymologie trauma qui signifie en grec « blessure ».

Toujours, selon les spécialistes, l’aspect médical serait apparu en premier, historiquement parlant. Ce trauma que provoque le fait d’avoir été trompé devient donc une sorte de lésion profonde, une « blessure » causée par « l’agent trompeur ».

C’est bien après que le mot traumatisme sera appliqué aux blessures dites psychiques. Ces blessures sont des chocs émotionnels très violents dus à cette situation très critique si bien imagée par mon père où l’on sent que l’on est perdu : « Le ciel était trop loin et la terre s’était dérobée sous mes pieds ! » C’est donc un trauma qui provoque une violence exceptionnelle au point où « le sujet trompé » se trouve – tout comme mon père l’était – démuni, impuissant aussi bien physiquement que psychiquement. Démuni et impuissant – comme « l’impression d’être nu », (disait encore mon père) en plein rue où les gens nous observent comme si « le sujet trompé était devenu fou ».

Ce défaut de contrôle de soi – suite à la trahison – se traduit par l’abandon des forces tant physiques que psychiques, d’où ce sentiment d’abandon, de prostration : mon père disait : « J’étais perdu, comme si ma mère m’avait abandonné ! » (Amzun akken, tejja-yi yemma !)

 

Ces sentiments sont donc empreints de sensations d’abandon où les cauchemars perdurent à cause d’excitations traumatiques envahissantes. C’est en 1889 qu’Herman Oppenheim invente le terme de « névrose traumatique ».

 

Mais, c’est seulement mon père qui mit le doigt qu’une trahison peut également provoquer celle-ci au point d’empoisonner à jamais la vie de celui ou celle qui a été victime d’une trahison.

 

Ce mal être du « sujet trompé » se chronicisent au point de perdure pendant de longues années, voire toute la vie !

 

Le trauma subi suite à une tromperie ou une trahison – ou dans le cas des deux en ce qui concerne de mon père – peut être suivi d’un syndrome psycho-traumatique où « le sujet trompé » va développer un stress – stress post-traumatique – où il s’attendra, chaque jour durant, quand sera-t-il trahi ? Quand la tromperie subie sera-t-elle suivie, comme l’affirmait mon défunt père, d’une trahison inéluctable !

 

Il ne s’agit évidemment pas d’avouer « un crime » dont le « sujet trompé » ignore tout. Ce serait le précipiter dans un trou noir dont il ne ressortira plus jamais. « Toute vérité n’est pas bonne à dire ! »

 

Selon toujours mon défunt père dont j’interprète les mots : « Le sujet trompé ne sortira de ce syndrome psycho-traumatique et du stress post-traumatique – ne trouvera dont la paix – que grâce au comportement futur du « sujet trompeur » : « un crime avoué est à moitié pardonné ! » Mais, encore une fois, il est bien connu que ceux qui trompent ont du mal à reconnaître leur tromperie et leur trahison – même quand ils sont pris sur le fait.

 

Il n’y a rien de pire pour le sujet trompé – qui est persuadé qu’il sera de nouveau trahi – que de continuer à dire : « Maintenant, l’on ne me trompera plus jamais… ».

 

Alors ? Nous/Vous qui avions/aviez un jour trompé un être cher, sachons/sachez qu’il ne tient qu’à nous/vous pour qu’il retrouve la paix et la sérénité de l’existence.

[1] Cette réflexion date des années 1980 où j’étais chercheur à l’ERMI – ENSP – Paris. Mais elle demeure toujours d’actualité.

Les anciens Kabyles disaient : L’enfant… C’est la lumière d’un peuple…  Agrud t-tafat n wegdud… Ma grand-mère Ferroudja : « Chaque enfant est comme une étoile qui brille dans le ciel… Yal agrud d-itri ittezruruqen deg’genni. »

Dans une société où l’enfant souffre, quand il subit de la violence sous quelque forme que ce soit, c’est tout un peuple qui ne sait pas où il va. Et quand cette violence s’abat sous toutes ses formes sur la petite fille, c’est l’avenir du pays qui est jeté à l’encan.

Un dicton des Babors (Kabylie) : « Le rire de l’enfant est pareil au toit d’une maison » – Tadsa n weqcic d ssqef n wexxam.

Un autre dicton : « Un village sans fille est comme une maison sans soupente » – Taddart mebla taqcict am wexxam mebla taârict ! – La soupente de la maison traditionnelle kabyle sert à conserver tout ce que la famille possède comme objets de valeur ainsi que les provisions. Elle sert également de chambre à coucher pour les filles.

 

Anecdote : J’avais 10 ans…

Un jour, je fus battu injustement (et sauvagement !) par mon grand-frère pour une bêtise « de rien du tout ». Mon père donna raison à l’aîné d’avoir passé sa colère sur moi…

Je fugue pendant trois semaines en pleine guerre d’Algérie. Les militaires français me découvrent dans une cabane en pleine forêt. Je crus bon d’expliquer du haut de mes 10 ans, le pourquoi de mon escapade. Un harki bienveillant – me proposa de m’emmener dans le village le plus proche – non encore détruit par l’armée – pour me trouver une famille d’accueil temporaire : « En attendant que ta colère passe ! » me dit-il affectueusement.

Je fus donc accueilli dans une famille que j’eus du mal à quitter…  j’y ai trouvé mon premier amour… une petite fille de mon âge : Safia.

Trois semaines après, je rentre. Je trouve mon père au jardin. A ma vue – mes parents me croyaient mort – Il était bouleversé, des larmes coulaient doucement sur ses joues… pendant qu’il prononça quelques mots d’une voix étranglée : « Tu es vivant mon fils ! » Je lui répondis sèchement : « Heureux sois-tu père, toi qui n’a personne pour te battre ! Mais, pire encore, tu as laissé cette brute de frère me battre à ta place ! Vous m’aviez humilié ! »

Il me prend dans ses bras et me dit : « Je jure sur la mémoire des ancêtres et sur Dieu que plus jamais personne n’osera t’humilier et ne portera la main sur toi ! »

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 » La 17ème Journée Annuelle de la

Petite Enfance à l’Adolescence « 

Marseille

Parc Chanot – Palais des Congrès

Vendredi 12 décembre 2014

 » la violence…pourquoi, comment et après « 

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   « Les hommes sont si bêtes qu’une violence répétée finit par leur paraître un droit ».  Claude Adrien Helvetius

     

N’avons-nous jamais été surpris, choqués, déstabilisés, horrifiés, sidérés, par la violence ? Ne nous sommes-nous jamais interrogés un jour sur les mécanismes de cette violence, sur ses causes, sur ses conséquences ?

D’abord distinguons la violence de la colère, émotion normale qui survient lors de frustration, peine, injustice etc… On peut dire que la colère peut être saine voire constructive. Toutefois elle peut devenir nuisible si on l’exprime par l’utilisation de comportements violents.

La violence agie ou subie se rencontre au cours des différentes phases de développement et dans des expériences particulières ou collectives.

 

Les enfants expriment dès leur naissance leur colère. Avant l’âge d’un an la coordination de leurs mouvements leur permet de frapper, de mordre, de donner des coups de pieds. Dès 3 ans ils sont capables d’agression physique, bien que la plupart de ce recours à l’agression diminue dès qu’ils arrivent à communiquer par le langage. Les enfants passent par des étapes de progression indispensable dont l’agressivité, qui peut se transformer en violence, fait partie. Ce que Freud appelait la « disposition perverse polymorphe ».

« Les petits vers 18 mois à 2 ans ont une manière normale d’être violents. De même à l’adolescence, il y a une violence, une manière de s’opposer, qui n’a pas le même sens qu’une pathologie » constate le Professeur Maurice Berger, Spécialiste des enfants et des adolescents violents.

Les enfants présentant des signes de violence pathologique n’ont même plus accès à leur propre souffrance et l’on se rend compte que la famille pathogène fait partie des problèmes de l’enfant, et qu’un comportement antisocial est en fait un SOS.

 

De toutes les violences, les violences envers les enfants sont vraisemblablement celles qui sont les plus dissimulées. Ces violences aboutissement à la construction d’une mémoire traumatique de l’événement, différente de la mémoire autobiographique normale, ce que certaines structures de l’encéphale ne vont pas intégrées. L’enfant face à une extrême violence va se retrouver comme paralysé et cet état d’anéantissement psychique va stopper toute représentation mentale et toutes possibilités de contrôle de la réponse émotionnelle qui a été déclenchée par la structure cérébrale sous-corticale : l’amygdale. La mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle enkystées de violences.

Quelle différence entre agressivité et violence ? On peut dire que l’on passe de l’agressivité à la violence quand l’autre devient une gêne pour sa propre existence. Le rapport dominant-dominé ou encore harceleur-harcelé. Ce sont la plupart du temps des enfants ou des adolescents se sentant en décalage par rapport aux autres. Ils ne sont pas à leur place dans le groupe.

 

La violence physique à l’égard de l’enfant peut prendre de multiples formes ; violence visible ou dont les traces s’inscrivent au-delà des blessures visibles. Le corps peut faire trace. Quelle prise en charge pour ces enfants qui ont été meurtris non seulement dans leur corps mais dans leur âme ?

 

Les jeux vidéo à contenus violents sont-ils vraiment violents? Jouer à ces jeux peut-il avoir des effets sur le comportement du joueur ? Quel est le profil du joueur et qu’est-ce qui l’attire dans ce type de jeu ? Sur quelqu’un qui va bien les jeux vidéo ne vont pas le rendre violent. Par contre quelqu’un de violent peut consommer de la violence d’où confusion entre cette réalité et la réalité

 

L’enfant étranger doit être pensé dans sa famille en lien avec deux univers de nature différente prenant en compte sa culture. Il est né dans un univers double. Le risque est que sa personnalité se construise sur une logique de rupture qu’a introduit la migration de l’histoire de sa famille, de rupture du cadre culturel que l’on cache, de la confrontation entre les logiques d’ici et de là-bas. Aussi la compréhension des comportements limites nécessite un décodage qui va porter sur les manières de voir et de considérer le monde, l’attribution de sens aux symptômes, les logiques thérapeutique qui en découlent.

 

Faut-il éviter les violences éducatives ? L’interdit chez l’enfant est une fonction structurale majeure. Plus l’interdit est énoncé, moins on a besoin de violence physique. Actuellement les enfants survalorisés considèrent que les adultes sont à leur service et ne les craignent pas, ne sont plus intimidés en classe, ne respectent plus leur professeur ce qui fait naître une nouvelle forme de violence. Il est en train d’apparaître, une violence relationnelle, émotionnelle et verbale instaurée par certains enfants que rien n’intimide.

 

Françoise-Flore COLLARD

             Présidente de « Couleur d’Enfants »

Publié par : youcefallioui | juin 25, 2014

A La mémoire de Matoub Lounès

LES AT QASI

A La mémoire de Matoub Lwennas

Une page d’histoire kabyle chantée par l’immortel

Matoub Lounès

Empruntant titre et refrain à l’un de ses maîtres préférés, le poète Slimane Azem qui anathématisait la colonisation française : « Criquets, sortez de mon pays ! » (Effegh ay ajrad tamurt-iw !)

Matoub Lounès s’interroge sur ce point de l’histoire algérienne à travers la question : « Qu’est devenue la famille At Qasi ? »

« Esprit sagace, une question demeure

A propos de la « génération » At Qasi

Jamais aucun n’avait pu égaler leur puissance

De montagne en montagne, personne ne pouvait leur nuire

Ils avaient acquis leur prestige par les armes

Quand le mauvais temps s’abattit sur eux

Leurs biens furent accaparés par des chiens ![1] »

 Dans cette chanson, Matoub s’inspira du poème de Si Mohand Ou-Mhand, à travers lequel, il devisait sur les hauts et les bas de cette illustre famille.

Poème de Si Mohand Ou-Mhand

Ay ul ak hedṛegh ḥessi
Bεad d At Qasi
Ur yelli ḥedd aken llan
Si tizi alma t-tizi
ḥedd ma’ten iεaṣi
S elbaṛud i-tt-id ḥellan
Asmi isen irad s-trusi
Ciṭuḥ d ighisi
Aten-ad ggwran-d ger w-aklan.

Une leçon d’histoire par mon père, Mohand Améziane Ouchivane (1898-1972).

Une illustre et grande famille kabyle

Récemment, j’ai lu un article sur la toile à travers lequel une personne se revendiquait de la grande famille des At Qasi. Une autre personne – qui passe pour écrivaine – lui emboita le pas en se revendiquant également de cette famille. Mais aucune d’elles, apparemment, ne descend vraiment de la grande famille des At Qasi.

Si ces personnes avaient un quelconque lien avec la famille At Qasi, elles auraient su que c’est une famille toujours aussi grande et aussi illustre et qu’elle vit dans l’arch des Awzellaguen, après avoir vécu dans la confédération des At Yedjer et dans un autre arch limitrophe.

Après avoir abandonné ses terres, pourquoi cette famille tenait-elle son nom en secret ?

1851/1871 : Insurrections kabyles.

Pour participer pleinement aux deux insurrections kabyles, le chef de la famille At Qasi – qui fit face aux troupes françaises dès 1830 – voulait se rapprocher de la Soummam pour y prendre part, se remettre au combat pour laver tous les affronts qui lui étaient faits. Ce ne fut pas une chose facile. Le chef de ce grand clan aristocrate et guerrier chercha comment se rapprocher de la Soummam. Après avoir étudié « le terrain et les liens entre archs et confédérations kabyles », il sut qu’il pouvait quitter ses terres et se rapprocher de la dite fameuse « Petite Kabylie ». Dans un premier temps, il installa son clan dans la confédération des At Yedjer qui avait des liens forts avec les Awzellaguen et les Archs limitrophes : At Weghlis, At Mlikech et At Illoulène Ou-Samer.

1851 : la famille At Qasi put donc participer pleinement à l’insurrection kabyle (dite de « Petite Kabylie ») sous le commandement d’Abdelkader At Aâli surnommé par les généraux français « L’homme à la mule » (Bou-Beghla). Ce surnom en arabe (évidemment ! arabisation par les généraux et ethnologues français de « leur Petite Kabylie » oblige !)

Abdelkader At Aâli n’était évidemment pas marabout et encore moins chérif. Mais, pour donner plus d’aura à son combat, il était de mise qu’il se déclarât ainsi. D’ailleurs, selon mon père, ce fut les généraux français qui se chargèrent de le déclarer comme « marabout », comme il était d’usage qu’ils le fissent avec tous les combattants kabyles de « leur » Petite Kabylie. Il en fut ainsi de Cheikh Mohand Améziane Iheddadène, appelé « Le marabout Bel-Heddad », etc. Précisons, en passant, qu’un seul chef kabyle eut le privilège de garder son véritable nom : Bou_Akkwaz qui mena, après plusieurs révoltes des Babors, l’insurrection kabyle de 1859. Il fut interné à Pau en 1864 ; libéré sur intervention de son beau-frère Mohand Waâli Chérif, appelé, toujours par les généraux français : Ben Ali Chérif.

Précisons également que ce dernier Mohand Waâli Chérif n’était pas non plus un marabout. C’est une famille bien connue des gens de l’Arch des Awzellaguen dont il fut originaire (Village de Tighilt Lahfir). Il dut abandonner ce village après sa destruction par le fameux général Bugeaud « Bec chou le boucher » (Beccu Agezzar), comme le surnommèrent les femmes des Awzellaguen).

Juste une autre précision sur Bou_Akkwaz At Achour : ce grand homme kabyle – originaire des farouches confédérations des Babors – descendait de la fameuse Taqvilt-n-Igan appelée « Les Kotama », déformation du nom kabyle Igtamen (Igan-Itamen) qui signifie « Les témoins-combattants ». La précision que je voulais apporter est la suivante et non moins importante : Bou_Akkwaz fut l’instigateur de l’insurrection des Aurès – des Chaouis – en 1879.

Revenons à la famille At Qasi que nous n’avions pas abandonnée car elle participa à tous les combats que nous venions de citer plus haut. Mais, le combat le plus rude, le plus meurtrier fut celui de l’insurrection de 1871, appelée par les généraux « La guerre de Mokrane » ; car elle fut menée par Mohand Amokrane des At Meqqwran et son frère Boumezreg avec le soutien de Cheikh Mohand Améziane Aheddad et son fils Aziz Aheddad.

Pourquoi ce silence autour de cette famille ? Pourquoi continue-t-elle de cacher son nom plus d’un siècle et demi après la grande insurrection kabyle qui vit s’embraser toute la fédération de même nom : Tamawya.

Ecoutons mon père : « Aux dires des Anciens, le nom de Tamawya était interdit par les généraux français et l’administration qu’ils mirent en place ! Quand un Kabyle osait prononcer ce nom de Tamawya, il subissait la pendaison en haut d’une branche d’un olivier ! Cette pratique de pendaison fut mise en place pendant l’insurrection menée par Abdelkader At Aâli – dit Bou_Beghla. Ainsi, aux Awzellaguen, plusieurs centaines de combattants furent pendus aux oliviers. Selon Bugeaud et « ses héritiers généraux », la vue de cette horreur devait faire réfléchir les Kabyles et notamment ce qu’ils appelaient « Les Petits Kabyles » avant de s’insurger. »

Nous arrivons à l’explication du pourquoi la famille At Qasi avait changé de nom et caché ses origines des At Wadda, car ils étaient originaires du lieu-dit « Tamda », où ils étaient propriétaire de domaines très étendus. Leur venue vers les Archs de la Soummam ne fut pas seulement suscitée par l’obsession ancestrale de cette famille de combattre les envahisseurs de l’Algérie. Selon mon père, la cause qui fut à l’origine de cette fuite de leurs grands domaines était une véritable coalition kabyle anti-Aït Qasi présidée par des familles maraboutiques influentes des At Wadda et encouragée par les généraux français auxquels les At Qasi avaient tenu longtemps la dragée haute. Vaincus après de nombreux combats, beaucoup d’entre eux furent éliminés physiquement. Malheur aux vaincus ! Leurs maisons furent détruites et ils furent expropriés de tous leurs biens, même les plus élémentaires.

De puissants qu’ils étaient, « ils furent réduits à la condition d’esclaves » – selon les mots-mêmes de Si Mohand Ou-Mhand. Ceux qui étaient de mèche avec les généraux français – les sbires (ilemmamen) – finirent par hériter de leurs biens.

Cette coalition de Kabyles sournois, perfides et revanchards – car les At Qasi leur faisaient peur et les tenaient sous leur puissance – fut la véritable cause de la déportation des At Qasi.

D’où l’importance du droit d’asile des Kabyles (Laânaya).

Ces derniers, fins connaisseurs des traditions kabyles – ils n’avaient pas usurpé leur prestige – demandèrent asile (laânaya) aux archs de la confédération des At Yedjer. Par la suite, ils se divisèrent en plusieurs groupes qui gardèrent des liens très étroits entre eux, dont le plus puissant s’installa dans l’arch des Awzellaguen.

Mais, il fallait bien plus que cela pour qu’une famille kabyle abandonnât ses domaines et ses terres ancestrales et surtout renoncer à son nom, un nom si prestigieux et si glorieux ! Il y avait donc autre chose que l’expropriation de tous ses biens au point qu’ils fussent réduits, selon les termes du poète légendaire Si Mohand, à la condition d’esclaves.

Il y avait donc une cause que l’on peut appelée « La cause des causes », ce que mon père et les Anciens appelaient « La cause génocidaire » (Ssehma-n-thezma).

La cause génocidaire » (Ssehma-n-thezma).  

Ce que beaucoup d’historiens taisent – par complicité ou ignorance – ce fut l’instauration en Kabylie par les généraux français d’un PLAN GENOCIDAIRE INTER-GENERATIONNEL qui allait toucher de plein fouet ce qu’ils nommèrent « Petite Kabylie ». Ce plan n’était donc pas ignoré des At Qasi. A l’instar de la leur, Les At Qasi avaient vu comment les héritiers des illustres familles kabyles – notamment celles des Mokrane, des Bou_Akkwaz, des Iheddadène – étaient éliminés habilement et en secret par les généraux de la France coloniale.

Après l’insurrection kabyle de 1871, on divisa la Kabylie en deux territoires avec une administration différente pour la portion du territoire appelée « Grande Kabylie ». La Petite Kabylie – qui aurait, selon certains historiens, entrainés « Les Grands Kabyles » dans cette insurrection, fut écrasée sous un régime militaire spécial pour lui faire passer l’envie de révolte ! Impôts, arabisation anarchique et forcée, destruction des maisons, des vergers et des forêts, exécutions sommaires, etc. furent le lot quotidien de ces Petits Kabyles qui n’arrêtaient pas pour autant de s’insurger ! Comme le notaient les généraux qui furent en charge de ce territoire, comme le général de Martimprey.

Le territoire kabyle appelé « Petite Kabylie », à la suite d’une idée de « Bugeaud le boucher », eut donc droit à « quelques privilèges empoisonnés » qui furent probablement à l’origine de la mise en place du plan génocidaire intergénérationnel. Comme ils ne parlent pas non plus de ces privilèges que furent l’impôt sur le cheval et l’impôt sur les incendies des forêts, appelé par les Kabyles des Babors : « L’impôt des cendres » (Leghrama n yighed).

Les généraux français avaient gardé en mémoire la nombreuse cavalerie kabyle de la Soummam qui leur fit face. D’ailleurs, ce fut cette cavalerie qui interdit à l’envahisseur français de traverser la vallée de la Soummam. Il fut donc obligé de pénétrer le Djurdjura oriental en traçant une route le long de la montagne de Bgayet jusqu’à Alger !

Dés lors, un Kabyle des At Oufella qui possédait un cheval devait acquitter un impôt si exorbitant qu’il se voyait obligé de se débarrasser de « son compagnon de combat ».

Quant à « l’impôt des cendres », il était instauré aux At Oufella pour mieux briser toute velléité de révolte et notamment briser les farouches confédérations des Babors dont le territoire était occupé par une forêt dense et productrice de richesses.

Ce fut donc ce Plan arcane ultra-secret – dont jamais les historiens n’ont parlé et n’en parlent ! – qui ont poussé les At Qasi – leur chef Qasi At Qasi – à tenir AUX SIENS à peu de choses près ce discours : « Pour échapper au plan génocidaire intergénérationnel, nous allons changer de nom et qu’à jamais personne – que les Français demeurent ou quittent l’Algérie – notre nom devra à jamais rester secret et porté dans notre cœur jusqu’à ce qu’ils soient oublié par les générations futures des At Qasi. »

Grâce à la confidence faite à mon père par le patriarche des At Qasi (Mohand Ou-Qaci), nous savons maintenant pourquoi la famille At Qasi avait changé de nom.

Mais nous n’apportons là qu’une partie de la réponse. Une autre question s’impose encore à nous : Pourquoi les générations actuelles continuent-elles de taire leur véritable nom ?  Et-ce par méconnaissance de leur histoire, comme le supputait mon père ?

Où est-ce simplement par fidélité au serment fait à leurs ancêtres qui connurent l’esclavage après des siècles de gloire ?

Voilà, mon cher ami Lwennas, les seuls éléments dont je dispose pour répondre à ta question : « Qu’est devenue la génération des At Qasi ? » Un jour peut-être, quelqu’un de cette nouvelle génération apportera davantage de réponse à ta grande question (Asaka-ynek).

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Pour le reste, il me plaisait de te répondre simplement pour honorer ta mémoire à jamais vivante parmi nous. Si quelques faiblesses entacheraient ce témoignage, j’implore ton indulgence, car je ne le rapporte que pour honorer également «Le nom de tous les tiens ». 

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[1] Matoub Lounès, Au nom de tous les miens, CD 04 IZ – Editions Izem, Tizi Ouzou (Algérie).

Publié par : youcefallioui | juin 17, 2014

Ma terre – Mon peuple – Ma mère – Ma langue

Ma terre – Mon peuple – Ma mère – Ma langue

 

Je viens d’un peuple dont les racines n’ont pas de limites. Tel un océan qui pris ses élans et ses profondeurs de la sueur des siècles, de la mémoire vive de nos mères et de nos pères à jamais recommencée, car bâtie sur des épreuves et des espoirs enracinés dans cette terre qui ne veut pas perdre sa sève et ses bourgeons.

La gemme est là, fleurie du plus profond de nos mémoires ; tels ces mots de nos mères qui sont à la fois notre âme et notre pain quotidien, notre refuge et notre sauvegarde. Ce ne sont, pour d’aucuns, que des traces dans le grand désert ; mais ce qu’ils ne savent pas : c’est que nul tempête, nul vent fort et violent ne peut les effacer.

La langue de ma mère est méprisée, calomniée par ceux qui voient en elle un danger bien qu’ils disent qu’elle est agreste et dépassée. Le monde qu’elle a forgé est beau. Il ressemble au firmament sans lequel le soleil ne serait pas venu. La culture que ma mère a forgée par ses mots qui sont en moi et attisent la liberté, la ferveur et la foi : celles de Hommes libres – Imazighen.

Du plus profond de la mémoire de nos mères, je ne puis me résoudre à oublier ces mots même si je ne sais pas d’où ils viennent ; je sais qu’ils sont animés par le vent de la liberté où s’inscrit un projet à jamais en progrès grâce à ce qu’on dit et écrit ceux et celles qui nous ont précédés.

Mots de notre langue maternelle – tamazight – tissée dans les métiers de nos mères à travers des signes inconnus, des chants mélancoliques et des paysages qui reviennent, des paysages sous forme de visages (de femmes) évanouis dans ces contrées merveilleuses qui ne sont plus que des légendes ubiques – un PEU comme Dieu présent en tout lieu dans un même instant – où la raison et le sens l’emportent sur toutes les menaces qui guettent mon peuple.

C’est par les mots de ma mère qu’est née l’humble présence de mon peuple qui ne demande que le droit de vivre heureux et pleinement reconnu sur la terre de ses ancêtres.

Ce trésor, dont je ne connaissais que les bribes, a fini par me submerger comme la sève permet à la fleur et l’arbre de vivre en apportant l’oxygène indispensable à toute vie sur terre.

Cette sève emprunte des chemins multiples pour arriver à mon cœur et irriguer l’âme de mon peuple qui aspire à la vie dans une harmonie et un bonheur simples et nus comme le corps de l’enfant au bord de cet immense océan que lui offre la langue de sa mère et dont il admire les vagues aller et venir dans une mélodie qui dit tous les chants.

Les chants de la terre amazighe-berbère où sa musique et sa prosodie empruntent des chemins multiples à la mesure des espérances de la diversité de mon peuple dont l’âme s’inscrit dans ses contes et sa poésie.

Publié par : youcefallioui | juin 3, 2014

AMSAYER i-wid ibghan Asayer… i Lezdayer

 

Aselked n wedlis n Khalil GIBRAN – The prophet (Amsayer).

 

Nous voici face à l’épreuve de la traduction du chef d’oeuvre de Khalil GIBRAN, The prophet. Ce fut un exercice de style à travers lequel la langue kabyle se trouvait chez elle. Elle s’y trouvait si bien que l’on serait tenté de penser que certaines pensées ou métaphores sont kabyles. J’espère que le lecteur kabylophone et amazighophone s’emparera avec plaisir de ce texte – en y scrutant les mots – tout comme j’ai eu le plaisir et le bonheur de le « ramener ou de rendre le texte de Khalil GIBRAN » – selon l’expression de mon ami et maître Mohammed ARKOUN – à notre chère et belle langue : tamazight.
Notre langue a certes besoin d’écrits ; mais elle a encore davantage besoin de lecteurs. Sans la lecture et le lecteur, nos efforts sont voués à l’échec… Merci de l’accueil que chacun de vous apportera à cette traduction et si, ici et là, vous y rencontrez une faiblesse ou une coquille, pensez à ceux que disaient nos Anciens : « Win ittruzun asalu, iberrez akken yufa, macci akken yebgha ! »
Tanemmirt n kwent ! Tanemmirt nwen !
Photo

 

La désaliénation de Khalil Gibran à Mohammed Arkoun

 

« Si toute traduction suppose un minimum de connaissance de l’œuvre à traduire, elle implique obligatoirement la maîtrise de la langue et de l’environnement vers lesquels le traducteur veut faire passer sa version. Sans ce préalable, on traduit pour se faire plaisir et non pas pas pour faire œuvre utile ou tout au moins s’améliorer. »

(M. Arkoun)

 

Khalil Gibran fut parmi les premiers à donner ses lettres de noblesse à la littérature arabe à la fin du XIXe siècle. Il a également été un grand écrivain de langue anglaise. Il a traduit en anglais tous ses écrits en arabe. The Prophet est son chef-d’œuvre. La première version serait rédigée à l’âge de quinze ans. Version qu’il remania plusieurs fois avant de traduire le texte en anglais. Il voulait que chaque mot soit la plus belle parure du langage. Le texte ne fut remis à l’impression qu’une fois qu’il jugea son contenu à l’épreuve des nuances et des sentiments qu’il souhaitait donner aux mots. Un peu comme s’il voulait sentir leurs racines. Il savait qu’il suffisait parfois d’un mot pour faire surgir par magie l’espoir et les rêves de tout un peuple. Paru en 1923, The Prophet lui conféra une notoriété internationale.

 

Youcef Allioui est psychologue sociolinguiste. À travers la traduction du chefd’œuvre de Khalil Gibran, il nous livre un texte kabyle riche et dense, avec la sensibilité et la passion qu’on lui connaît pour la langue et la culture amazighes de Kabylie.

 

Pensée des anciens Kabyles :

– Tudert tetteddu d wass,  tessaram azekka, ghas tettghima d yidhelli.

« La vie va avec le présent ; elle espère en demain ; bien qu’elle demeure avec le passé. »

 

Réponse à une question :

Question : « Pourquoi avoir choisi un poète arabe ? »

Ma réponse :

Khalil GIBRAN est un poète et écrivain universel. Ses écrits ont toujours dérangé les « bons pensants arabes ». Puisqu’il a surtout écrit en anglais. Ce qui fut le cas de The Prophet qui n’a été remis à l’éditeur qu’en anglais. Le texte est intéressant – je veux dire magnifique et grandiose, traduit dans beaucoup de langues y compris en chinois ! – La sagesse kabyle s’y retrouve à travers ses mots… et surtout la mise en avant de cette lutte pour la liberté qui habite le texte. Ce qui est le plus troublant et intéressant à travers ce chef-d’oeuvre, c’est le parcours de Khalil Gibran qui ressemble beaucoup au parcours et au combat des écrivains kabyles et amazighs… Il a été condamné à la fois par l’église et la mosquée : c’est-à-dire les deux religions monothéistes qui ont cours au Liban… A l’instar d’un Slimane Azem, d’un Jean Amrouche ou d’un Mohammed ARKOUN, il a quitté son pays bien malgré lui et il est mort en exil… Au-delà de toutes ces considérations, je te coupe la question : « Un poète dépasse son origine ou sa nationalité – d’ailleurs, il était Américain – si son oeuvre est universelle, cela signifie qu’elle est aussi de toutes les langues et de toutes les origines. En arrivant en France, j’avais découvert que Le poète kabyle Si Mohand ou-Mhand était étudié dans les meilleurs lycées parisiens, comme le Lycée Racine. Dans le pays des lumières, des écrivains et des poètes qu’est la France, les lycéens parisiens ont eu beaucoup de bonheur à connaître Si Mohand dans son oeuvre universelle et non pas seulement kabyle. Pas un seul ou une seule d’entre eux/elles n’avait posé la question à leur professeur : « Pourquoi avoir choisis un poète kabyle ? » Car ils savent ce qu’est l’universalité. Et c’est ce que nous souhaitons donner à notre langue à travers des oeuvres riches où le texte et la poésie rassemblent et tendent vers l’amour du genre humain. Merci pour votre question !

 

 

 

 

 

 

Urgagh-k a gma-ynu !

I have a dream !

Urgagh tamurt-iw tughal t-tamurt Imazighen !

Hommage à Abderrahmane BOUGHERMOUH
Pour mon ami Hmanou

Mon cher ami, je ne t’ai pas oublié. D’ailleurs, je pense à toi tous les jours… ou presque, je l’avoue. Te connaissant, tu aurais aimé que je continue à faire preuve de vérité, tant tu as toujours honni le mensonge et la parole décalée.

Je t’avoue n’avoir été que trois fois – l’été dernier – me recueillir sur ta tombe. Figure-toi que tu m’étais apparu dans mes rêves, nous nous promenions dans ton village du haut des Awzellagen, Izemmouren « Les grands oliviers ». Quel beau nom ! N’est-ce pas ? Et sans que je comprenne le fil conducteur de ce rêve, nous nous étions retrouvés – par la magie du rêve ! – dans la Soummam. La Soummam comme nous l’avions connue du temps de notre jeunesse : un paradis ! Il y avait plein d’oiseaux, des tortues, des hérissions, des porcs-épics, des chacals et même des sangliers dont les petits marcassins venaient te lécher les mains. Alors, un peu jaloux, je t’avais dit : « C’est bizarre quand même que tu sois si aimé par ceux qui sont si mal aimés ? Tu souris et tu me dis : « N’est-ce pas le combat de tout homme : apporter son aide à ceux qui sont mal aimés et démunis. Tout le reste n’est que vacuité et littérature sans racines ! »

Alors, comme je ne comprenais pas ce que tu voulais dire par « Littérature sans racines », je te regardai un peu interloqué… Tu compris mon ignorance et mon désarroi – pourtant nous nous étions toujours compris – et tu éclatas d’un rire sonore qui fit fuir les oiseaux qui chantaient autour de nous. Alors, tu me dis, dans une phrase entrecoupée de fou-rire : « Regarde ! Partout, il y a des racines ! Partout où les choses et les hommes sont beaux, il y a des racines autour ! Partout où les femmes sont heureuses, c’est que le pays foisonnent en littérature de racines… Je veux dire, conclus-tu, qu’on ne peut rien faire sans le respect de l’histoire, sans le respect de nos racines.

Alors, tu me pardonneras, mais j’ai aussitôt pensé à tous les jeunes Kabyles, les journalistes et toutes les femmes et les hommes qui furent massacrés ! Alors, l’effroi me saisit et tu me dis : « Tu as froid !? Pourtant il fait beau et chaud ! » Tu n’avais pas attendu ma réponse. Comme si tu avais lu dans mes pensées, tu ajoutes d’un air las et désolé : « Je sais, tu as froid de cette Algérie qui renie ses racines. De ce grand pays qui se ratatine à force de tout faire pour ignorer et mépriser voire combattre ses racines. Je comprends que cela te fasse froid dans le cœur et l’âme, mais il est dit quelque part et cela, je l’ai entendu de la bouche-même de Dda Mohand Améziane Ouchivane – ton père – « Rien ne pourra jamais détruire l’Algérie des Lumières ! »
Je me réveille alors en sursaut en essayant de te retenir dans mon sommeil, mon rêve pour te retenir à mes côtés. Car rien qu’à l’idée de me réveiller, je sentis que le froid s’accentuait. J’aurai aimé continuer à discuter avec toi : cela me rassurait. J’aurai aimé continuer à sentir ta présence à mes côtés, toi le massif chêne des montagnes ; toi le grand olivier des montagnes de la Soummam.

Le peuple amazigh est en danger et continue d’être menacé

Je t’aurai alors donné les dernières nouvelles. Tu étais bien là quand on avait massacré les enfants kabyles. Mais, tu n’as pas vécu celui des Touaregs et le massacre des Mozabites (At Waâben) dont on vient de tuer cinq jeunes gens. Ces Imazighen, héritier du grand royaume des Rostémides. Ces Imazighen dont l’organisation séculaire et laïque qui auraient due servir d’exemple de par leur organisation : débats démocratiques et décisions dans le cadre du bien collectif. Séparation du spirituel, du profane et du politique. Une valeur fondamentale : le travail qui fait que la société Mozabite ne connaît pas le chômage endémique qui sévit dans les autres régions d’Algérie.

Colloque international de la langue tamazight – Ghardaïa – 1992

Que leur reproche-t-on ? Rien ! Sinon le fait qu’ils soient Imazighen ! Alors des hordes d’ignorants et de malfrats s’abattent sur eux et font planer sur leurs cités ancestrales (dont la magnifique Tagherdayt) une insécurité méprisante et écœurante.
Je me rappelle avoir visité le Mausolée d’un grand sage Mozabite le Cheikh Moussa. Le guide spirituel qui invitait les siens à faire preuve d’hospitalité vis-à-vis des nouveaux venus : « Les Arabes ». Figure-toi que son mausolée a été détruit par ceux-là mêmes auxquels il avait donné sa protection.

Rappelle-toi, je t’en avais parlé après ma participation au Colloque International de la Langue Tamazight que les Mozabites avaient organisé en 1992. Je t’avais également dit ô combien je fus comblé par l’honneur qu’ils nous avaient fait en nous accueillant dans un Hôtel qu’ils venaient de construire pour la circonstance. Nous avions été invités à inaugurer ce bel hôtel en toute modestie dont font preuve nos frères Iwaâvaniyen.
Le colloque international pour la langue tamazight fit de Ghardaïa, l’espace de quelques jours, une capitale amazighe. Nous fûmes reçus avec tous les honneurs et un sentiment de grande fraternité.
Mon ami, mon frère, tu avais toujours dit que les Kabyles sont dangereux pour eux- mêmes… Tu en as fait les frais et tu es parti dans la douleur et le silence, en attendant que le temps et les hommes justes te rendent justice pour ton œuvre et ta famille qui mit sa richesse et son intelligence quand l’Algérie en avait fortement besoin.
Je suis sûr que si tu étais encore parmi nous, tu aurais pris la parole pour supporter, pour apporter ton aide à nos frères Mozabites. Non pas que ce sont des Mozabites, des Imazighen comme tous les Algériens – même ceux qui s ‘ignorent plongent dans la bêtise et l’ignominie – mais tout simplement comme des êtres humains qui aiment la paix et qui vivent en paix et dont les richesses culturelles doivent être respectées et sauvegardées.

Aujourd’hui, ils sont en danger. Ils ont toujours vécu en paix et dans la prospérité qu’ils apportent à l’Algérie. Et c’est cette prospérité et cette paix qui sont en danger. Quand j’ai vu des tags insultants sur le fronton de leurs commerces, un effroi me saisit et je considère l’espace d’un instant ce que nos frères mozabites ressentent. Et une tristesse mêlée d’une douleur insoutenable m’étreignit.
Tu vois, mon frère, tout cela m’a tellement troublé que j’ai mis quelques jours avant de te parler de nouveau.
J’aurai aimé le faire dans notre langue maternelle. Tu aimais toujours que je te parle en kabyle. Tu disais que cela te rappelait mon père qui était l’ami du tien et de toute ta famille.

C’est aussi pour cette langue et sa culture – la langue amazighe – qu’un peu partout les Imazighen sont en danger.
Permets-moi donc de te rappeler en hommage amical et fraternel une partie d’un article que j’avais écrit pour te rendre hommage de ton vivant et dont tu n’avais pas voulu qu’il soit porté à la connaissance du public.
Pourtant, tu me disais : « Notre langue maternelle est au centre de nos problèmes et de nos survie ! »
Souffre donc que je t’en impose de nouveau un passage, avec ce désir d’associer nos frères et amis Mozabites – At Waâben – et Touaregs (Imouchagh) en ces jours de danger et de menace de notre peuple, le peuple noble Amazigh.

Notre langue, notre histoire et notre survie

Depuis que tu es parti, j’ai beaucoup vieilli depuis… Parfois, j’ai l’impression d’avoir mille ans… Parfois, je me vois encore dans le cœur d’un enfant… Combien d’années ont passé ? J’ai connu le chaos de la guerre et la Soummam ensanglantée et en feu… La Kabylie mutilée comme une étoffe déchirée… L’odeur du sang avait fait place au goût du lait de ma mère… Quand les braves étaient exposés au stade, la tête éclatée par un obus ; le buste déchiré…
Je sentais alors la main de mon père qui me disait dans la seule langue qui pouvait encore avoir du sens ; dans la seule et unique langue qui pouvait un tant soit peu me rassurer : « Ur ttaggwad, a mmi ! » (N’aie pas peur, mon fils !)

Notre vie continue d’être un pénible claudiquement. Les épreuves de la vie et de la guerre grouillent encore en nous. Nous voudrions construire une nouvelle vie. Comment donner une forme à ces souhaits et ses espoirs brûlants ? Quels mots allons-nous utiliser dans cette Algérie qui nous ignore et pour laquelle nous avions tant donné ?
Nous sommes toujours prisonniers des mots des langues des envahisseurs. Nous voudrions enfin des mots de notre langue, riches de toutes les nuits des temps qui les ont vus naître ? Mots qui relient les chaînons de vies qui refusent de s’aplatir avant de mourir !
A quand le peuple amazigh retrouvera-t-il ses droits sur sa terre dont il est spolié depuis des siècles ?
A quand retrouvera-t-il sa langue et son identité sans lesquelles il demeure infirme et incapable de gérer son passé, son présent et son avenir ?
A quand le peuple amazigh retrouvera-t-il cette aspiration des Rostémides – chère à Massinissa et à Jugurtha ; à Juba, Takfarinas et à Sammac ; à Tin-Hinan, à Damya Dihya At Tabet et à Fadhma n’Soumer ; El Mokrani, Boumezreg et Aheddad ; Youcef At Tachfin et Mohand Abdelkrim ; Jean Amrouche et sa sœur Tawes Amrouche ; Mouloud Mammeri, Mohamed Kheir-Eddin, à Slimane Azem et Matoub Lounès… Une aspiration que nous avions partagée… avec tant d’autres… qui ont fait briller l’étoile du peuple amazigh… L’étoile jaillissante et vivante à jamais de la majestueuse Tribu de Kateb Yacine.

Urgagh-k ! I have a dream!

Mon cher Hmanou, j’ai rêvé de toi me disant dans un faible sourire, mais une forte détermination : « Il faut réécrire l’histoire ! Il faut bannir les mots qui chosifient ! Il faut reprendre le droit de nommer dans notre langue : tamazight ! »

Je te le dis avec quelques jours de retard. Pardonne-moi ! Mais, je ne t’ai pas oublié… J’étais préoccupé par le sort indigne que l’on fait à nos frères Mozabites et Touaregs ; le sort indigne que l’on fait à notre noble peuple. Je voulais partager avec toi cette inquiétude qui me taraude et qui me replonge – comme tu le vois – dans les moments atroces de la guerre d’Algérie qui revient encore dans mes cauchemars…

Abuddu-ynu n Yennayer 2964

I
kunwi s-Imazighen anda ma tellam. Tilawin t-timezwura !

Tous mes vœux de Yennayer 2964
Nouvel an amazigh
Jours divins et de lumière
D’abord pour mon peuple menacé
Pour tous les peuples de la terre, les femmes en premier !

Yennayer – Laâwacer n tafat
I wegdud-ynu amazigh ittwashillfen

All my wishes of Yennayer on 2964
Amazigh New Year
Divine days and of light
For my threatened people
For all the peoples of the earth, the women in the first one !
________________________

Yennayer, au temps où les mots avaient un sens.
Yennayer, ass m’akken awal deg’wasal !

 

Dans la mythologie et les croyances kabyles, la nature et la terre sont sacrées. Ainsi, planter un arbre et soigner sa terre est les vœux le plus chère de « Mère Yennayer » (Yemma Yennayer). Je reviendrai un jour sur ce point de nos croyances. Yennayer, étant (à priori !) un mot masculin, pourquoi dés lors cette période porte-t-elle un nom féminin. C’est dire que la société amazighe était avant tout matriarcale. Jadis, avant la christianisation et l’islamisation, il était même indécent de penser que tout ce qui relevait d’une quelconque importance en ce bas monde ne soit pas d’essence matriarcale, féminine.

Revenons à la vie profane pour que le lecteur comprenne la portée de cette tradition : Quand ma mère se mettait en colère « contre les hommes en général et ceux de la famille en particulier », elle » s’exclamait haut et fort – elle qui n’élevait presque jamais la voix ! –
– « Où êtes-vous en train de paître jusqu’au point d’oublier que sans l’eau, l’arbre dont vous êtes issus n’aurait jamais porté de fruits !? »
-(Anda-ka teksam almi tettum belli aleccac ansi d-tekkam, ammer macci d-aman werjin yeggwi aâqqa !?)

Je vous laisse chercher l’énigme qui se cache derrière ce à quoi ma mère faisait allusion, à travers son coup de colère. Une dame kabyle l’avait bien trouvée… Lors de ma conférence sur mon dernier ouvrage (Histoire d’amour de Sheshonq 1er – Roi berbère et pharaon d’Egypte), elle me questionna dans ce sens…

En attendant… Chantons Yennayer !

Urawen n Yennayer

A-wi budden yennayer !
Yennayer !
I-wakken a-ttelhu ddunnit
Kra yellan ad yesâu sser
Ccedda a-ttughal ttalwit
Yal ighzer ad yessenser
Akal ad yerwu tissit.

A-wi budden yennayer !
Yennayer !
Lehna a d-tress g-exxamen
Aâqqa ihudr-it yifer
Tagmatt tedda d watmaten
Lghella a-ttefsu iger
Tamusni a-ttezdegh ulawen.

A-wi budden yennayer !
Yennayer !
Tafat i medden merra
Yal afrux ad yefferfer
Di tmurt i tdel laânaya
Tudert a-ttebnu f liser
Akken nnan Imezwura !

(Sghur Yemma, Tawes u-Civan Alliwi – 1909-1992)

Vœux de Yennayer

Heureux qui célèbre Yennayer !
Yennayer !
Pour que la vie soit douce sur terre
Chaque chose aura son charme
Chaque tourment deviendra paix
Chaque rivière coulera
La terre sera irriguée.

Heureux qui célèbre Yennayer !
Yennayer !
La paix veillera sur chaque maison
Le fruit est protégé par la feuille
Comme les frères protègent l’union
Une bonne récolte éclora les champs
La sagesse occupera les cœurs.

Heureux qui célèbre Yennayer !
Yennayer !
Chaque être aura sa lumière
Chaque oiseau pourra voler
Dans un pays où le droit d’asile est sacré
Où la vie est faite de bonheur et de paix
Tel est le message de nos Ancêtres !

(De ma mère, Tawes ou-Chivane Allioui – 1909-1992)

Wishes of Yennayer

Happy who celebrates Yennayer !
Yennayer !
So that the life is soft on earth
Every thing will have its charm
Every agony will become peace
Every river will flow
The earth will be irrigated.

Happy who celebrates Yennayer !
Yennayer !
The peace will stay up every house
The fruit is protected by the leaf
As the brothers protect the union
A good harvest will open fields
The wisdom will occupy hearts.

Happy who celebrates Yennayer !
Yennayer !
Every being will have its light
Every bird can fly
In a country where the right of asylum is crowned
Where the life is made by happiness and by peace
Such is the message of our Ancestors !

(From my mother, Tawes ou-Chivane Allioui – 1909-1992)

 

 

 

N.B.

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2013 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2.700 personnes. Ce blog a été vu 11  000 fois en 2013. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 4 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

I Wegdud Amazigh yettwaheqqren, yettwarekkdhen : tudert uzekka, tilelli i lebda !
Pour le peuple Berbère méprisé et ignoré ! A jamais vivant ! A jamais libre !
Ma yella tebgham a d-affent later-nnegh tsutiwin i d-iteddun : tadukli tamusni !

Si vous voulez que les générations futures trouvent notre trace, soyons unis !

If you want that the future generations find our track: let us be united!

2964/2014
(! Tamazight tunsibt di Lezdayer n tafat di Taferka tamazight !)

URAWEN USEGGAS AMAYNUT AMAZIGH
Yusef Ucivan Alliwi
Ittcabi-yawen urawen-ynes
i lmend useggwas amaynut 2014.
Akken ittxettir urawen-ynes
I lmend n Yennayer 2964 ara nâacer di lehna
Di tmusni yakw di tikli af nnesba n tmazight
Ussan n Yennayer i d-iteddun.

Timayniyin n Tmawya (Tamurt n Leqvayel)

1 – Tudert t’tteddu d wassa
Tessaram azekka
Ghas tettghima d yidhelli.
(Vava, Muhend Amezyan u-Civan).

2 –- Wi’isâan iles yetwennes.
(Yemma, Tawes u-Civan)

3 – Anda tenter tmettut, lehbus ccuren d-irgazen !
(Yemma, Tawes u-Civan)

4 -– Yiwen ur d-ittlal d-amdan
D-anbar kan.
(Vava Muhend Amezyan u-Civan).

5 – Axxam herz-it
Aqcic rebb-it
Gma-k hader-it
Iger essew-it
Erfed w’ur nesâi ifadden
Ma Rebbi anef-as i medden !
(Vava Muhend Amezyan u-Civan).

6 -– Sel i tmettut-ik, Rebbi a-k yelli tiggura !
(Setti-s n yemma, “Yemma Awicha G_Ejâad Ibuziden”)

7 –- Is ilaqen i tmurt ibghan tafsut,
d llwi n tmettut.
(Setti-s n yemma, “Yemma Awicha G_Ejâad Ibuziden”)

8 – A Tamusni aâzizen am yitij yedhwan akkiw s-utilli !
(Yemma, Tawes Ouchivane)

9 – Yal tamurt s wudmawen-is
Ma d Rebbi yiwen i’gellan.
(Jeddi, Muhend Acivan Aâmara Waâli u-Vuzid).

10 – Tafat n weqcic, t-tameslayt n yemma-s.
(Yemma, Tawes Ouchivane)

Youcef Allioui
Vous présente ses Meilleurs Vœux
Pour cette Nouvelle Année 2014
BONNE ANNEE 2014
! Langue amazighe nationale et officielle dans l’Algérie des lumières et en Afrique du Nord !

Pensées berbères de Kabylie

1 – La vie accompagne le présent
Elle espère en demain
Bien qu’elle demeure avec le passé.
(Mon père, Mohand Améziane Ouchivane)

2 – Qui a une langue se sent en sécurité.
(Ma mère, Tawes Ouchivane)

3 – Là où la femme souffre, les prisons sont pleines de braves !
(Ma mère, Tawes Ouchivane)

4 – Personne ne naît humain
On apprend juste à le devenir.
(Mon père, Mohand Améziane Ouchivane)

5 – La maison, protège-là
L’enfant, éduque-le
Ton frère, prends en soin
Le champ, irrigue-le
Aide celui qui est démuni
Quant à Dieu, laisse aux autres !
(Mon père, Mohand Améziane Ouchivane)

6 – Entends ta femme, et Dieu t’ouvrira les portes !
(Mon arrière-grand-mère : Yemma Awicha des Ijâad Ibuziden)

7 – Ce qu’il faut à un pays qui veut vivre au printemps
C’est la liberté de la femme !
(Mon arrière-grand-mère : Yemma Awicha des Ijâad Ibuziden)

8 – Ô Sagesse, chère comme le soleil qui éclaire l’univers d’un seul regard !
(Ma mère, Tawes Ouchivane)

9 – Chaque pays a ses visages (sa culture et ses langues)
Mais Dieu est partout le même.
(Mon grand-père, Mohand Achivane Amara Waâli Ou-Bouzid)

10 – La lumière de l’enfant, c’est sa langue maternelle.
(Ma mère, Tawes Ouchivane)

HAPPY NEW YEAR 2014
(! Berber language amazighe national and official in  » Bright Algeria” and North Africa !)
Youcef Allioui
Wish you a happy new year
Warmest wishes to you and your kin.
Berber thoughts of Kabylia
1 – The life consorts with the present
She hopes for it tomorrow
Although she remains with past.
(My father, Mohand Améziane Ouchivane)

2 – Who has a mother tongue feels safe.
(My mother, Tawes Ouchivane)

3 – Where the woman suffers, prisons are full of brave !
(My mother, Tawes Ouchivane)

4 – Nobody is born human
We just learn to become it.
(My father, Mohand Améziane Ouchivane)

5 – The house, protects there
The child, educate him
Your brother, take care there
The field, irrigate it
Help the one who is deprived
As for God, Leave Him to the others !
(My father, Mohand Améziane Ouchivane)

6 – Hear and understand your wife, and God will open you doors !
(My great-grandmother, Yemma Awicha des Ijâad Ibouziden)

7 – What one needs that for a country which wants to live in spring
It is the freedom of the woman !
(My great-grandmother, Yemma Awicha des Ijâad Ibouziden)

8 – O Wisdom, expensive as the sun which lights the universe of a single look !
(My mother, Tawes Ouchivane)

9 – Every country has the faces (its culture and his tongues)
But God is everywhere the same.
(My grandfather, Mohand Achivane Amara Waâli Ou-Bouzid)

10 – The light of the child, it is its mother tongue.
(My mother, Tawes Ouchivane)
—————–
Youcef Allioui – Psychologue du travail
Auteur kabyle – L’Harmattan
http://www.youcefallioui.com

Publié par : youcefallioui | novembre 17, 2013

La France est-elle raciste ? Hommage à madame Taubira

LA FRANCE EST-ELLE RACISTE ?

Hommage à madame Taubira

Madame Christiane Taubira : « Etre Français, c’est porter cet héritage inestimable d’avoir inspiré le monde et d’avoir parlé au monde. »

En condamnant un homme (sans doute de couleur) parce qu’il avait proféré une insulte à l’égard d’un Français (sans doute de souche), on ouvrait aux travers de cette condamnation la voie aux voix sournoises et fourbes dont est victime la garde des Sceaux, madame Taubira, depuis maintenant plusieurs semaines.

Peut-on considérer toute insulte comme équivalente de « Sale nègre ! » ou de « Sale Arabe ! » ? Assurément, non ! Quand j’ai été personnellement victime d’une telle avanie, cela m’avait plutôt fait sourire ! En revanche, quand on m’avait traité de « sale Maghrébin » – je n’ai pas pu esquisser de sourire. Car derrière cette invective, je ressentis soudain plusieurs siècles de racisme injurieux. Je compris alors que toutes les invectives ne pouvaient être considérées de la même façon, au même stade.

Le Noir et l’Arabe ainsi que tout étranger – « détectable d’un simple regard eu égard à sa belle couleur » – sont victimes de façon quotidienne et répétée de manifestations racistes sournoises et très bien « orchestrées ».

A-t-on jamais entendu un raciste se faire condamner parce qu’il avait proféré des insultes racistes à l’encontre d’un noir ou d’un Arabe ? Pas que je sache ! Si pareille chose était déjà arrivée, on s’est bien gardé de lui faire la même publicité que l’invective qui avait touché « un blanc dit de souche ».

D’ailleurs, si tous les Etrangers se mettaient à porter plainte, il faudrait probablement multiplier par 20 le nombre de juges pour y faire face !
Pourquoi cette absence de plaintes ? Alors que l’insulte et la réaction racistes sont le lot quotidien de nombreux Noirs et de nombreux Arabes et de bien d’autres étrangers que le regard raciste sait distinguer à leur couleur .

Pourquoi alors ces événements quotidiens récurrents ne font l’objet d’aucune publicité quotidienne et n’arrivent jamais devant les juges ? C’est tout simple ! Le noir, l’Arabe et l’étranger coloré d’une façon ou d’une autre n’ont pas les moyens de saisir la justice en ameutant les témoins (quels témoins ?) présents pour que de telles choses soient constatées.

Le Français de souche (ou prétendument tel) a tous les moyens : les moyens financiers, ceux du terrain (maîtrise de l’environnement) et ceux du droit qu’il sait comment utiliser. En revanche, le Noir et l’Arabe sont complètement démunis devant de telles insultes. Ils ne disposent d’aucun moyen pour se défendre. Les plus avertis se tournent quelques fois vers les Associations antiracistes qui sont d’une totale inefficacité .

Quand le Noir, l’Arabe et l’Etranger en général sont victimes de telles insultes, c’est toujours de façon préméditée et fourbe. Le raciste agit non pas de façon abréactive – une sorte de soubresaut dû à une accumulation d’injustices – mais toujours de façon calculée. Il attend que le Noir ou l’Arabe ou l’Etranger soit seul, et donc à sa merci. Quand ces derniers sont « entourés » – en groupe – le raciste agit autrement : il adopte profile bas.
La personnalité d’un raciste est ambigüe : une nature lâche, médiocre et dénuée de tout courage et de toute dignité humaine si bien décrite par le sociologue juif Hongrois Joseph Gabel (Mensonge et maladie mental, Allia, 1995).

Quand le Noir, l’Arabe ou l’Etranger sont entourés des « leurs », le raciste fait dos rond et passe son chemin les yeux baissés sans même oser lever la tête de peur que la haine qui passe à travers ses yeux ne heurte le Noir ou l’Arabe ou l’Etranger et ne provoque une réaction violente de son groupe.

Cela fait 25 ans que je travaille auprès des jeunes dits de banlieue. Beaucoup de lecteurs seraient surpris d’apprendre que nombre de ces jeunes n’osent pas se rendre à Paris à cause de manifestations racistes ! Nombre de ces jeunes, ce qui peut paraître encore plus incroyable, n’ont encore jamais vu la Tour Eiffel en vrai !
Il ne faut pas s ‘étonner que ces derniers finissent par trouver la résignation de leurs parents insupportable. Quittant l’apparence maghrébine, les voilà qui s’habillent « à l’Afghane et à la Qatarie » (Le Qatar d’où vient de se faire expulser, après avoir goûté aux geôles qatariennes, mon ami Hafid Adnani, Proviseur du Lycée Bonaparte à Doha !)
Le gouvernement français n’a rien trouver de mieux que de « lui conseiller » de ne pas trop ébruiter cette affaire : une ignominie raciste dont un proviseur exemplaire vient de faire l’objet…

Le mal est présent et il vient de loin…

Peu de Noirs et peu d’Arabes et d’Etrangers ont échappé aux manifestations racistes sourdes et machiavéliques. Ce sont des marques très répandues et d’une sournoiserie qui touchent les victimes au plus profond de leur être. Ce sont des signes d’une perversité telle qu’ils portent atteintes au moral et à l’intégrité de la personne humaine.

Ces manifestations injurieuses sont trop nombreuses pour qu’elle soient toutes rapportées ici. Ces offenses sont le lot quotidien de beaucoup d’étrangers qui ne font partie ni des jeunes de banlieue et encore moins ce que l’on appelle souvent, sans en mesurer la portée, « La racaille » qui vole le pain au chocolat !
Le mal vient de très loin.

« La marche des Beurs », jetée aux oubliettes ! Le plan Marshall des banlieues, jeté aux oubliettes ! Les jeunes dits de la seconde génération – qui sont en réalité de la 6ème ! – ne sont plus entendus même quand ils avaient osé reprendre la chanson de Charles Trenet « Douce France ». Un autre appel au secours de jeunes chanteurs – groupe « Carte de séjour » – qui est également resté sans réponse… Combien d’appels au secours ont été ignorés dans l’indifférence générale ? Combien d’appel au secours méprisés ?

Je passe sur « le racisme inter-ethnique » que ce climat raciste délétère a fini par générer : les Arabes détestent les Noirs, les Noirs détestent les Arabes et l’Asiatique déteste et les Arabes et les Noirs ! Les autres le lui rendent tout aussi bien !

Tout cela est alimenté par les Français dits de souche eux-mêmes qui, dans une sorte de jeu machiavélique, mettent en avant « un racisme « ethnique » en se confient à certains étrangers au détriment des autres !
Pour comprendre mon propos, qu’il me soit permis de m’appuyer encore sur une anecdote que je ne suis pas le seul à avoir vécu : « Un jour que je faisais la chaine aux guichets la Sécurité Sociale, une dame (française de souche) qui était juste devant moi me prend à témoin : et pointant le nez sur les quelques Asiatiques qui étaient devant nous me dit : « Vous voyez… nous sommes envahis ! »

On imagine ce que cette situation pourrait engendrer si les extrêmes venaient à prendre le pouvoir en France !

Tous ces silences voulus, ces mépris cultivés aussi bien par les politiques de tout bord que par le Français lambda ont fini par jeter tous ces jeunes « de bonne volonté » – qui n’avaient pas peur d’exprimer leur amour de ce pays où ils sont nés -, dans les escarcelles d’autres extrémistes… venus de très loin.

Ceux qui me font part de toutes ces insultes, ce sont AUSSI des travailleurs algériens et marocains qui s’échinent sur les chantiers du bâtiment ou dans les usines d’automobiles. Certains d’entre eux disent qu’ils préfèrent rester dans leur chambre et ne pas sortir à cause de manifestations racistes fort nombreuses et d’une sournoiserie inouïe !

Quelques témoignages qui mettent à nu tout l’arsenal mis en avant non pas seulement par quelques uns, mais par les Français dans leur majorité ! Tant il est vrai que la France n’est pas raciste, mais que la majorité des Français le sont bel et bien et ne se gênent pas pour le faire savoir :

Abdelkrim, Ali et les autres :
– Ils nous regardent fixement en mettant leurs mains à leurs poches faisant semblant de vérifier si leur portefeuille et leur portable sont toujours là comme pour nous signifier que nous sommes des Arabe, donc des voleurs.
– Les femmes aussi nous jettent un regard dédaigneux avant de vérifier de manière soudaine si quelque chose n’a pas disparu dans leur sac !
– Certains font semblant de tousser au point de s’étrangler quand on les croise.
– D’autres reniflent comme si nous, nous reniflons et ne savons pas utiliser un mouchoir.

Abdelkrim : « Ce qui me fait le plus mal, me dit ce plâtrier marocain, c’est quand ils crachent sur notre passage ! Quand je pense que chez nous, ils sont accueillis comme des rois ! Je n’ose même pas raconter cela à mes enfants… J’ai trop honte… Cela me torture et m’empêche de dormir ! »

Je passe donc sur « le regard qui tue » (expression d’un jeune de banlieue). Regard raciste qui explique pourquoi les jeunes ne supportent plus qu’on les regarde et ce quelle qu’en soit la manière.

Dans le cadre de ma mission (Psychologue), je suis chargé du suivi des jeunes de 15-26 ans. Un jour, je reçois un coup de fil du commissariat… Je venais de trouver un job pour un jeune Martiniquais. Auparavant, je m’étais entendu avec une responsable d’un magasin pour qu’elle le prenne en stage en qualité de vendeur. En arrivant devant les portes vitrées du magasin, Michaël n’arrivait pas à trouver la bonne porte… La responsable appela aussitôt la police ! J’avais oublié de dire à cette dame que le jeune Michaël était Martiniquais…

Bien des années auparavant, alors que j’étais étudiant, j’allais au tribunal pour apprendre « La pratique du droit ». Un matin, j’assistais à un procès kafkaïen : Un jeune noir venait d’écoper de 18 mois de prison… pour avoir voler une paire de gants de motos dans un magasin !

On dit souvent – et les médias font parfois écho – que les victimes de manifestations racistes sont des jeunes turbulents taxés de tous les noms et de tous les maux.
En réalité, les Noirs, les Arabes et les Etrangers qui souffrent de réactions racistes insidieuses et dégradantes – ce qui est recherché par les racistes : dégrader l’autre ! – ce sont des étrangers, des Noirs et des Arabes à la conduite irréprochable.

Ce sont également et souvent des Noirs, des Arabes et d’autres Etrangers qui, aux yeux des racistes, ont « réussi ». Cette réussite ne passe pas aux yeux des racistes. Comment un Noir et un Arabe peuvent-ils être des médecins, des chercheurs ou des cadres en entreprise ?

Une autre anecdote qui illustre mes propos. Ce fut un matin dans le métro. Un monsieur aux cheveux grisonnants frisant la soixantaine allait descendre à la station République. « Il fut harponné » par un raciste d’une façon cinglante, tout simplement parce que le monsieur demandait pardon et que l’autre, l’ayant bien sûr entendu, refusait de lui céder le passage. Le monsieur se fraya alors le passage comme il put. Le raciste éclata d’un rire sardonique – qu’il voulait vexant ! – avant de dire : « Un Arabe avec un attaché-case ! On peut se demander ce qu’il y a dedans, des patates ! ? »

Le monsieur à l’attaché-case se retourna alors et rétorqua en souriant dans un français châtié : « Cher monsieur, je suis médecin et chef de service à St Louis ! Si un jour, il vous arrive un bobo, réfléchissez bien avant de vous pointer aux urgences, car la plupart des médecins des hôpitaux parisiens sont des Algériens et des Arabes ! »

Voilà donc une réaction habituelle. On n’accepte pas que l’Etranger et le Noir puissent accéder à de fonctions que l’inconscient raciste dévolue pour les seuls blancs qui lui ressemblent (ou qu’ils croient lui ressembler).
C’est, me semble-t-il ce qui arrive à madame Taubira qui est au sommet de la hiérarchie judiciaire ! Voilà LA QUESTION perverse et sournoise qui se cache derrière les réactions racistes dont fait l’objet madame Taubira depuis plusieurs semaines : « Comment une Noire peut-elle être Garde des Sceaux de la France ? »

Quand on condamne un homme de couleur , qui, sous le coup de la colère – un simple sentiment d’abréaction, à cause de tout ce qu’il avait du subir avant cet événement – on doit d’abord penser (imaginer) tout ce que ces Noirs, ces Arabes et ces Etrangers subissent quotidiennement. Au point que certains d’entre eux avouent avoir peur de sortir de chez eux pour se promener dans les rues parisiennes.

Ces « étranges étrangers » sentent cette atmosphère raciste nauséabonde les prendre à la gorge. Et ils ne peuvent même pas élever la voix pour se défendre, de peur de se voir condamnés !
L’histoire récente de la France nous montre qu’il est difficile de maîtriser un environnement où les intolérances prennent divers aspects pour réduire l’autre – l’Etranger – à un stade de bête et finir par lui refuser son humanité comme le disait si bien madame Taubira.
Ce qui arrive donc à madame Taubira – Garde des Sceaux de la République française – montre s’il en est besoin que cette Grande Dame n’est que l’arbre qui cache la forêt où pullulent au grand jour des manifestations sournoises qui n’ont pas toujours besoin de mots pour torturer et tuer l’autre, l’étranger à soi, dans le cœur et l’âme.
D’aucuns croient que la France est une sorte de jouet qu’ils peuvent brandir à loisir pour assouvir leurs sentiments de haine et d’aversion du genre humain. Car ces gens-là, messieurs, assurément ils n’ont rien d’humain !

A l’instar de l’élection d’OBAMA à la présidence des Etats Unis, l’espace d’un instant le Noir de France croyait que sa couleur n’était plus celle du désespoir. Tout à coup, on voit apparaître ici et là de nouvelles publicités qui mettent en avant blancs, noirs et asiatiques… Mais c’est pour mieux cacher l’Arabe, le Maghrébin !

La France – belle et accueillante – appartient à ceux qui l’ont faite et continuent de la faire ; c’est-à-dire les millions de Noirs et d’Etrangers – parmi elles et eux beaucoup d’Antillais – qui travaillent jour et nuit à nettoyer les rejets et déjections nauséabonds de tous ceux qui – en mal d’amour et de bonheur – croient le trouver en crachant sur des dames Noires aussi nobles et aussi éclatante qu’un diamant : madame Taubira.

Les étrangers travaillent dur et participent avec un bonheur constant à la grandeur de ce pays qu’ils aiment. Au fond de chacun d’eux – un peu comme ce fut chez mon défunt grand-père, ramené de force en 1886 de sa Kabylie natale, pour participer à la construction du métro parisien. Tout comme mon grand-père, tous ces Noirs et ces Arabes sont persuadés que « L’Etranger est l’avenir de la France ! »

Alors seulement, on peut peut-être mesurer ce que madame Taubira avait franchi comme obstacle pour arriver là elle est parvenue. Elle devrait servir d’exemple phare pour tous les Français.

C’est à la lumière de tant de sacrifices que tout Français et que toute Française digne de ce nom, digne de cette république qui porte haut les valeurs magnifiques de tolérance inscrites au fronton de toutes ses écoles : Liberté, Egalité, Fraternité. C’est cela aussi qu’on a oublié d’apprendre aux jeunes des banlieues qui, longtemps, longtemps avant que le poète n’ait disparu, avaient en vain cherché Liberté, Egalité, Fraternité.

Alors que l’on ne s’étonne plus que le petit français de souche soit chahuté, voir méprisé, ici et là. C’est bien sûr condamnable, mais le mal vient de loin… Comme beaucoup de Français.

Que ceux qui se disent Français considèrent l’espace d’un instant si eux-mêmes ne sont pas venus de Bretagne ou d’ailleurs.

Que les hommes politiques et les intellectuels français, dont le silence est assourdissant, aient le courage de déclarer haut et fort que cette République est une seule terre, un seul droit : celui du sol bienveillant et protecteur ! Que le sol français doit accueillir l’Autre avec égard et respect. C’est un devoir – le premier – que chaque Français devrait observer.

Car sans l’Etranger, la France ne serait plus ce qu’elle EST : un grand pays.

Alors seulement le petit Français de souche n’aura plus peur qu’on lui enlève son pain au chocolat à la sortie de l’école…

Publié par : youcefallioui | octobre 10, 2013

Lis (dans ta langue) et Dieu t’entendra ! Siwel Rebbi a-k d-isel !

Cours de kabyle

I SAFYA

TASEDNA N TILELLI

Ma nemmeslay s teqvaylit
Tettban-ed mellihet ddunnit
Am ujejjig di tefsut
Yal awal am tleggwit
Am azal n Nnda t-tiqit
S-yes ara tidir Tmurt.

Yal tamurt tesâa izuran
Yal axxam yesâa imawlan
Yal awal idder s wayla-s
Atas n yemgharen i’gezran
Atas n yegduden i’geghran
Wlac aqcic yettun yemma-s !

Mi d-ilul yelli-d allen-is
Iwala azmumeg af wudem-is
Mi yelluz ijbed di ssyana
Tesseker-it-id s wawal-is
Terna lhiba i yisem-is
Ssin yedda s wansi d-Nekka !

Tameslayt d-imdanen s azar isulef
D-arrac t-tiqcicin yedhwan amlellef
Tameslayt d-agdud, agdud t-tameslayt
Mi temmut tmeslayt, agdud ur illi !
Aru imeslayen-ik, siwel Rebbi ak yini
Tura tbanem d-ales, t-tasedna n tilelli !

10/10/2013 – YA

Cours de kabyle

Publié par : youcefallioui | septembre 28, 2013

28 septembre : Journée des peuples en danger…

Journée des peuples en danger

Cette journée est dédiée aux peuples en danger. Il manque juste l’adjectif essentiel à cette phrase qui devrait être la suivante : Journée des peuples AUTOCHTONES en danger.
Le peuple Amazigh est en danger. C’est un peuple autochtone dont l’histoire remonte bien avant d’autres peuples. Aujourd’hui, il se bat contre beaucoup de vents mauvais, beaucoup d’idéologies aliénantes et meurtrières.
Il m’arrive d’être en vacances en Kabylie. Je regarde les miens avec attention et intensité et je découvre qu’ils ont beaucoup changé. A force d’évoluer dans tous les sens – qui n’ont plus aucun sens – bon nombre des miens, bons nombres de Kabyles, vivent dans la peau des autres. Or chacun sait que vivre dans la peau d’un autre, c’est vivre dans un jeu dangereux ou dans un habit rigide et déformée où beaucoup s’en trouvent étouffés. C’est le propre de l’aliénation quand elle atteint un tel degré de réification.

Tout commence par l’apparence. On a bien souvent écrit à tort que « L’habit ne fait pas le cheikh ». Que non! Que nenni ! L’habit fait bien le moine surtout quand il ne croit à rien sinon à sa propre ruine et disparition !

En Kabylie, on ne plante plus les arbres ! On ne nettoie plus les chemins, les sources et les rivières ! Les bois et les jardins sont devenus des poubelles ! Le fleuve Soummam est un égout géant à ciel ouvert ! Nous l’avons connu paradis, il est transformé en enfer !

Le même enfer qui s’empare des gens sur les routes…

On ne fait plus attention à son voisin, surtout lorsqu’on est au volant ! Au volant !!
Un ami me disait en riant : « Quand les Algériens sont au volant, ils me rappelle les dinosaures !… Je sais, les dinosaures ne conduisaient pas de voiture !…

Il suffirait qu’ils écrivent sur le pare-brise : « Lehna tafat af tmurt imazighen », au lieu de ces mots qui montrent si bien que personne n’y croit ! »

Que de belles voitures, en effet ! Que de conduites inqualifiables de ceux qui tiennent le volant ! La bêtise et l’ignorance règnent là ou passer le premier est devenu un gage de virilité !
Il a raison ! La langue amazighe peut également combattre contre l’apparence mortifère !

Si croyance y a, leur conduite serait exemplaire ! Mais là où la langue amazighe est absente ou recule, la conduite de son peuple se ressent et glisse imperceptiblement vers le non-dit, la mort.
Comme disaient les anciens Kabyles : « Tout est parole ! » (Kullec d-awal !)
Quand les paroles sont exemplaires, la conduite des gens l’est également. Ne jetait-on pas l’opprobre sur celui qui a mal élevé ses enfants ? « Ad inâal Rebbi win i-ten irebban ! » Disait-on d’un père ou d’une mère de famille qui n’a pas donné une bonne éducation à sa progéniture.
A fréquenter les routes algériennes et notamment kabyles, on s’aperçoit que là où l’éducation faillit, « la langue de l’intelligence est absente et la conduite est celle d’un âne qui écrase le plat où la vieille est en train de cuire sa galette ». C’est à peu près cela que l’on entend à travers un conte kabyle fort connu.
Quand la conduite des gens n’a pas de règle ni de sens, son peuple glisse imperceptiblement vers le désarroi de l’inexistence. L’inconscient semble avertir, mais le conscient demeure sans conscience.
Jamais je n’aurai cru voir l’Algérie à ce point changée dans tous les sens et les plus mauvais. Tous les sens sont bons, sauf le sens algérien !
Devant tant de désarroi, il m’arrive de penser au grand Kateb Yacine dont les mots, bien que dits en français, plongent dans cette Algérie des Lumières chère aux anciens Kabyles.

Quand mon pauvre père, tout paysan qu’il était, déjà dans les années 70, qu’il avait peur que l’Algérie des Lumières disparaissent, je n’osais pas lui dire qu’il se trompait et que rien – puis le colonialisme a été extirpé de la terre berbère – que rien ne saurait la mettre en danger !
Aujourd’hui, avec le recul, après tant d’années – 40 ans après son départ définitif – je me rends compte qu’il avait raison. Que l’Algérie des Lumières, l’Algérie amazighe est en danger.

Où sont donc ces mots qui rassurent ? Où sont donc ces hommes qui savent dire « Yemma, Lalla ou Nanna » aux Algériennes ?
J’ai fini donc par me rendre à cette évidence que mon peuple, le peuple amazigh – chef d’œuvre en péril – est plus que jamais en danger ! Disparaîtra-t-il ? Je ne le pense pas ! Dieu nous aime et Ibn Khaldoun le disait déjà en son temps : « Les Imazighen ont tant de qualités que Dieu prendra à jamais soin d’eux ! » Mais quel soin ? Vivre dans la peau d’un autre, est-ce vraiment vivre ?

Faut-il demeurer confiant ou optimiste ? Les Imazighen ont affronté tellement de dangers, tellement d’adversaires depuis bien avant la chrétienté, depuis bien avant la judaïté, depuis bien avant l’Islam.
A l’exemple de ces religions monothéistes que le peuple amazigh connaît si bien, il est fait pour perdurer et vivre à jamais… Tant que le soleil fera ses rondes, tant que le vent secouera les vagues et les arbres, tant qu’il y aura le souffle du monde et sa lumière, le peuple amazigh continuera de respirer et d’inonder – en silence – de sa lumière la bonne vieille terre berbère qui respire grâce à ses mots.
Hier soir, je passais devant un libraire de mon quartier et j’eus soudain envie de jeter un coup d’œil sur les rayons de livres à prix réduit. Je tombe alors sur une carte de l’Afrique du Nord. Je fus agréablement surpris de lire des noms de lieux (des toponymes) qui n’ont de sens qu’en tamazight : « Tizi n Tnifift », « Tidikelt », « Taroudant », « Tizi Qwilal », « Adrar n Fad », « Timezguida », etc. Timezguida ? Tiens ! Tiens ! Savez-vous que cela signifie « Temple », « Synagogue », « Eglise » ou « Mosquée » ?
Ce sont des mots beaux à prononcer ! Ce sont des mots magiques qui rappellent que le peuple autochtone amazigh sera là tant que la langue autochtone amazighe qui a traversé ces siècles périlleux continuera de résister.
Continuez à faire vivre cette langue de la terre, cette langue des Autochtones (Tameslayt n’At-tmurt) en nommant votre environnement, vos enfants (surtout !), vos bêtes et même vos commerces en tamazight. Il y a quelques années c’était chose courante en Kabylie…
Aujourd’hui, plus de mots sur les frontons des boutiques ! Que se passe-t-il ? Où sont passés tous ces mots qui font que nos vieilles les retiennent et s’en vantent d’aller faire les courses !

Tant que la langue berbère (tamazight) durera, son peuple échappera au danger de mort. Mais il me revient à l’esprit un livre important dont le titre est « Les langues du monde ». En le décortiquant, j’eus froid dans le dos : je venais de comprendre comme beaucoup de peuples en danger avaient fini par disparaître de la terre, tout simplement parce qu’ils n’avaient pas prêté attention à leur conduite et aux souffrances de leur langue dont ils avaient délaissé les valeurs à travers un système de pensée qui donne toute son assise et sa pérennité au peuple qui la parle. Quand celle-ci est malmenée : il se reflète sur la conduite des gens … Conduire c’est bien, savoir bien se conduire, là est toute la différence !

Dicton kabyle ancien : « Là où la langue se détériore, toutes les sources tarissent » (Anda yexser wawal, itteqqar ubawal).
Que chacun s’en souvienne et croit au pouvoir salvateur de tamazight…
Ecrivez sur votre pare-brise : Azul ! Tanemmirt ! Tafat ! Et votre vis-à-vis vous sourira au lieu de vous regarder de travers ! Et ceux qui ne savent pas leur sens, finiront par le demander ! Vous aurez ainsi imposer vous aussi la première langue des Algériens, là où l’on impose des langues étrangères comme si elles étaient les vôtres !
C’est le pouvoir magique de la langue amazighe. Aucune autre ne saurait mieux vous guider dans votre vie, sur votre route et dans votre conduite. En redonnant ainsi respect et importance à notre langue, vous faites œuvre utile et vous participez non seulement à votre bien-être mais à l’une des œuvres les plus sublimes de l’humanité : Tamazight.

Une anecdote ou le message de ma mère :
Ma mère : « Je dis tous les matins bonjour à Lâarbi U-M…, mais il ne me répond jamais ! »
Moi : « Mère, il ne faut plus lui dire bonjour ! »
Ma mère : « Non, mon fils, je ne vais quand même pas me mettre à son niveau ! Et puis quand il ne me répond pas, ce sont les anges qui me répondent… Il ne sait pas ce qu’il perd, le pauvre ! Il a perdu le sens de sa kabylité ! Zik-nni, a mmi, qqaren : Siwel Rebbi a-k d-isel ! »

Publié par : youcefallioui | septembre 14, 2013

Idles – Awzellagen – Tanemmirt-nwen ! Toute ma gratitude !

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Quand je dis « Toute ma gratitude ! » C’est d’abord à nos soeurs, nos mères et nos grands-mères que je m’adresse.
Mi d-nnigh « Tanemmirt-nwen » – Bghigh a d-zwiregh s « Tanemmirt-nkwent ».

Mebla ma ttugh tilawin yakw t-teqcicin nnegh – TANEMMIRT-NKWENT – Wlac awalen bac a-kwent erregh tajmilt mi-yi tefkam-t azal mi d-tussamt.
Yal tamettut yellan, yal taqcict i d-yusan, amzun d sin nagh ugar n yergazen d warrac i-gellan… di tmura am ayla-nnegh anda  » tilawin ttrunt ger iderwicen », zrigh d-acu i d-azal i-yi tsekremt.

Si c’est peu dire que je vous admire, femmes et filles de ma Kabylie, de ma tribu (au sens Katébien du terme) !

Tant de courage me rappelle les années où ma grande soeur ainsi que beaucoup d’autres femmes chaussent les palladiums et se couvrent de cache-poussières pour porter secours à nos pères et nos frères qui combattaient le colonialisme français. Je me souviens d’une nuit où ma grande soeur Zahra s’habillait en homme pour partir en pleine nuit porter à manger à mon frère Mohand Tayeb qui était au maquis. C’est aussi ce souvenir – cette image – qui me bouleverse près de 55 ans après cette nuit – que je vous dédie à vous qui m’aviez fait l’honneur de votre présence et NOTAMMENT à notre jeune artiste à la voix inimitable, si belle et si débordante de sens ! Merci encore ! Tanemmirt-nkwent Tikkelt nnidhen !

Tidett a-t-id inigh : Ur nwigh ara akken – Zighen Awzellagen mazal bedden – mazal ssnen – mazal ttaken ifadden i tmusni d leqder i teqvaylit s tlawin-nsen s yergazen nsen, s warrac nsen, s teqcicin nsen : Ughalegh-d ar lgherba ul d-afsasen. Nnigh-as zighen mazal tilawin, mazal irgazen isnen lehmala, tamusni, leqder ttizet n yimi !
Tanemmirt-nkwen a tiyessetma ! Tanemmirt-nwen ay ayetma ! Fuxegh ur ferhegh mi lligh seg’wen, s yeswen ! Je suis si fier d’être des vôtres !

Je considère ces deux journées passées en votre fraternelle compagnie comme parmi les plus belles journées de ma vie !

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Toute ma gratitude pour le bel hommage que vous m’aviez rendu.
Merci pour l’Association IDLES !

TANEMMIRT I YIDLES N WAWZELLAGEN !

AF LAÂNAYA-NWEN

Bnigh awal ur ibedd
Ugadegh atas ad ighli
Ezzigh-as s wachal d ssedd
S tmucuha yakw d yizli
Mi nnwigh d-ayen ad inhedd
Tefkam-as azal am yisli.

Urigh awal g-emgharen
Atas i-gedhsan fell-i
Ddigh achal f-imesmaren
Deg’daren ntan-iyi
Tekkrem-d amzun d-izmawen
Af tirgin terfdem-iyi.

Nnigh i-d nnan imawlan
S zznaf n tmurt Umazigh
Mi ssawlegh anda-kw llan
Nejjren abrid ay ggwigh
Mi nwigh ggwran-d ighweblan
Tennam d-azar ay zzigh.

Yal yiwen ansi d-yusa
Yal yiwen ansa taddart
Yal yiwen d-acu yehsa
Awal zid amzun t-tazart
Af tmucuha ay nensa
Nerra leqder i temghart.

Achal d-irgazen i d-sekker
Achal t-tamettut i trebba
Ugur s yes is nezmer
Taâkwemt s yes i-tt nâabba
Am tarwa yebnan f sser
Nedda s teqbaylit m_lhiba.

Taqbaylit macci d-awal
D-ayen yakw yugaren aya
Si zzik s yess i nessawal
Tebna s tmusni d nniya
Ansi bghu yekk-ed ccwal
Tezmer i whuddu d laânaya.

Publié par : youcefallioui | septembre 12, 2013

Ouzellaguen ou le bonheur d’être Amazigh !

REMERCIEMENTS

Youcef ALLIOUI OUCHIVANE
Yusef Ucivan Alliwi

DE L’HOMMAGE QUI M’A ETE RENDU PAR L’ASSOCIATION IDLES
(Avec le concours de la municipalité d’Ighzer Amokrane)
Les 29 et 30 août 2013 – Bibliothèque municipale –
Ighzer Amokrane – Awzellaguen

Des hommes d’honneur…
De la sagesse d’antan au savoir qui nous unis.

C’est un peu dans ces contes merveilleux de mon enfance qui se terminent dans la joie de retrouver les siens qui vous entourent avec respect, gentillesse et un égard inégalable.
Les héros de ce conte merveilleux qu’il m’a été donné de rêver pendant plusieurs jours s’appellent Areski, Samir, Zahir et Hakim… sans oublier tous les autres dont le regard effleure comme le vent frais qui pousse la fleur au printemps à se montrer sous les rayons ardents du soleil.

La contrée où s’est déroulé ce conte s’appelle Ighzer Amokrane.
La trame autour de laquelle tout s’est tressé porte un nom simple et plein de résonnance : IDLES – comme un temps où le crieur public de la cité kabyle parcourait les ruelles du village pour annoncer qu’une Assemblée (Agraw) importante allait avoir lieu.
A cette notable différence, à travers Idles, les femmes étaient également conviées et accueillies avec honneur et respect. C’est aussi l’une des marques des Awzellaguen qui fait toute ma fierté… de voir ces jeunes filles dans la salle de conférence participer activement au débat qui suivait ma prise de parole.

Je me suis donc retrouvé entouré de tous les miens dont les regards et les visages rayonnaient. Leurs mots pleins de gentillesse et de respect réveillaient en moi les plus beaux jours de cette enfance qui repasse, en nous vieillissant, comme dans un mirage en plein désert où, sous l’effet de la soif, l’on croit voir au loin (enfin !) les premiers palmiers d’une oasis qui nous promet ce qu’aucun autre endroit au monde ne saurait et ne pourrait nous offrir.
Je voguais donc entre deux mondes. Je redevenais enfant dans ma cité parmi cette grande famille qu’est la famille de l’Arch des Awzellaguen ; parmi mes amis dont je me croyais oublié, délaissé au gré de l’exil qui m’avait frappé, comme tant d’autres, dans ma forte jeunesse où les frontières n’avaient pas de nom.

Je voyais mon visage sur les murs de nos rues et la grande façade de notre plus bel ouvrage, tel le beau château du prince amazigh Sammac – au 3ème siècle de notre ère – sur la façade duquel notre ancêtre avait gravé sur la roche qui surplombait le ravin de la Soummam en bas d’Ighzer Amokrane, la gloire des Imazighen capables de tenir tête à la puissance romaine qui régnait sur le monde.

Si mes yeux se sont bien souvent brouillés, si ma voix s’est bien souvent éteinte – quand les mots avaient du mal à sortir de ma gorge – ce n’est pas de tristesse mais d’une joie infinie de voir et de sentir cet élan d’amitié, de générosité et de fraternité des miens envers moi. Envers moi comme si j’étais un personnage important auquel on rend un hommage amical et fraternel, hommage auquel participent plusieurs dizaines de personnes de mon village : Ighzer Amokrane.

Ighzer raisonnait à mes oreilles comme un grand écho et je me rendis compte soudain – au travers de ces élans d’amitié et de générosité de mes amis – que l’adjectif amazigh « Grand » (Amokrane) n’était ni surfait, ni démenti. Et je me surprends à penser avec bonheur que je suis son enfant et parmi ses enfants.

Quel plus bel hommage que celui-là ?

J’étais entouré des miens (Awzellaguen) et sur chaque visage je pouvais lire un salut affectueux, un regard doux et respectueux, un visage rayonnant qui me souhaitait le bonjour et la bienvenue.

Comme si tout cela n’était pas suffisant, comme si cet hommage leur paraissait incomplet, je les vois me ramener des cadeaux de remerciements, comme si c’était à eux de me remercier !

Il ne manquait qu’une chose – semblait-il à leurs yeux d’amis, de frères – un bureau magnifique accompagné d’un fauteuil de ministre ! Pourquoi ? « Pour que tu continues d’écrire, à Dda Yusef ! » s’exclamèrent avec malice et un sourire affectueux, Arezki et Zahir !

Hakim et Samir m’ont raconté l’histoire pleine d’anecdotes pour arriver à ce qu’ils se fixent sur le choix d’un « cadeau idéal »… Et Arezki de leur répondre qu’il leur faisait entièrement confiance quant à leur choix !

Devant tant de prévenance, comment trouver les mots qu’il faut pour les qualifier ? Chacun alors comprendra – je parle de ceux et celles qui savent lire avec le cœur – ma surprise et mon émoi et pourquoi j’ose dire que je me sens redevenir enfant. L’on ne se livre que face et devant ceux qui nous témoignent leur sincère amitié. L’on ne se livre que devant ces âmes et ces cœurs nobles qui n’ont pas de réticence à me montrer leurs nobles sentiments. Vous comprendrez alors – cher lecteur et chère lectrice – que je ne livre de ce qui me reste de ma tendre enfance qu’à mes amis dignes de mes sentiments et de mon respect.
Ce serait faire injure à leur amitié que de jouer « aux grands qui ont tout vu », alors qu’ils n’ont rien vu du tout !

Leur simplicité et leur noblesse de sentiment ainsi que leur modestie sont autant de pureté d’âme et de cœur qui leur faisaient penser qu’en plus de l’hommage qu’ils m’ont fait l’honneur de me rendre, il me fallait un cadre agréable pour continuer de (re)saisir ma plume !

C’est une modestie et une grandeur de cœur que je leur envie. C’est d’elle et de leur gentillesse fraternelle que je tirerai à l’avenir les forces nécessaires pour continuer d’écrire ne serait-ce que pour me rendre digne de l’hommage qu’ils m’ont rendu.

C’est un hommage qui revêt à mes yeux tous les bonheurs du monde : être reconnu par les siens et dans son pays, sa Kabylie et son Arch : Ouzellaguen.

Je n’ai jamais caché l’amour que j’éprouve pour mon peuple brimé et dont « Dieu – pour paraphraser le grand historien Ibn Khaldoun – prendra à jamais soin » : les Imazighen en général, pour les Kabyles en particulier et spécifiquement pour les gens des Awzellaguen, mon Arch ou pour saluer – en passant – la mémoire du grand Kateb Yacine, ma belle tribu, surnommée par le valeureux Cheikh Aheddad (à la veille de l’insurrection de 1871) : « L’arch roi » (Lâarc agellid) ; quand les chefs des cités de l’arch (les Mezwers) lui avaient rendu visite pour l’assurer de leur participation pleine et entière à l’insurrection nationale contre le colonisateur.

De cette noblesse d’âme et de coeur, les gens de ma tribu me l’ont témoigné en de maintes occasions, surtout quand la vie et le temps s’étaient montrés peu magnanimes avec moi… Ils m’avaient tendu la main et encouragé à affronter les mauvais jours… C’est à ce titre et à bien d’autres qu’il serait trop long de révéler ici que je clame toute ma fierté d’être des leurs.

Mes chers amis,
Il ne me suffit de vous dire GRAND MERCI… C’est si peu dire en m’inclinant devant tant de générosité et d’amitié fraternelle…

Il ne me reste qu’à vous assurer que je ferai tout pour être digne de vous ; digne de l’hommage que vous m’aviez rendu ; digne de l’image de moi que vous avez donnée vers l’extérieur ; digne de l’homme que vous voyez en moi.

Avec toute l’amitié et le respect qui m’habitent et cette dette immense que j’aurai à jamais envers vous.

Yusef Ucivan Alliwi
Youcef Ouchivane ALLIOUI

PS : Pardon de n’avoir pas pu écrire – faute de moyens de transcription – dans notre langue, en kabyle. Le texte vous parviendra dans les prochains jours.

Publié par : youcefallioui | juillet 25, 2013

Souvenirs d’enfance…

Souvenirs d’enfance

J’avais presque 9 ans quand je découvris la ville d’Akbou pour la première fois. Mon frère Mohand Rachid et moi avions accompagné ma mère pour rendre visite à mon père en prison qui fut arrêté pour la 4ème fois ! Un harki bienveillant et compatissant nous fit savoir que nous ne pouvions le voir : mon père ne s’était pas encore remis des tortures qu’on lui avait fait subir…

La mort dans l’âme, nous quittâmes la prison. La douleur était si forte que nous étions incapables de pleurer…  Nous étions perdus… Pour nous remettre quelque peu de nos émotions, nous nous assîmes sur un banc public.

Et pour en rajouter à notre malheur, une Française, qui habitait alors l’une des maisons qui donnaient sur la place, ne devait pas supporter nos guenilles ! Elle sortit de chez elle, et vociférant dans une langue que nous ne comprenions pas, nous menaçait d’un balai ! Non loin, un policier regardait la scène en ricanant !

Nous quittâmes la place précipitamment de peur de recevoir des coups ou de terminer au poste…

Je me tenais à droite de ma mère tandis que mon frère Mohand Rachid se tenait sur sa gauche. Nous marchions la tête basse et sans mot dire.

Sous un soleil de plomb, nous franchîmes silencieusement les douze kilomètres qui nous séparaient de la maison (Ighzer Amokrane) avec une souffrance qui nous tenaillait si intensément le cœur que nous ne sentîmes point ni les morsures du soleil ni la douleur aux pieds…

Comme le chemin fut triste ! Et comme la route fut longue et sinistre…

C’était la guerre d’Algérie.

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